Elle mêle le fumet du poulet aux équations de la logistique. Nguema Lady, jeune diplômée et restauratrice à Cherco (Akanda, au nord de Libreville), incarne une génération qui ne subit plus son destin, mais le mitonne à feu doux. Son parcours, du hachoir de la survie à la table de l’excellence, est une leçon de ténacité servie dans une assiette. Rencontre avec une battante qui prouve qu’en Afrique, l’audace a parfois le goût du poivre et du succès.
Akanda, quartier Sherco, ici, l’adresse ne se devine pas au premier coup d’œil. Il faut emprunter la dernière ruelle à droite, avant la pharmacie Bon Samaritain, pour découvrir une petite pépite : le restaurant de Nguema Lady. Mais ne vous y trompez pas, ce lieu n’est pas qu’une cantine. C’est le fruit d’une alchimie rare entre une jeunesse en quête de sens et un savoir-faire culinaire hérité des aïeules.
Le fourneau comme table de chevet
Étudiante en logistique et transport, Lady a très tôt compris que l’université ne fait pas de cadeaux. Pas de bourse mirobolante, pas de mécène au détour d’un couloir. Face à l’implacable équation du financement, elle a choisi une voie peu orthodoxe : transformer sa cuisine en atelier de survie, mais aussi en laboratoire de rêves. Chaque plat vendu était un ticket de bus, un manuel, un droit d’examen. « Je ne voyais pas la cuisine comme une échappatoire, mais comme une extension de ma volonté », confie-t-elle, les yeux brillants. Son diplôme, elle ne l’a pas simplement décroché sur les bancs de l’université ; elle l’a mijoté, jour après jour, dans le bruit des casseroles et le parfum des épices.
Cherco, écrin d’une success-story locale
Aujourd’hui, son restaurant est un manifeste. Sa carte, simple et généreuse, propose des grillades de poulet, des plats de légumes accompagnés de bananes, de riz ou de manioc, le tout préparé avec des produits frais du terroir. Devant son établissement, une touche d’ingéniosité : un fût métallique transformé en fumoir, où les viandes prennent ce goût si particulier qui fait sa renommée. Mais ce qui attire la clientèle, au-delà des mets, c’est l’histoire qui imprègne chaque assiette. Ici, on ne vient pas seulement se sustenter ; on vient puiser une énergie positive, savourer l’odeur tenace de la persévérance. « Ce lieu, c’est ma fierté, mais aussi un message à toutes celles qui doutent : on peut être femme, jeune, africaine, et bâtir son propre empire sans rien renier de ses racines », ajoute-t-elle.
Une activité en prise avec son temps
Au-delà du service sur place, Lady a développé un système de livraison de commandes qui lui permet de toucher une clientèle plus large, dans tout le nord de Libreville. Une organisation minutieuse, digne de ses études en logistique, qui lui offre une visibilité grandissante. « Je ne me contente pas d’attendre le client, je vais à sa rencontre, je lui facilite la vie », explique-t-elle. Ce sens du service, couplé à la qualité de ses plats, fait de son activité un petit modèle d’économie locale.
Philosophie d’une battante
Son credo résonne comme un message panafricain : « N’attendez pas que l’opportunité frappe ; construisez-la, brique par brique, épice par épice. » Elle ne cherche pas de porte de sortie, elle forge la sienne, avec pour outils une détermination sans faille et une passion contagieuse. Son parcours croise les enjeux du continent : concilier héritage culinaire et modernité, créer de l’emploi, donner une visibilité aux femmes chefs d’entreprise. Lady incarne cette Afrique qui avance, sans renier ses traditions, mais en les réinventant.
Le sujet dépasse donc le simple fait divers local. Il éclaire une tendance lourde : l’émergence d’une génération d’entrepreneurs africains qui allient savoirs académiques et pratiques artisanales. Lady n’est pas une exception, elle est l'illustration positive d’une jeunesse gabonaise qui réinvente l’économie du quotidien. Sur la scène internationale, son histoire en rajoute aux luttes pour l’empowerment féminin, au rôle de la diaspora culinaire, et à la redécouverte des terroirs comme leviers de développement. En ces temps où l’on cherche des modèles de résilience, son exemple, simple et puissant, dépasse les frontières.
Chez Lady, on ne mange pas seulement. On médite, on célèbre, on s’émeut. Son restaurant est un symbole : celui d’une Afrique qui ne mendie plus, mais qui propose ; qui ne subit plus, mais qui crée. Alors, si un jour vous passez à Akanda, dans le quartier Cherco, vous y dégusterez non seulement un repas, mais vous y boirez à la source d’une détermination qui n’a pas de prix. Et vous repartirez peut-être avec une envie : celle de cuisiner, vous aussi, votre propre avenir.