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Traite des africains : de la dette morale aux réparations financières

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Traite des africains : de la dette morale aux réparations financières

La clôture de la 118ᵉ session du Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination raciale (CERD) marque une rupture doctrinale majeure. Au terme de 10 jours de travaux, les participants ont acté le passage des regrets symboliques de la traite négrière à des obligations financières et compensatoires concrètes. Une manière pour l'ONU de réinterroger les fondements de l'économie mondiale post-coloniale et de remettre en lumière les mécanismes d'extraction qui entravent le continent.

Jusqu’alors, les puissances occidentales privilégiaient une diplomatie de la repentance, exprimant regrets et excuses formelles sans engagement financier. Lors de la clôture de la 118ᵉ session du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) à Genève, le débat sur la traite transatlantique et le colonialisme a quitté les travées des discours commémoratifs pour investir le terrain strict de la finance et du droit international.

Selon le Service de l’information des Nations Unies, c’est au terme d’un examen minutieux des rapports soumis par quatre pays au titre de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale que le Comité a adopté une recommandation générale historique sur « la justice réparatrice pour les préjudices et les conséquences persistantes du colonialisme, de la traite des Africains réduits en esclavage à travers l’Atlantique et par d’autres voies, ainsi que de l’esclavage ».

Une victoire pour de nombreux acteurs et organismes engagés pour cette cause depuis des décennies. En effet, si la traite négrière et l’esclavage colonial sont reconnus par le droit international comme des crimes contre l’humanité, de nombreux États, à l’instar de la France, ont longtemps exprimé leur réticence quant à une possible réparation du préjudice.

Amnesty International estime à près de 15 millions le nombre d’Africaines et d’Africains asservis à travers le monde par des Européens et déportés vers les colonies des Amériques durant quatre siècles (XVIᵉ-XIXᵉ siècle). Une traversée de l’Atlantique qui aura coûté la vie à près de deux millions d'entre eux.

La nouvelle recommandation du CERD qualifie les conséquences persistantes du colonialisme de violations continues des droits économiques et sociaux, en établissant un lien direct entre l’extraction historique de capital humain et minéral, et le sous-développement relatif des économies africaines contemporaines.

Sur le plan économique, la traite des Africains et l’exploitation coloniale ont représenté une ponction massive de ressources et de main-d'œuvre non rémunérée. Ce transfert forcé de richesse a nourri l’accumulation primitive de capital en Europe et aux Amériques, jetant les bases de la révolution industrielle. En miroir, les territoires spoliés ont subi une désorganisation structurelle profonde, subissant une assignation durable au rôle d'exportateurs de matières premières brutes.

Un miroir tendu à l’économie gabonaise

Pour le Gabon et l'ensemble de l'Afrique Centrale, cette évolution du cadre juridique international fait écho à des réalités économiques très tangibles. Ancien territoire de l’Afrique Équatoriale Française (AEF), le Gabon a longtemps subi le modèle des compagnies concessionnaires, caractérisé par une exploitation intensive des ressources forestières et minières sans réinvestissement substantiel dans le tissu industriel local.

Aujourd'hui encore, l'économie nationale demeure marquée par cette spécialisation d'extraction. La dépendance aux cours mondiaux des matières premières — du pétrole au manganèse — illustre la vulnérabilité des pays rentiers pris dans des schémas commerciaux hérités de l'ère coloniale. De surcroît, les débats autour de la souveraineté monétaire et des règles du commerce mondial s'inscrivent directement dans le sillage des réformes préconisées par le CERD.

La question des réparations ne se limite plus aux transferts financiers directs. Elle englobe désormais la justice climatique et fiscale. Le Gabon, qui abrite une part majeure du bassin du Congo, se positionne à l'avant-garde de cette dynamique. Ce qui implique la reconnaissance de la valeur économique de ses services écosystémiques et le règlement de compensations équitables pour la préservation de ses forêts.

En matérialisant la notion de préjudice historique, l'ONU offre un levier politique et juridique inédit aux nations du Sud pour négocier la restructuration de la dette, l'accès privilégié au capital et un rééquilibrage durable des échanges mondiaux.

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