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La femme gabonaise, nouvel horizon financier du pays ?

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La femme gabonaise, nouvel horizon financier du pays ?

Une étude historique sur 74 ans de publicités financières dans The Economist montre que 84 % des figures centrales sont des hommes. Mais au Gabon, où les femmes représentent 51 % de la population, la donne est en train de changer. Reportage à Libreville, Akanda et Owendo.

L'étude qui bouscule les certitudes

L'étude de l'Université de Mannheim est sans appel : dans l'imaginaire financier mondial, l'homme investit, la femme dépense. Seulement 15 % des publicités présentent une femme comme experte financière, contre 36 % pour les hommes.

Un cliché qui résonne particulièrement au Gabon. Selon l'African Women's Inclusion Index 2025, le pays se classe 17ᵉ sur 42 pays africains en matière d'inclusion financière des femmes. Pourtant, le Gabon a réalisé des progrès spectaculaires sur le plan juridique, avec un score de 97,8 après avoir adopté des réformes autorisant les femmes à posséder des biens, ouvrir des comptes bancaires et postuler à des emplois indépendamment de leur mari. Une avancée législative qui peine encore à se traduire dans les faits.

Les données de la Banque mondiale sont éloquentes : taux d'emploi de 45 % pour les femmes contre 65 % pour les hommes, écart salarial estimé à 25 %, accès aux comptes bancaires de 63,7 % pour les femmes contre 72,4 % pour les hommes. Les entreprises créées par des femmes ne représentent que 28 % du total.

Pourtant, les femmes gabonaises affichent une intention entrepreneuriale supérieure à celle des hommes, selon une étude menée auprès d'étudiants de l'Institut Supérieur de Technologie au Gabon. Un paradoxe qui interpelle.

À Libreville : « On nous prend pour des clientes, pas pour des investisseuses »

Assise à la terrasse d'un café du quartier de Montagne Sainte, Sidonie, 42 ans, commerçante, ne mâche pas ses mots.

« Quand je vais à la banque pour un prêt, on me demande toujours ce que mon mari en pense. Pourtant, c'est moi qui fais tourner le commerce. Les banquiers voient une femme, ils voient une consommatrice, pas une cheffe d'entreprise. »

Un sentiment partagé par Christelle, 35 ans, employée dans une PME à Akanda : « Mon frère a ouvert un compte sans garantie. Moi, on m'a demandé trois cautions. Le regard des institutions financières n'est pas le même. »

Selon la Commission bancaire d'Afrique centrale, les crédits accordés par les banques gabonaises aux femmes restent minoritaires. Une réalité que dénonce Gwenaëlle Simbi épse Marat-Abyla, promotrice de l'ONG Finance Solid' : « L'argent qui dort est un argent qui ne crée pas de valeur. Il faut inviter les femmes gabonaises à se saisir des outils financiers ».

À Akanda : l'entrepreneuriat féminin en marche

Dans la commune d'Akanda, les initiatives fleurissent. Le programme « Femmes d'Avenir », soutenu par Eramet et WIA Philanthropy, a accompagné plus de 500 femmes entrepreneures depuis 2022, bien au-delà de l'objectif initial de 130 bénéficiaires.

Sur le marché d'Akanda, Joséphine, 50 ans, vend des légumes. Elle a bénéficié d'une formation en gestion financière. « Avant, je mettais l'argent sous le matelas. Maintenant, j'ai un compte d'épargne et je sais lire mes bénéfices. »

Un petit pas pour une femme, un grand pas pour l'économie locale. Les femmes sont majoritaires dans le secteur informel, avec des revenus inférieurs de 30 % à ceux des hommes. Pourtant, selon le Programme des Nations unies pour le développement, réduire les inégalités femmes-hommes pourrait générer un gain de 10 à 15 % du PIB gabonais.

À Owendo, zone portuaire et industrielle, les mentalités évoluent lentement. « Chez nous, la femme gère le foyer, pas le patrimoine », confie Marc, 55 ans, chef de famille. Un stéréotype que déconstruit l'économiste Ruphin Ndjambou, co-auteur d'une étude sur l'entrepreneuriat féminin au Gabon : « Les femmes présentent une intention entrepreneuriale supérieure à celle des hommes. Les prédispositions féminines dominent, notamment l'attitude, la détermination et l'auto-efficacité perçue ».

Des signes d'espoir

Le Gabon avance. En 2025, le nouveau code électoral impose un quota minimum de 30 % de femmes candidates. Le gouvernement compte 10 femmes ministres sur 31, soit 30 % de l'effectif. Et la stratégie nationale d'inclusion financière (SNIF) est en cours d'élaboration.

« Les femmes représentent plus de la moitié de la population. Les exclure du système financier, c'est freiner le développement », rappelle la promotrice de Finance Solid'.

La femme gabonaise, avenir financier du pays ?

L'étude de Mannheim nous rappelle que l'imaginaire financier est encore masculin. Mais au Gabon, les femmes sont en train de réécrire ce scénario. Elles entreprennent, épargnent, investissent. Alors, la femme gabonaise est-elle l'avenir financier de l'homme ? La question mérite d'être posée.

Comme le dit un proverbe gabonais : « Une femme qui épargne, c'est tout un village qui prospère. » Il est temps que les banques, les pouvoirs publics et la société tout entière en prennent conscience. Car l'avenir économique du Gabon pourrait bien se jouer dans les comptes bancaires de ses femmes.

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