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Makokou, terre du fer de Belinga : un projet stratégique pour la souveraineté économique du Gabon

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Makokou, terre du fer de Belinga : un projet stratégique pour la souveraineté économique du Gabon

Chef-lieu de la province de l’Ogooué-Ivindo, Makokou est indissociable du gisement de fer de Belinga, l’un des plus prometteurs au monde. Alors que la ville s’apprête à accueillir la deuxième édition de la Fête nationale de la Libération, c’est tout naturellement que les projecteurs se tournent vers ce territoire, dont le sous-sol recèle un potentiel exceptionnel. Mais au-delà du symbole, c’est la réalité économique du projet qui retient l’attention : Belinga incarne l’ambition gabonaise de bâtir une prospérité durable au-delà du pétrole.

Un projet aux dimensions internationales et un calendrier tenu

Les dernières évaluations techniques, certifiées selon les normes internationales, font état de 1,4 milliard de tonnes de minerai de fer contre 1 milliard initialement estimé, avec 225 000 mètres linéaires de forages réalisés sur le seul bloc ouest. L’objectif de production annuelle est fixé à 100 millions de tonnes, pour un investissement déjà engagé par Fortescue de 305 millions de dollars.

Le calendrier de mise en œuvre est désormais bien arrêté. En janvier 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu Andrew Forrest, PDG de Fortescue, pour accélérer le projet et créer une  « task-force présidentielle » , dédiée. Le 4 juin 2026, le ministre des Mines a officialisé la certification des réserves. Enfin, la date de 2030 est officiellement fixée pour le démarrage de la production industrielle.

Un bras de fer avec Fortescue : souveraineté nationale et infrastructure partagée

Mais Belinga est aussi le théâtre de négociations serrées, notamment  avec le géant australien Fortescue. Si le groupe a été sélectionné pour développer le gisement, il ambitionne de contrôler toute la chaîne logistique: voie ferrée, port, énergie, pour garantir la rentabilité de son investissement. Une prétention que Libreville refuse catégoriquement.

L’État gabonais ne veut pas qu’un opérateur privé étranger s’approprie des infrastructures structurantes qui doivent servir l’économie nationale dans son ensemble. Le corridor de Belinga doit devenir un outil de développement national, et non une infrastructure captive d’un groupe minier. Cet enjeu dépasse la seule exploitation du fer : il s’agit pour le gouvernement  de s’assurer que les routes, le rail, le port et l’électricité créés autour de Belinga deviennent des actifs durables au service de l’économie gabonaise.

La doctrine de la transformation locale : « Ne plus exporter brut »

Devant les investisseurs internationaux réunis au Africa CEO Forum 2026 à Kigali, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé l’orientation stratégique du Gabon : « Nous ne voulons plus exporter nos matières premières à l’état brut. Le fer de Belinga sera transformé sur place, pour créer de la valeur et des emplois ici, au Gabon. » Il a également précisé que le projet prévoit la mise en place d’un consortium international pour la construction d’une ligne ferroviaire d’environ 450 km, d’un port en eau profonde et de barrages hydroélectriques dédiés à la transformation du minerai.

Cette vision se traduit sur le terrain par le triptyque Belinga – Kobé-Kobé – Booué : le gisement de fer, le port en eau profonde dont les travaux ont été lancés en juin 2026, et le barrage hydroélectrique de 400 mégawatts à Booué. Comme il l’a souligné lors d’une visite à Makokou en mars 2026 : « La richesse de notre sous-sol doit profiter à l’ensemble de la nation. C’est pour cela que nous investissons dans les infrastructures qui permettront de transformer le minerai ici, et non ailleurs. »

Un test grandeur nature pour la Vème  République

Au-delà du projet minier, Belinga est devenu le symbole des défis que doit relever le Gabon dans cette nouvelle phase de son histoire. La Vème  République, proclamée après le coup de libération , a fait de la souveraineté économique un pilier de son action. Concilier attractivité des capitaux étrangers et préservation des intérêts nationaux, moderniser les infrastructures tout en maîtrisant leur gouvernance, transformer localement les ressources tout en restant compétitif sur les marchés mondiaux : tels sont les équilibres fragiles que le pouvoir exécutif tente de bâtir.

Le projet Belinga, par son ampleur et ses enjeux, cristallise ces questions. Il est le laboratoire où se joue la capacité du Gabon à négocier avec les grandes puissances minières, à imposer ses conditions et à faire de ses richesses naturelles un levier de développement partagé. Pour les habitants de Makokou et de la province de l’Ogooué-Ivindo, l’enjeu est aussi concret : emplois, formation, services de base, désenclavement. En dehors d'être une ressource économique, Le fer de Belinga est aussi et surtout, une promesse d’avenir pour tout un territoire.

Un horizon 2030 pour une nouvelle ère

Si 2030 marquera l’entrée en production industrielle du gisement, c’est dès aujourd’hui que se joue la crédibilité du Gabon sur la scène internationale. La certification des réserves, l’avancement des forages et la mise en place des infrastructures sont autant d’étapes qui rassurent les investisseurs et consolident la position du pays. Mais la véritable mesure du succès sera ailleurs : dans la capacité à créer une filière locale de transformation, à former des compétences gabonaises, à faire de Belinga un moteur de croissance pour les décennies à venir.

Le 30 août prochain, à Makokou, le regard sera tourné vers l'avenir. Car de l'avis de nombreux observateurs, le fer de Belinga est le reflet des ambitions d’un pays qui veut écrire son propre destin économique. Et c’est sans doute là le plus grand défi des autorités gabonaises  : faire de ses ressources un tremplin vers l’indépendance réelle, et non une simple rente.

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