Le premier mensuel économique au Gabon.

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CEMAC : pourquoi le commerce régional peine à décoller ?

CEMAC : pourquoi le commerce régional peine à décoller  ?

Le Gabon peut se réjouir d'être devenu le premier acteur du commerce intra-CEMAC en 2025. Mais derrière cette performance se cache une réalité plus profonde : le véritable retard n'est pas celui d'un pays, mais celui d'une région qui peine encore à commercer avec elle-même.

Depuis plusieurs décennies, la CEMAC affiche pourtant les attributs d'un marché commun : union douanière, tarif extérieur commun, libre circulation des personnes et des marchandises inscrite dans les textes. Pourtant, dans les faits, moins de 5 % des échanges commerciaux des États membres s'effectuent entre eux. Ce paradoxe interroge.

Le premier obstacle est celui des infrastructures. Entre Libreville, Brazzaville, Bangui, N'Djamena ou Malabo, les liaisons routières restent insuffisantes, le réseau ferroviaire demeure fragmenté et les coûts logistiques figurent parmi les plus élevés du continent. Dans plusieurs cas, il est encore plus simple et parfois moins coûteux d'expédier une marchandise vers l'Europe que vers un pays voisin.

Le deuxième frein réside dans les barrières non tarifaires. Malgré les engagements politiques, les opérateurs économiques dénoncent régulièrement la multiplication des contrôles routiers, les procédures douanières complexes, les délais administratifs et les pratiques qui renchérissent le coût des échanges. L'intégration ne se décrète pas ; elle se construit par des réformes concrètes.

Enfin, la structure même des économies de la sous-région limite naturellement les échanges. Les pays de la CEMAC exportent essentiellement les mêmes produits : pétrole, bois, minerais ou matières premières agricoles, principalement vers l'Europe ou l'Asie. Lorsque les économies produisent les mêmes biens et peu de produits manufacturés, elles ont mécaniquement moins de raisons de commercer entre elles.

Pour le Gabon, cette situation ouvre néanmoins une opportunité. La stratégie de transformation locale du bois, du manganèse ou des produits agricoles peut progressivement créer une offre industrielle destinée aux marchés régionaux. C'est précisément l'ambition portée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) : développer des chaînes de valeur africaines capables de produire, transformer et échanger davantage à l'intérieur du continent.

Mais la ZLECAf ne produira pas de miracle sans réformes nationales. La compétitivité des entreprises, la simplification des procédures douanières, la modernisation des infrastructures, le financement des PME exportatrices et l'harmonisation des normes demeurent les véritables leviers de transformation.

Le défi du Gabon ne consiste donc plus seulement à rester premier dans les échanges intra-CEMAC. Il est désormais de contribuer à faire grandir ce marché lui-même. Car le véritable indicateur de réussite ne sera pas le classement d'un pays, mais la capacité de l'Afrique centrale à devenir un espace économique intégré, où les entreprises trouvent enfin chez leurs voisins des débouchés aussi naturels que ceux qu'elles recherchent aujourd'hui sur d'autres continents.

 

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