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FGIS, CDC, Okoumé Capital : pourquoi le Gabon multiplie ses bras financiers ?

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FGIS, CDC, Okoumé Capital : pourquoi le Gabon multiplie ses bras financiers ?

Pourquoi le Gabon a-t-il besoin de plusieurs institutions pour investir dans son économie ? À première vue, le Fonds gabonais d'investissements stratégiques (FGIS), la Caisse des dépôts et consignations (CDC) et Okoumé Capital semblent évoluer dans un même univers : celui de l'argent public destiné à financer le développement. Mais derrière cette proximité apparente se cache une volonté plus large : faire de l'État non plus seulement un financeur par le budget, mais aussi un investisseur capable de prendre des risques, d'entrer au capital des entreprises et de mobiliser des capitaux privés.

Créé en 2012 comme gestionnaire exclusif du Fonds souverain de la République gabonaise, le FGIS est aujourd'hui l'un des principaux bras financiers de l'État. Selon un bilan présenté par le fonds en août 2023, son capital reposait alors sur environ 20 milliards de FCFA, composés de provisions pour investissement (7 milliards) et de dividendes cumulés (13 milliards), un chiffre qui décrit la reconstitution de son capital plutôt qu'une dotation unique versée à sa création.

Depuis, son portefeuille s'est considérablement élargi : selon des données reprises par la presse économique régionale, il aurait dépassé 1 000 milliards de FCFA d'actifs sous gestion à fin 2024, contre environ 300 milliards un an plus tôt, un chiffre que seul un rapport annuel officiel du FGIS permettrait de confirmer avec précision.

À sa tête depuis son installation officielle le 11 février 2025, Serge Brice Ngodjou, Administrateur Directeur Général, pilote un portefeuille qui comprend notamment Gabon Power Company, la Façade Maritime du Champ Triomphal (FMCT) et Okoumé Capital, filiale à 100 % du fonds créée en 2018.

Les projets énergétiques associés au groupe donnent une idée de son champ d'action, avec toutefois une nuance importante : le FGIS n'y intervient pas toujours en investisseur direct. Kinguélé Aval, centrale hydroélectrique dont la capacité installée est évaluée entre 34 et 35 MW selon les sources, est ainsi porté par Asonha Energie SA, coentreprise où Gabon Power Company, filiale du FGIS, ne détient que 40 % des parts, aux côtés du groupe français Meridiam, actionnaire majoritaire à 60 %.

Le barrage de Ngoulmendjim (83 MW annoncés) et la centrale thermique à gaz d'Owendo relèvent d'un montage comparable, associant l'État à des promoteurs privés dans le cadre de contrats de type producteur indépendant d'électricité (IPP) ; leur coût total, chiffré à plusieurs centaines de milliards de FCFA, ne doit pas être confondu avec l'investissement propre du FGIS dans ces montages.

La CDC, elle, répond à une autre logique. Établissement public à caractère industriel et commercial créé en 2010, elle est chargée de gérer des dépôts réglementés et de mobiliser des ressources de long terme au service des politiques publiques, notamment dans le logement social et le financement des PME. Son Administrateur Directeur Général est Marius Issa Nkori, en fonction depuis sa nomination le 7 février 2024. Sur le terrain, la CDC porte notamment, via sa filiale immobilière Avorbam Investissements, le programme de logements de la Cité Magnolia à Libreville. Sa participation exacte dans la Zone d'investissement spéciale de Nkok, ainsi que son rôle précis dans des projets annoncés à Makokou, n'ont pas pu être confirmés à ce stade par une source publique accessible et mériteraient d'être vérifiés directement auprès de l'institution.

Quand l'État devient actionnaire

C'est avec Okoumé Capital que la logique devient plus facile à comprendre. Créée en 2018 comme filiale à 100 % du FGIS, la société dispose d'un capital social de 20 milliards de FCFA. Sa direction générale est assurée par Fabrice Assoumou Essono, directeur général depuis février 2024.

Son rôle est de financer les PME par le capital-investissement. Au lieu de simplement prêter de l'argent, Okoumé Capital peut prendre une participation dans une entreprise et devenir temporairement son associé. En clair, l'État accepte de partager le risque avec l'entrepreneur.

Cette logique s'est récemment renforcée : selon la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (COSUMAF), qui a statué lors d'une session tenue à Libreville le 10 mars 2026, décision rendue publique le 3 avril suivant, Okoumé Capital a obtenu l'agrément de société de gestion d'organismes de capital-investissement, un statut qui lui permet d'opérer formellement à l'échelle de la zone CEMAC.

La société a également développé des instruments complémentaires. La Société de Garantie du Gabon (SGG), lancée en novembre 2022 avec un capital initial de 12 milliards de FCFA, est présentée par le FGIS comme une initiative de ce dernier « soutenue par » Okoumé Capital, plutôt que comme une filiale de plein exercice ; elle contribue à faciliter l'accès des PME au crédit bancaire. Le 20 février 2025, elle a signé avec Finam Gabon une convention de garantie de portefeuille de 500 millions de FCFA.

Pourquoi autant d'instruments ?

C'est là que se trouve le véritable enjeu. Une économie ne se finance pas uniquement avec des prêts bancaires. Certaines entreprises ont besoin de fonds propres. Les infrastructures nécessitent des capitaux patients. D'autres projets présentent un risque trop important pour être financés entièrement par le secteur privé.

Le FGIS peut donc porter des investissements stratégiques, le plus souvent aux côtés de partenaires privés majoritaires, comme le montre le cas de Kinguélé Aval, la CDC mobiliser et investir des ressources de long terme, tandis qu'Okoumé Capital intervient plus directement auprès des PME.

Mais cette architecture pose aussi une question : où s'arrête la complémentarité et où commence le chevauchement ? Lorsque plusieurs institutions publiques interviennent dans le financement de l'économie, leurs missions doivent être clairement délimitées. Qui finance les PME ? Qui accompagne les entreprises en croissance ? Qui porte les grandes infrastructures ? Qui assume les pertes lorsqu'un investissement échoue ? La question est d'autant plus importante que l'argent engagé est, directement ou indirectement, de l'argent public.

Le véritable bilan ne se mesurera donc pas au nombre d'institutions créées ni aux milliards annoncés. Il se mesurera à leur capacité à produire de la valeur, des emplois, des entreprises solides et des recettes durables pour le pays, à condition que chacune de ces institutions publie, dans la durée, des données vérifiables sur ses résultats.

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