Alors que la dette publique approche les 72 % du PIB, le Gabon explore une nouvelle voie pour financer son développement. Forêts, océans, carbone et biodiversité ne sont plus seulement considérés comme des ressources à préserver ou à exploiter : ils peuvent également devenir des actifs capables de mobiliser de nouveaux financements. Le défi consiste désormais à transformer ce capital naturel en ressources financières, sans reproduire les mécanismes de rente que le pays cherche à dépasser.
Le changement de paradigme est important. Pendant des décennies, la richesse naturelle gabonaise a principalement été valorisée à travers l’extraction et l’exportation de matières premières. L’enjeu est désormais d’explorer des mécanismes permettant de créer de la valeur à partir de la préservation des écosystèmes.
Le Rapport annuel 2025 des Nations Unies au Gabon met notamment en avant le potentiel de ces nouveaux mécanismes de financement face aux contraintes budgétaires persistantes. Une évolution qui pourrait permettre au pays de diversifier ses sources de financement tout en valorisant ses engagements en matière de conservation et de lutte contre le changement climatique.
Les instruments de la transformation
Plusieurs leviers émergent. D’abord, les mécanismes de dette-nature, qui permettent de restructurer une partie de la dette en contrepartie d’engagements renforcés en matière de conservation. Une formule qui peut alléger la pression financière tout en finançant des objectifs environnementaux. Le rapport souligne toutefois que ces instruments doivent être considérés comme complémentaires et non comme des substituts aux sources traditionnelles de financement.
Ensuite, la finance bleue. Avec son vaste espace maritime et la richesse de ses écosystèmes marins, le Gabon dispose d’un potentiel encore largement sous-exploité. Cette richesse pourrait soutenir de nouveaux instruments financiers destinés notamment à la conservation des océans et au financement d’activités économiques durables.
Mais l’un des enjeux les plus importants se situe sur les marchés du carbone. En 2025, le Gabon s’est doté d’une feuille de route, d’un registre national carbone et d’un comité technique interministériel. Ces dispositifs constituent des éléments essentiels pour structurer le marché national et permettre, à terme, de transformer les engagements climatiques du pays en flux financiers mesurables.
La Banque mondiale considère par ailleurs le capital naturel comme une composante majeure de la richesse du Gabon. L’enjeu est donc moins de créer une richesse nouvelle que de trouver les mécanismes permettant de mieux valoriser économiquement une richesse déjà présente.
La gouvernance, clé de voûte
Mais passer de la reconnaissance du potentiel à sa valorisation effective soulève des questions majeures : qui détient les crédits carbone ? Qui peut les commercialiser ? Selon quelles règles ? À quel prix ? Et surtout, comment répartir les revenus générés ?
Ces questions sont déterminantes. Sans cadre juridique clair, mécanismes de mesure fiables et systèmes transparents de certification et de suivi, la valorisation du capital naturel pourrait rester limitée à des intentions.
La répartition des revenus entre l’État, les communautés locales et le secteur privé constitue également un enjeu central. Si les populations qui vivent au contact des écosystèmes ne bénéficient pas directement de leur valorisation, le risque serait de reproduire une logique de rente, cette fois appliquée aux ressources environnementales.
Financer la transformation, pas seulement la préservation
Les obligations vertes et bleues, les financements liés aux crédits carbone ou encore les partenariats public-privé pourraient contribuer au financement des priorités du Plan national de développement 2026-2030.
Mais une condition demeure essentielle : le capital naturel ne doit pas devenir une nouvelle rente. Pour produire un véritable effet de levier économique, les revenus issus du carbone, de la biodiversité ou de la finance bleue doivent pouvoir irriguer l’économie réelle : infrastructures, entreprises, emplois, recherche, transformation locale et nouvelles chaînes de valeur.
C’est là que se situe le véritable défi. Le Gabon ne doit pas seulement chercher à vendre des crédits carbone ou à obtenir des financements en échange de ses efforts de conservation. Il doit être capable de transformer ces ressources en capacités productives et en revenus durables pour son économie.
Le véritable enjeu n’est donc plus seulement de préserver la forêt gabonaise. Il est de savoir si cette forêt, ses océans et sa biodiversité peuvent contribuer à financer durablement la transformation économique du pays, tout en garantissant que la valeur créée bénéficie réellement à l’économie nationale.