Au cœur du plan de désendettement intérieur, l’Exécutif accorde une attention particulière à la filière Forêt-Bois, avec une enveloppe ciblée de 20 milliards de FCFA. Un arbitrage stratégique destiné à apporter des liquidités à un secteur industriel majeur et à préserver ses capacités de production.
Alors que l’Exécutif déploie sa stratégie de désendettement sur une dette intérieure validée à hauteur de 700 milliards de FCFA, après les audits menés par la Task Force, la filière Forêt-Bois bénéficie d’un traitement spécifique. Sur l’enveloppe de 51 milliards de FCFA mobilisée par le gouvernement au titre de cette tranche de remboursement, 20 milliards de FCFA sont fléchés vers le secteur bois pour le règlement des crédits de Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA).
Un arbitrage qui traduit un choix économique clair. Alors que les créanciers issus d’autres secteurs attendent également le règlement de leurs prestations, les industriels du bois bénéficient ainsi d’un canal de remboursement dédié. En orientant une part significative de cette première enveloppe vers la filière, l’État entend soutenir un secteur directement lié à la transformation locale des ressources et à la création de valeur ajoutée nationale.
L’annonce, faite au Palais de la Rénovation lors de l’audience accordée au ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogho, et aux représentants de l’UFIGA, intervient dans un contexte délicat pour les industriels du secteur. Confrontés notamment à une demande asiatique moins dynamique et à la pression des coûts logistiques, plusieurs transformateurs voient leurs trésoreries mises sous tension.
L’accumulation des crédits de TVA non restitués par le Trésor constitue, dans ce contexte, un capital circulant immobilisé. Leur remboursement doit permettre aux entreprises concernées de retrouver des marges de manœuvre financières, tandis que la mise en place d’une feuille de route conjointe avec le ministère de l’Économie vise à accélérer le processus de régularisation. L’enjeu est notamment d’éviter que les tensions de trésorerie ne se transforment en ralentissement durable de l’activité industrielle.
Un impact attendu sur l’emploi et l’économie
Le périmètre de cette restitution concerne l’ensemble de la chaîne de valeur, des industriels et exploitants forestiers aux usiniers engagés dans la deuxième et la troisième transformation, en passant par les PME de sous-traitance et les transformateurs locaux en règle avec la Direction générale des Impôts (DGI).
Pour une filière qui revendique plus de 15 000 emplois directs et indirects, l’enjeu dépasse donc la seule régularisation comptable. Le remboursement des crédits de TVA peut d’abord contribuer à réduire la pression exercée sur les trésoreries et les lignes de financement bancaire. Il peut également permettre aux entreprises de régler une partie de leurs engagements auprès des transporteurs, prestataires logistiques et sous-traitants, contribuant ainsi à la circulation des liquidités dans l’économie locale.
L’autre enjeu concerne la préservation des capacités industrielles de transformation du bois, notamment dans le placage, le contreplaqué et les autres activités de transformation à plus forte valeur ajoutée. Dans un pays qui cherche à réduire l’exportation de matières premières peu transformées, le maintien de ces capacités constitue un enjeu économique stratégique.
Reste toutefois une question centrale : quelle part de ces 20 milliards de FCFA permettra effectivement de relancer la production et l’investissement, au-delà du règlement des dettes accumulées ?
Car si le remboursement des crédits de TVA apporte une bouffée d’oxygène immédiate aux entreprises, son véritable impact économique se mesurera à la capacité de la filière à maintenir ses emplois, honorer ses engagements, investir et poursuivre sa montée en gamme.
Plus qu’une simple opération comptable, la régularisation de ces créances fiscales peut ainsi devenir un levier de stabilité pour une filière industrielle stratégique. À condition que les liquidités libérées se transforment désormais en activité, en production et en valeur ajoutée pour l’économie gabonaise.