Un drapeau peut symboliser une nation. Mais une économie souveraine ne se mesure pas à ses couleurs. Elle se mesure à ce qu’un pays est capable de produire, de transformer, de financer et de conserver chez lui.
En 2026, cette question prend une résonance particulière au Gabon. Le pays dispose de ressources considérables, mais reste confronté à un paradoxe : être riche en matières premières ne signifie pas nécessairement être économiquement souverain.
Le constat est connu. Selon la Banque mondiale, 97 % des exportations gabonaises sont concentrées sur trois produits : pétrole, manganèse et bois. En 2024, l’économie a progressé de 2,9 %, mais cette croissance, largement portée par les hydrocarbures et les travaux publics, n’a pas suffi à créer suffisamment d’emplois ni à réduire significativement la pauvreté. Plus d’un tiers des Gabonais vivaient encore sous le seuil de pauvreté retenu par l’institution.
La souveraineté économique commence donc par une rupture avec cette dépendance.
Elle signifie d’abord transformer davantage ce que nous produisons. Exporter du minerai, du bois ou du pétrole procure des recettes. Transformer localement ces ressources permet d’aller chercher davantage de valeur ajoutée, de développer des compétences, de faire émerger des entreprises et de créer des emplois. C’est toute la différence entre posséder une ressource et maîtriser réellement sa chaîne de valeur.
Elle signifie ensuite produire davantage pour le marché intérieur. Agriculture, élevage, pêche, industrie agroalimentaire : la souveraineté ne consiste pas à fermer les frontières, mais à réduire les dépendances qui rendent le pays vulnérable aux chocs extérieurs et aux variations des prix internationaux.
Elle suppose aussi une souveraineté financière. Un État ne peut durablement financer son ambition de transformation par la seule rente ou par l’endettement. Il doit élargir ses recettes domestiques, mobiliser son épargne, développer son marché financier et créer les conditions permettant au capital privé gabonais de financer davantage l’économie.
Le défi est d’autant plus important que les ressources naturelles ne sont pas éternelles. La Banque mondiale estime que la baisse progressive de la production pétrolière devra être compensée par l’expansion du bois, du manganèse, de l’agriculture, des services et de nouveaux projets miniers.
Le budget 2026, fixé à 6 358 milliards de FCFA, avec 2 137 milliards consacrés aux investissements selon le cadrage présenté par le CNEF, traduit cette volonté d'accélération. Mais investir davantage ne suffira pas. Encore faut-il que chaque franc investi contribue à accroître la capacité productive du pays.
Car la souveraineté économique n’est ni un slogan ni une politique d’autarcie. Elle est une capacité : celle de décider davantage de son avenir parce que l’on maîtrise davantage ses ressources, ses entreprises, ses compétences, son financement et ses chaînes de valeur.
Le véritable test du « Gabon nouveau » ne sera donc pas seulement de savoir combien le pays exporte. Il faudra surtout regarder combien il transforme, combien il produit, combien d’entreprises gabonaises grandissent, combien d’emplois sont créés et quelle part de la richesse reste effectivement dans l’économie nationale.
C’est là que le patriotisme économique cessera d’être une intention pour devenir une performance mesurable.