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SING SA : dix ans, 314 startups, 550 millions de FCFA et zéro évaluation indépendante avant la fusion ?

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SING SA : dix ans, 314 startups, 550 millions de FCFA et zéro évaluation indépendante avant la fusion ?

Le limogeage de son directeur général, des locaux désertés et l'hypothèse d'une fusion avec le Centre gabonais de l'innovation dessinent, en creux, la fin annoncée de la Société d'incubation numérique du Gabon. Mais derrière l'agitation des dernières semaines se pose une question plus dérangeante : sur quelle base évalue-t-on un dispositif public avant de décider de le dissoudre ?

Le chiffre qu'on ne questionne jamais

Depuis le lancement effectif de ses activités en 2018, la SING SA revendique un bilan qui, sur le papier, ferait pâlir bien des dispositifs d'accompagnement à l'entrepreneuriat du continent : plus de 314 startups accompagnées, environ 550 millions de FCFA mobilisés au profit des entrepreneurs, et un taux de survie post-incubation de 68 % deux à trois ans après la sortie de programme. Des chiffres repris, cités, recyclés dans la communication institutionnelle et dans la presse depuis plusieurs années.

Mais une question simple n'a, à notre connaissance, jamais reçu de réponse publique : qui a produit ces chiffres ? Sont-ils issus d'un audit externe, d'une évaluation commanditée par le ministère de l'Économie numérique, d'un rapport de supervision de la Banque mondiale ou proviennent-ils uniquement des propres services de communication de la SING SA ? Aucun rapport d'évaluation indépendant du dispositif n'a, à ce jour, été rendu public.

Cette question prend une tournure particulière dans le contexte actuel. Selon des informations relayées par Gabonreview, un conseil d'administration réuni sur deux jours aurait décidé de mettre fin aux fonctions de Yannick Ebibie Nze, directeur général depuis 2018, pendant qu'il se trouvait en séjour personnel en France. Les locaux du centre-ville de Libreville seraient inoccupés depuis environ une semaine, sans nouvelle adresse communiquée. Et un projet de fusion avec le Centre gabonais de l'innovation (CGI) serait à l'étude, avec pour issue possible la disparition pure et simple de la SING SA en tant qu'entité.

La mémoire du projet eGabon

La SING SA n'est pas née d'une initiative privée : elle est une émanation directe du projet eGabon (référence Banque mondiale P132824), financé par un prêt contracté par l'État gabonais auprès de l'institution de Bretton Woods. Le montage initial prévoyait la création de trois incubateurs numériques, dans l'Estuaire, le Haut-Ogooué et l'Ogooué-Maritime. Un seul a vu le jour.

Ce type de financement s'accompagne, en principe, d'un cadre de résultats précis — indicateurs de performance, jalons, obligations de reporting — et se clôture par un rapport d'achèvement de projet, document que la Banque mondiale produit systématiquement en fin de financement pour mesurer l'atteinte des objectifs fixés au départ. Pour la composante eGabon dédiée à l'écosystème numérique, dont la SING SA est l'un des principaux instruments, l'existence d'un tel rapport rendu public n'a pas pu être établie à ce stade. Si la SING SA devait disparaître ou fusionner, la question de la reddition de comptes vis-à-vis du bailleur et, in fine, du contribuable gabonais qui rembourse ce prêt mérite d'être posée frontalement.

Le trou noir de la gouvernance

Autre élément troublant : l'intérim à la tête de la SING SA serait assuré par Cyrille Ndong, directeur général adjoint de la Société du patrimoine et des infrastructures numériques (SPIN), qui détient 30 % du capital de la SING SA pour le compte de l'État. Une proximité qui n'est pas anodine dans son principe, mais qui appelle une clarification : sur quels rapports d'activité, quels comptes-rendus de conseil d'administration, quels audits internes cette décision de limogeage s'est-elle appuyée ?

Une société d'État, a fortiori adossée à un financement multilatéral, doit produire ce type de documentation à intervalles réguliers. Leur publication, même partielle, permettrait de sortir le débat du registre de l'indiscrétion et de la rumeur pour l'installer sur le terrain de l'évaluation factuelle des politiques publiques.

Ce que la fusion ferait disparaître

Le Centre gabonais de l'innovation (CGI), dirigé par Stéphane Nzeng et placé sous la tutelle du ministère de l'Économie numérique, se positionnerait comme le futur réceptacle des activités de la SING SA. Si la bascule se confirme, une question demeure : que deviennent les données, l'historique et le suivi des 314 startups accompagnées depuis 2018 ? Sans publication d'un bilan de sortie et d'un plan de transfert documenté, c'est une partie de la mémoire institutionnelle de l'accompagnement à l'entrepreneuriat numérique gabonais qui risque de s'effacer sans laisser de trace vérifiable.

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