Officialisée le 3 juillet dernier, la nomination de l'ivoirien Sylvain Kakou au poste de Représentant Résident du Groupe de la Banque mondiale au Gabon marque un tournant historique. Pour la première fois à Libreville, une direction unifiée fusionne les activités du secteur public (BIRD, IDA) et du secteur privé (IFC, MIGA). Un changement de paradigme institutionnel pour répondre à l'urgence des réformes gabonaises.
C'est un diplomate financier chevronné qui s'installe au boulevard Triomphal de Libreville. Après avoir fait ses classes à Citibank et HSBC, Sylvain Kakou a passé ces trois dernières années à diriger les opérations de la Société financière internationale (IFC) pour la zone Sahel. Un profil qui en dit long sur la feuille de route que lui confie l'Institution de Washington.
C'est un chantier colossal qui se présente à lui au Gabon. Malgré le meilleur Indice de développement humain (IDH 2026) d'Afrique centrale, le pays souffre de fragilités structurelles persistantes. Le challenge de la Banque mondiale est de booster la diversification de l'économie et d'optimiser un portefeuille de projets souvent grippé.
Accélérer l'exécution des projets
Le paradoxe de la relation entre la Banque mondiale et le Gabon ne réside pas dans la disponibilité des enveloppes, mais dans le rythme d'exécution des programmes. Le portefeuille souffre traditionnellement de lenteurs administratives et opérationnelles criantes.
Le premier défi de Sylvain Kakou sera d'intensifier le dialogue avec les autorités gabonaises pour accélérer le rythme d'exécution. Les urgences immédiates touchent directement le quotidien des Gabonais, notamment les infrastructures urbaines, l'accès à l'eau et à l'électricité, le développement du numérique et la consolidation des statistiques publiques.
Activer le levier hors-pétrole
La feuille de route de Sylvain Kakou s'inscrit dans une période charnière où le Gabon cherche activement à consolider sa transition économique. La création de cette première Représentation conjointe unifiée prend donc tout son sens, alors que le Gabon est engagé dans une course contre la montre pour réduire sa dépendance aux revenus de l'or noir.
L'objectif affiché est d'attirer des investisseurs directs étrangers et des financements corporatifs vers des secteurs à forte valeur ajoutée locale, comme la transformation du bois, l'agro-industrie et la logistique.
Une croissance inclusive pour les jeunes
Le paradoxe gabonais réside dans un PIB par habitant relativement élevé pour la région, qui coexiste pourtant avec un taux de chômage des jeunes préoccupant et des inégalités persistantes.
Sylvain Kakou entend mettre un point d'honneur dans la création d'opportunités concrètes pour les jeunes, les femmes et les communautés vulnérables. « Avec un mandat clair pour soutenir les efforts du gouvernement en matière de réduction de la pauvreté, de création d'emplois et de mobilisation du capital privé, je suis convaincu que notre présence renforcée contribuera à créer davantage d'opportunités pour les jeunes, les femmes et les communautés à travers le pays », a-t-il déclaré, lors de sa prise de fonctions.
Aussi, l'impact direct de la Banque mondiale sera jugé sur sa capacité à intégrer une forte composante d'inclusion sociale, avec un accent sur le renforcement du capital humain, la modernisation des infrastructures de santé de base, l'appui aux PME dirigées par des femmes et des jeunes.