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« La table du pauvre est vide, mais son lit est fécond » : dans les entrailles de Libreville, la vie résiste

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 « La table du pauvre est vide, mais son lit est fécond » : dans les entrailles de Libreville, la vie résiste

Libreville, capitale aux contrastes saisissants. Sous les vitres teintées de grosses cylindrées et les grues des chantiers du « Nouvel Édifice », une autre réalité palpite. Celle des ménages qui, faute de trois repas par jour, misent sur une descendance nombreuse comme unique richesse. Reportage au cœur de trois quartiers emblématiques de la capitale Gabonaise. 

Ancienne gare routière  « Ici, on dort à huit, mais on tient »

Devant les étals de pièces détachées, la poussière et les eaux usées côtoient une activité bouillonnante. Marie-Claire, 42 ans, mère de six enfants, y tient une petite échoppe de fruits. « Mon mari est journalier. Certains jours, la table est vraiment légère. Mais nos enfants, c'est notre capital. Ils nous aideront demain », confie-t-elle, tandis qu’un caniveau récemment réhabilité montre déjà des signes de dégradation. Non loin, des engins de la mairie ont récemment déblayé des constructions anarchiques pour prévenir les inondations. Un début de réponse à un chaos urbain qui étouffe ce poumon économique.

Atong Abè « La poubelle à côté, la vie devant »

Quartier populaire du 2e arrondissement, Atong Abè est un labyrinthe de menuiseries et de commerces de rue. Mais une montagne d’ordures trône au milieu des habitations. « On a nettoyé nous-mêmes les caniveaux avec les jeunes du quartier. Mais sans les éboueurs, ça revient », soupire Alain, père de cinq enfants, travaillant dans une scierie clandestine. Son salaire ? À peine de quoi nourrir sa tribu. Pourtant, il serre les poings : « Chaque enfant qui naît est une main-d’œuvre pour demain. C’est notre épargne à nous. » Une logique de survie que l’État tente de briser par des campagnes de salubrité et de fermeture d’ateliers insalubres.

Carrefour Léon Mba  « Le monument oublié, les familles nombreuses »

Ici, le buste du premier Président gabonais, Léon Mba, trône au milieu des klaxons et des vendeurs à la sauvette. Le bassin de la fontaine est asséché, les canalisations bouchées. Mais la vie, elle, coule à flots. « Nous sommes huit enfants à la maison. On dort à même le sol », raconte Rodrigue, vendeur de téléphones rechargeables. « Le gouvernement parle de "Nouvel Édifice", mais nous, on veut juste un toit et du travail. » Un constat partagé par des milliers de ménages où la fécondité compense l’absence de protection sociale.

Un paradoxe gabonais : richesses et précarité

Les chiffres sont sans appel. Selon la Banque mondiale, 34,6 % des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté. Un habitant sur trois. Dans les zones rurales, ce taux grimpe à 50 %. Le secteur informel, où les femmes sont majoritaires, absorbe 60 % de la main-d’œuvre. Pourtant, le PIB par habitant est l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne. Un paradoxe que les experts pointent du doigt. « La croissance ne ruisselle pas vers les ménages. Les politiques de redistribution ont été inefficaces », analyse un économiste cité dans le Plan national de développement.

Les efforts d’un gouvernement en marche

Face à ce défi, les autorités multiplient les initiatives. Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé la reprise des allocations vieillesse et des prestations de maternité, suspendues depuis 2017. La centrale d’achat doit réduire le coût des biens de première nécessité. Le Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC) vise à réduire les inégalités territoriales. Sur le terrain, des travaux de réhabilitation de l’axe ancienne gare routière, carrefour Léon Mba , Atong Abè sont en cours. « Nous allons ouvrir des centres sociaux dans chaque quartier », a promis la ministre de l’Entrepreneuriat.

« Le lit fécond » : une richesse à transformer

La citation de Josué de Castro, médecin et géographe Brésilien  résonne comme un avertissement. Tant que la table restera vide, les lits seront pleins. Mais le gouvernement gabonais, à travers le Plan stratégique « Nouvel Édifice 2025-2032 », entend inverser la tendance. En investissant dans l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes, il veut faire de cette fécondité une force, et non un fardeau. Car si la pauvreté est un héritage, la prospérité, elle, se construit. 

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