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Digitalisation des douanes africaines : le Gabon a-t-il de quoi remplir les tuyaux de la ZLECAf ?

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Digitalisation des douanes africaines : le Gabon a-t-il de quoi remplir les tuyaux de la ZLECAf ?

Le récent accord de 3,1 milliards de dollars conclu pour digitaliser et harmoniser les procédures douanières de 50 pays du continent marque une étape décisive dans l'opérationnalisation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Si cette avancée technologique et logistique est saluée par les instances continentales, elle pose une interrogation stratégique fondamentale pour le Gabon et l'espace CEMAC : à quoi servira un réseau douanier ultramoderne et interconnecté s’il reste vide de produits industriels locaux ?

L’accord de concession de 20 ans d’un montant de 3,1 milliards de dollars a été signé, le 5 août, à Abuja entre le Secrétariat général de la ZLECAf et le groupe Bergmans Security Consultants and Supplies (via sa filiale AfriTrade CMP). Ce partenariat public-privé repose sur le déploiement d'une couche d'interopérabilité numérique et d'infrastructures physiques de pointe. Le dispositif intègre des scanners de contrôle non intrusifs, des centres de données intégrés, le suivi électronique des cargaisons en transit, des guichets uniques aux frontières et des portails douaniers multilingues.

Le projet ambitionne d'éliminer les surcoûts logistiques qui asphyxient la compétitivité régionale, en s'attaquant directement aux lenteurs administratives, à la multiplicité des contrôles et aux obstacles physiques aux frontières. Un levier majeur pour la zone CEMAC, où le commerce intra-communautaire stagne sous la barre des 5 %.

« Nous avons une ambition partagée : positionner les systèmes douaniers en Afrique pour qu'ils soient numériques, au service de l'économie africaine et garants de la transparence et de la responsabilité. Cet accord est une étape cruciale pour traduire cette ambition en améliorations concrètes aux frontières de l'Afrique », a déclaré Wamkele Mene, Secrétaire général de la ZLECAf.

Le risque du « tuyau vide » pour le Gabon 

En dépit de l’enthousiasme institutionnel suscité par cet accord, il ne doit pas occulter la vulnérabilité macroéconomique du Gabon. Selon les données récentes de la CNUCED et de la Banque mondiale, le pays importe aujourd'hui 85 % à 90 % de sa consommation alimentaire, soit une facture annuelle de plus de 500 milliards de FCFA. Au total, les importations de biens représentent près de 30 % du PIB national.

La digitalisation et l’interconnexion des systèmes douaniers équivalent à construire un réseau de tuyaux fluides, étanches et performants. Mais si le pays continue d’importer l'essentiel de ses biens de consommation courante et de concentrer ses exportations sur des matières premières brutes (pétrole, minerai de fer, grumes), cette infrastructure ne fera qu'accélérer la pénétration des produits manufacturés étrangers.

Le risque d'une telle asymétrie commerciale est immédiat : voir le Gabon se transformer en un simple marché récepteur au bénéfice des économies déjà fortement industrialisées (Maroc, Égypte, Nigéria, Afrique du Sud). La technologie réduit les coûts de transaction, mais elle ne crée pas de valeur ajoutée à la place de l'appareil productif.

L’urgence d’une offre industrielle diversifiée 

La réussite de cet accord se jouera donc au cœur du tissu industriel national. La Zone d’Investissement Spéciale (ZIS) de Nkok a démontré la pertinence de la transformation locale du bois. Selon la Banque mondiale, le secteur représente 3,2 % du PIB global (6 % du PIB hors-pétrole), 6 % des recettes d'exportation et plus de 15 000 emplois. Grâce à l'interdiction d'exporter des grumes, le taux de transformation locale est passé de 20 % à plus de 60 %, hissant le Gabon au rang de premier producteur africain de contreplaqué.

Au sein de la ZLECAf, la filière bois offre un avantage comparatif : l'élimination des barrières douanières apporte un gain de compétitivité de 10 % à 15 % face aux produits asiatiques, tout en validant les règles d'origine strictes.

Ce modèle doit désormais s'étendre à d'autres filières telles que l'oléochimie (savons, cosmétiques), la transformation halieutique à Owendo et la chimie minérale (silico-manganèse). Parallèlement, un accompagnement technique et financier des PME est indispensable pour obtenir les certifications de qualité requises. L'interopérabilité douanière offre une opportunité historique, mais seule une compétitivité industrielle renforcée déterminera si la ZLECAf servira de tremplin au « Made in Gabon » ou de boulevard aux importations.

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