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"Gabon Infini ": le pari d’un petit pays pour devenir le gardien de la planète

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"Gabon Infini ": le pari d’un petit pays pour devenir le gardien de la planète

En marge des récentes  célébrations de la Fête de la Libération, le Gabon a dévoilé un projet qui pourrait bien redéfinir le rôle de l’Afrique dans la protection de la planète. Baptisé « Gabon Infini », ce mécanisme de financement sur dix ans vise à lever 200 millions de dollars pour préserver la biodiversité et soutenir les communautés rurales. Derrière cette annonce, une conviction : la nature n’est pas un fardeau, mais un levier de souveraineté.

Un sanctuaire mondial aux dimensions stupéfiantes

Le Gabon n’est pas un pays forestier comme les autres. C’est un coffre-fort biologique. Avec près de 88 % de son territoire couvert de forêts, il abrite l’un des derniers grands réservoirs de carbone de la planète. Chaque année, ses arbres absorbent l’équivalent des émissions de plusieurs dizaines de millions de véhicules. Mais ce n’est pas tout : le pays héberge plus de la moitié des éléphants de forêt encore vivants, et un quart des gorilles des plaines. Ces chiffres ne sont pas des trophées naturalistes. Ils imposent une responsabilité presque écrasante : si ces espèces disparaissent au Gabon, elles disparaissent tout court.

C’est cette réalité que le gouvernement a décidé de transformer en atout stratégique. Avec « Gabon Infini », l’exécutif ne se contente pas de protéger la forêt : il la transforme en pilier de son développement.

Un précédent historique, en 2023

Le projet ne sort pas de nulle part. Il s’appuie sur une première mondiale, réalisée en 2023 : le Gabon a alors bouclé une opération de conversion de dette de 500 millions de dollars, la première du genre en Afrique continentale. Cet accord, connu sous le nom de « Nature Bonds » et porté par l’ONG américaine The Nature Conservancy (TNC), a libéré environ 163 millions de dollars pour la conservation marine sur quinze ans.

Ce précédent a prouvé une chose : le Gabon sait transformer une contrainte financière en opportunité écologique. Comme le rappelle Stanislas Stephen Mouba, directeur pays de TNC, « Gabon Infini s’inscrit dans la continuité de cette logique, en l’étendant cette fois à l’ensemble des écosystèmes terrestres et d’eau douce ».


Une architecture financière novatrice, portée par des acteurs mondiaux

Ce nouveau chapitre repose sur un montage original, associant fonds publics, philanthropie et rendements d’investissement. Sur les 200 millions de dollars visés : 94 millions proviennent de subventions de partenaires internationaux, dont le Bezos Earth Fund – l’initiative de Jeff Bezos – et des organisations liées à la famille Walton ; 86 millions sont mobilisés par le gouvernement gabonais; environ 20 millions viendront des rendements financiers générés par le fonds.

L’ensemble sera géré par le Fonds de préservation de la biodiversité au Gabon (FPBG), dirigé par Christine Yasmine Tchoua. Sa mission : « orienter ces financements vers des actions concrètes à fort impact sur le terrain ».

L’humain au cœur du dispositif

Le volet social est tout aussi ambitieux. Près de 100 000 personnes, vivant à proximité des aires protégées, devraient bénéficier directement du programme. L’objectif : améliorer les moyens de subsistance, renforcer la participation communautaire, et surtout, réduire les conflits avec la faune, notamment les éléphants, dont les incursions dans les villages sont devenues un défi quotidien.

Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, résume la philosophie du projet en une phrase : « Au-delà de la simple valorisation de nos ressources, nous voulons placer l’humain au cœur du développement. » Même écho du côté de Jennifer Morris, PDG de TNC : « Protéger la nature va bien au-delà de la préservation des écosystèmes. Cela exige de respecter, soutenir et intégrer les communautés locales. »

Un test grandeur nature pour la finance verte mondiale

Reste une question essentielle : ces 200 millions de dollars, concentrés sur dix ans, suffiront-ils à transformer ce capital naturel exceptionnel en développement tangible pour les populations rurales ? Le défi est immense, et les premiers retours des initiatives précédentes invitent à la prudence. Le FPBG, créé en 2023, n’a versé ses premières subventions significatives – 763 millions de FCFA pour 18 projets – qu’en février 2026, et a récemment présenté un nouveau cadre de suivi pour mieux mesurer l’impact réel des fonds mobilisés.

Le gouvernement en est pleinement conscient. C’est pourquoi « Gabon Infini » ne se contente pas de prolonger les « Nature Bonds » : il amplifie l’effort, élargit le périmètre, et renforce les exigences de transparence.

Une souveraineté écologique en marche

Au-delà des aspects techniques, ce projet porte une ambition politique claire. En assumant pleinement son rôle de gardien de la forêt, le Gabon ne se contente plus d’être un bénéficiaire passif de l’aide internationale : il devient un acteur incontournable de la finance verte mondiale. Ademola Ajagbe, directeur Afrique de TNC, le résume en quelques mots : « Le Gabon a une responsabilité mondiale, et il l’assume depuis plusieurs décennies. »

L’heure de la preuve

L’enjeu déplore désormais le cadre écologique. Il s’agit d’un test de crédibilité pour toute la finance verte. Si le Gabon réussit, il ouvrira la voie à d’autres pays africains, montrant que la conservation peut être un moteur de prospérité et non un frein. Si le pari échoue, ce sera un signal négatif pour toute une génération d’initiatives similaires.

Mais le Gabon a déjà montré, par le passé, sa capacité à innover. Et avec « Gabon Infini », il met toutes les chances de son côté pour écrire un nouveau chapitre de son histoire, où la nature et l’humain avancent enfin main dans la main. Le monde observe. Le Gabon agit.

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