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Moanda : rétrocession à 6,47 milliards, transfert d’actifs ou future charge pour l’État ? 

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Moanda : rétrocession à 6,47 milliards, transfert d’actifs ou future charge pour l’État ? 

Le 22 août 2026, la Comilog (filiale du groupe Eramet) a rétrocédé de 6,47 milliards de FCFA d'infrastructures d'eau potable et d'éclairage public à Moanda, dans le Haut-Ogooué. Si l’opération évite de lourds investissements à l’État gabonais, elle lui transfère la gestion financière et la maintenance complexes de ces équipements stratégiques. 

Sur le papier, l'équation économique paraît imbattable. L'État économise des milliards de FCFA de dépenses d'investissement de capitalisation (CAPEX), intégralement financés par l'industriel minier au titre de sa Responsabilité Sociétale d'Entreprise (RSE). Ces infrastructures livrées clé en main viennent combler un déficit criant d'équipements dans le Haut-Ogooué sans grever les caisses du Trésor public.

Cependant, en matière d'infrastructures publiques, la gratuité initiale de l'actif masque souvent le coût réel de son cycle de vie. Le transfert de propriété s'accompagne en effet d'un glissement intégral des dépenses d'exploitation (OPEX) du bilan privé de l'entreprise vers les comptes des opérateurs publics.

« Pour Eramet Comilog, accompagner le développement du territoire signifie aussi contribuer, aux côtés de l'État, à des infrastructures qui ont un impact direct sur le quotidien des populations », rappelait la direction du groupe minier lors de la signature.

Si la Comilog s'extrait ainsi en douceur de son rôle historique d’« entreprise-providence » assurant le service après-vente de la commune, elle passe le relais financier aux structures étatiques.

Désormais, la gestion technique des ouvrages d'eau incombe à la Société d'Énergie et d'Eau du Gabon (SEEG), actuellement engagée dans un processus délicat de restructuration institutionnelle, tandis que la maintenance de l'éclairage public revient à la Compagnie Nationale d'Énergie Électrique (CNEE).

Le ministre de l'Accès universel à l'Eau et à l'Énergie, Philippe Tonangoye, a qualifié cet acte de manifestation de « la volonté des autorités de garantir un accès équitable et durable aux services de base dans les zones d'impact minier ». Mais garantir cette durabilité exige des ressources financières récurrentes que les deux entités publiques peinent historiquement à mobiliser.

Dans le secteur de l'eau, les investissements ont été concentrés sur l'ensemble de la chaîne : production, captage, traitement et renforcement du réseau. À la Cité Lékolo II, la nouvelle station offre une capacité de production de 12 m³ d'eau traitée par heure, raccordant 417 logements, soit 2 022 bénéficiaires directes. En parallèle, deux forages industriels équipés apportent une capacité supplémentaire de 22 m³/h au réseau de la SEEG, couplés au renforcement de deux surpresseurs pour alimenter les quartiers historiquement assoiffés. 

Mais l'entretien de ces stations et pompes d'exhaure implique des coûts incompressibles en réactifs et en pièces détachées. Le recouvrement tarifaire auprès des nouveaux abonnés suffira-t-il à équilibrer ces charges ?

Du côté de la CNEE, l'équation budgétaire est encore plus critique. Entre 2020 et 2026, environ 6 000 lampadaires solaires ont été déployés pour un investissement de l'ordre de 5 milliards de FCFA. Si l'énergie solaire ne génère pas de facture d'électricité, la durée de vie moyenne des batteries autonomes excède rarement 5 à 7 ans. D'ici peu, la CNEE devra renouveler ce parc sous peine de voir des quartiers entiers replonger dans l'obscurité.

Pour éviter que ces 6,47 milliards d'actifs ne se meurent en passif financier, l'État gabonais doit impérativement ajuster son modèle de gouvernance. Le transfert d'infrastructures rétrocédées exige la création d'un fonds d'entretien pérenne, potentiellement adossé à une fraction de la redevance minière ou aux ressources du Fonds de Développement des Communautés Locales (FDCL).

Sans anticipation des coûts cachés de l'entretien, l'opération de Moanda pourrait servir d'avertissement. Acquérir un actif est à la portée d'une signature, mais financer sa pérennité exige une rigueur budgétaire que les finances publiques gabonaises doivent encore démontrer.

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