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Gabon : qui paie le prix de la protection des éléphants ?

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Gabon : qui paie le prix de la protection des éléphants ?

La commémoration de la Journée internationale des éléphants, ce 12 août 2026, est l’occasion de jeter un regard critique sur le modèle de conservation du Gabon. Célébré à l’échelle internationale comme le sanctuaire de l’éléphant de forêt, le pays fait face à un double défi : transformer ce patrimoine naturel en ressources financières pérennes grâce à la finance climat et répondre au Conflit Homme-Faune (CHF) qui fragilise le monde rural.

Alors que la population d’éléphants est en constante régression en Afrique sous la pression du braconnage, le Gabon abrite entre 60 % et 70 % de la population mondiale d’éléphants de forêt, soit environ 95 000 individus, selon l’Agence Nationale des Parcs Nationaux (ANPN). Ce succès, issu de deux décennies d’investissements dans un réseau de 13 parcs nationaux (couvrant 11 % du territoire), génère un coût de gestion permanent. La surveillance et la protection des aires protégées pèsent lourdement sur les finances publiques en pleine transition post-pétrole.

L'éléphant de forêt n’est pas un simple pachyderme, c’est un véritable « ingénieur de l'écosystème ». En consommant la végétation à bois tendre, il favorise la croissance des grands arbres à bois dense, augmentant ainsi la capacité de stockage de CO₂ de la forêt tropicale de 7 % à 9 %. Une note d'analyse du Fonds Monétaire International (FMI) évalue la valeur des services écologiques rendus par un seul éléphant à 1,75 million de dollars US, soit environ 1,05 milliard de FCFA sur sa durée de vie.

L’économiste Ralph Chami, ex-directeur adjoint au FMI, classe l’investissement dans la protection des éléphants au rang d'impératif économique : « Les éléphants de forêt ne sont pas seulement un trésor de biodiversité, ils sont un véritable bien public mondial pour la séquestration du carbone », affirme-t-il. 

Mais dans la réalité, la conversion de ce capital naturel en liquidités pour le budget de l'État se heurte à la volatilité du marché volontaire du carbone et à la complexité des certifications internationales.

Le coût social et agricole du Conflit Homme-Faune

Sur le terrain, la forte densité d'éléphants représente une contrainte économique directe pour le monde rural et le secteur agro-pastoral. Les incursions répétées dans les plantations vivrières (banane plantain, manioc, taro) détruisent l'outil de travail des petits exploitants, accentuent la pauvreté rurale et alimentent l'exode vers les grands centres urbains.

À l'échelle macroéconomique, ce découragement agricole freine les ambitions nationales de souveraineté alimentaire, maintenant la facture des importations de denrées au-dessus de la barre des 300 milliards de FCFA par an (Source : Douanes / Ministère de l'Économie).

Les réponses publiques, axées sur le Programme national de clôtures électriques (avec plus de 250 barrières installées) et les indemnisations, se heurtent à de réels défis logistiques, notamment l'entretien continu des équipements en milieu tropical et la régularité des paiements face aux contraintes de trésorerie.

« La question du Conflit Homme-Faune est une priorité nationale. Nous ne pouvons pas parler de conservation sans garantir la sécurité alimentaire de nos populations rurales », certifie un expert du ministère des Eaux et Forêts.

Faire de la protection des éléphants un levier de croissance inclusive implique la structuration d’une véritable économie locale fondée sur la décentralisation d’une partie des futurs revenus du carbone vers les départements impactés. Une dynamique qui exige également de sécuriser les Zones Agricoles Protégées pour les producteurs tout en développant des filières intégrées innovantes, à l'instar de l'apiculture défensive.

 

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