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Dette publique : le Gabon vers un doublement en trois ans ?

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Dette publique : le Gabon vers un doublement en trois ans ?

Le chiffre est sans appel. Selon les projections des services du Fonds monétaire international, arrêtées au 2 avril 2026, la dette publique gabonaise devrait passer de 70,9 % du PIB en 2024 à 94,3 % en 2027. Soit 23,4 points de PIB gagnés en seulement trois exercices, l'une des progressions les plus rapides du continent.

Le détail annuel dessine une trajectoire continue : 70,9 % en 2024, 78,9 % en 2025, 86,1 % en 2026, 94,3 % en 2027. Aucun palier, aucun répit. Sur la même période, le déficit budgétaire se creuserait jusqu'à 11,2 % du PIB.

Un décrochage par rapport à la région

Ce qui frappe, c'est le contraste avec la tendance régionale. Le Gabon avait déjà franchi en 2024 le plafond de 70 % fixé par la CEMAC comme critère de convergence. En 2027, il s'en écarterait de près de 25 points. Pendant ce temps, le ratio d'endettement médian de l'Afrique subsaharienne est passé de 57,2 % en 2024 à 53,1 % en 2025, porté par la croissance, les effets de change et des restructurations menées ailleurs, notamment en Éthiopie, au Ghana et en Zambie. Le déficit budgétaire médian de la région s'est réduit à 3 % du PIB. Libreville avance dans le sens inverse.

Il faut toutefois nuancer ce chiffre. Ce sont des estimations et projections des services du FMI, non les chiffres définitifs des autorités gabonaises. Et elles ne font pas consensus : la Banque mondiale, dans sa dernière note de conjoncture, retenait plutôt 86,1 % du PIB à l'horizon 2027, un chiffre inférieur mais qui pointe la même dynamique haussière.

Ce qui alimente la hausse

D'après la Banque mondiale, cette trajectoire s'explique par une politique de dépenses expansionniste. En 2024, les dépenses publiques ont bondi d'environ 24 %, tirées par un boom des investissements en capital, plus 155 % dans les infrastructures routières, l'eau et l'électricité, et par une hausse de 48 % des transferts sociaux et subventions, comme les bourses d'études ou le carburant. Dans le même temps, les recettes pétrolières, pilier historique de l'économie gabonaise, ont reculé. Les progrès de la numérisation fiscale n'ont pas suffi à compenser ce manque à gagner.

Pour freiner la tendance, les autorités ont engagé des opérations de gestion active de la dette, notamment le rachat anticipé de titres arrivant à échéance et le reprofilage de la dette intérieure, afin d'étaler les paiements dans le temps. Des mesures qui gagnent du temps, sans inverser la courbe.

L'enjeu pour les mois à venir

Cette trajectoire accentue les risques budgétaires et de liquidité, et limite mécaniquement la capacité de l'État à investir dans les secteurs sociaux et les infrastructures qu'il cherche pourtant à financer. Elle explique aussi la tonalité inhabituelle du récent Débat d'orientation budgétaire, où un ancien directeur général de la Dette, devenu député, a qualifié la situation des comptes publics de catastrophique.

Pour maintenir la viabilité de ses finances publiques, le Gabon devra renforcer ses réformes de gouvernance, améliorer l'efficacité de la dépense et diversifier ses sources de recettes, en particulier fiscales. Le rendez-vous du budget 2027, actuellement en préparation, sera scruté de près par les agences de notation et les partenaires techniques et financiers du pays.

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