À Makokou, lors du Forum économique de l’Ogooué-Ivindo, Fortescue Belinga a présenté l’avancement de son projet de fer et, surtout, les perspectives économiques qui pourraient accompagner son développement. À ce stade, le projet n'est toutefois pas encore entré dans sa phase de production. Les travaux restent concentrés sur l’exploration, les études et la préparation des prochaines étapes.
Sur le terrain, l’ampleur des opérations d’exploration donne déjà une première mesure de l’activité générée. Fortescue indique avoir réalisé plus de 225 000 mètres de forage à circulation inverse sur plus de 1 470 trous, auxquels s’ajoutent plus de 17 500 mètres de forage au diamant. Les recherches se poursuivent également au-delà du secteur de Belinga, avec des forages engagés à Batouala et des activités d’exploration envisagées à Boka Boka.
L’emploi, premier canal de diffusion
Le premier effet économique mesurable se situe aujourd’hui sur le marché du travail. Selon les données communiquées par l’entreprise, le projet soutient 1 246 emplois directs et indirects. Parmi ces travailleurs, 82,22 % sont de nationalité gabonaise et 56,75 % sont originaires de l’Ogooué-Ivindo.
Ces chiffres témoignent d’une présence déjà significative de la main-d’œuvre locale. Ils ne préjugent cependant pas du volume d’emplois qui pourrait être créé dans une éventuelle phase de développement et de production. Cette distinction est importante : les emplois directs correspondent aux postes liés à l’activité de l’opérateur, tandis que les emplois indirects sont générés par les entreprises et prestataires intervenant autour du projet. Les emplois induits, eux, résultent de la consommation supplémentaire créée par les revenus distribués. Le document de Fortescue ne fournit pas de ventilation permettant de mesurer précisément ce troisième niveau.
L’enjeu sera donc moins de compter les emplois que de mesurer leur capacité à faire circuler durablement les revenus dans l’économie provinciale. Plus les compétences et les revenus restent localisés, plus l’activité minière peut produire des effets sur le commerce, les services et les petites entreprises.
Former aujourd’hui pour répondre aux besoins de demain
La question des compétences apparaît dès lors comme un enjeu stratégique. Fortescue met en avant son programme « We Train for Gabon », qui permet à 50 ressortissants gabonais de bénéficier d’une formation pratique aux méthodes minières australiennes. Les participants sont notamment confrontés aux opérations minières et travaillent aux côtés des équipes de l’entreprise.
Pour l’Ogooué-Ivindo, l’intérêt d’une telle démarche dépasse potentiellement les besoins immédiats de Fortescue. Une main-d’œuvre mieux formée peut, à terme, alimenter un marché du travail plus qualifié et faciliter l’émergence de compétences susceptibles d’être mobilisées par d’autres entreprises du secteur extractif.
Mais là encore, l’effet durable dépendra de la capacité à transformer la formation en emplois et en activités économiques. Le véritable enjeu sera de faire en sorte que les compétences acquises ne restent pas exclusivement rattachées à un seul projet.
Faire émerger un écosystème autour de la mine
Le développement de Belinga pourrait également ouvrir un marché pour les entreprises locales. Transport, restauration, hébergement, maintenance, sécurité, construction, logistique ou fourniture de biens et services constituent autant de secteurs susceptibles d’être sollicités par une activité minière plus importante.
Le document de Fortescue évoque d’ailleurs parmi les perspectives du projet les infrastructures, l’implication des entreprises locales, les marchés publics, l’emploi et la création de nouvelles opportunités économiques.
Toutefois, le communiqué ne chiffre ni les futurs achats locaux, ni le volume potentiel de contrats attribués aux PME de la province. Il serait donc prématuré d’évaluer précisément leur impact économique. La capacité des entreprises de l’Ogooué-Ivindo à répondre aux standards, aux volumes et aux exigences d’un projet minier industriel constituera l’une des conditions de cette diffusion de valeur.
Cette question est d’autant plus importante que les infrastructures nécessaires à un projet minier peuvent produire des effets bien au-delà du périmètre de l’exploitation. Routes, énergie, télécommunications, logistique et services peuvent améliorer l’environnement économique général, à condition que les investissements réalisés bénéficient également aux autres activités et aux populations.
De la mine à une nouvelle économie provinciale ?
C’est finalement sur ce terrain que se jouera une partie de l’impact économique de Belinga. Le projet peut devenir un moteur de diversification si les emplois, les compétences, les achats locaux et les activités de sous-traitance permettent à d’autres entreprises de se développer autour de lui.
À l’inverse, une économie trop dépendante d’un seul opérateur exposerait la province aux cycles et aux décisions propres à l’activité minière. La question de la création de valeur locale apparaît donc centrale : quelle part des revenus générés par Belinga restera effectivement dans l’Ogooué-Ivindo et combien bénéficiera à son tissu économique ?
La réponse dépendra notamment du niveau d’emploi local, de la participation des entreprises provinciales, du développement des compétences et des retombées des infrastructures. Elle dépendra aussi des choix qui seront faits au moment du passage éventuel de l’exploration à la production.
Fortescue prévoit une première expédition de minerai en 2030, mais cette échéance reste conditionnée à une décision finale d’investissement, à la poursuite des études et à l’obtention des autorisations nécessaires.
Belinga est donc encore loin du stade où ses retombées économiques peuvent être mesurées à l’échelle d’une exploitation industrielle. Mais les premiers emplois et les investissements dans les compétences constituent déjà des indicateurs de l’activité créée. À terme, le véritable bilan économique du projet ne se mesurera pas uniquement aux volumes de minerai extraits. Il se mesurera aussi à la capacité de l’Ogooué-Ivindo à transformer cette opportunité minière en emplois, en entreprises, en compétences et en valeur durablement ancrée dans la province.