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BUDGET : Le DOB 2027, sismographe d'une alerte interne

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BUDGET : Le DOB 2027, sismographe d'une alerte interne

Cinq minutes. C'est le temps qu'il aura fallu à Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député d'Akanda, pour bousculer le ton feutré du Débat d'orientation budgétaire (DOB) 2027 à l'Assemblée nationale. Face à ses collègues, l'élu de la périphérie nord de Libreville a qualifié la situation des comptes publics gabonais de catastrophique, un mot rare dans la bouche d'un ancien haut fonctionnaire.

Le Débat d'orientation budgétaire n'est pourtant pas conçu pour ça. Ce rendez-vous technique, préalable au dépôt du projet de loi de finances, sert en principe au gouvernement à exposer aux députés les grandes orientations budgétaires de l'année à venir. La représentation nationale y dispose d'une fenêtre étroite pour interpeller l'exécutif. Cette année, la fenêtre s'est transformée en tribune.

Une voix qui vient de l'intérieur

Pour certains observateurs, ce qui donnerait du poids à cette intervention, c'est son auteur. Avant de siéger à l'Assemblée, Ntoutoume Ayi a dirigé la Direction générale de la Dette, l'organe technique chargé du suivi des engagements financiers de l'État. Il connaît les arcanes du Trésor de l'intérieur. Une alerte venue de l'opposition politique se heurte souvent au soupçon du procès d'intention ; une alerte venue d'un ancien pilote du dossier de la dette est plus difficile à écarter.

En mettant en cause les plus hautes autorités, l'élu a aussi rompu avec la réserve que s'imposent d'ordinaire les anciens hauts fonctionnaires. Ce choix interroge la qualité du dialogue entre la nouvelle Assemblée et l'exécutif, alors que le Gabon, en transition depuis 2023, affiche l'ambition de refonder sa gouvernance économique. Le gouvernement n'a, à ce stade, opposé aucun démenti circonstancié.

Une alerte qui colle aux chiffres

Le constat trouve un écho concret dans les projections internationales. Selon le FMI, la dette publique gabonaise devrait grimper de 70,9 % du PIB en 2024 à 94,3 % en 2027, l'une des progressions les plus rapides du continent, à contre-courant d'une Afrique subsaharienne qui se désendette. Le déficit budgétaire suivrait la même pente, jusqu'à 11,2 % du PIB. La Banque mondiale retient un chiffre plus bas, 86,1 % du PIB, mais pointe la même trajectoire haussière et le même dépassement, depuis 2024, du plafond de 70 % fixé par la CEMAC.

Que l'on retienne 86 % ou 94 %, le Gabon s'éloigne de la norme régionale au moment où la médiane subsaharienne s'en rapproche. Cet écart entre institutions dit aussi la difficulté d'obtenir une photographie stabilisée des finances publiques gabonaises.

Ce que ça révèle des tensions internes

L'épisode dépasse la polémique parlementaire. Il met en lumière une fracture potentielle entre une technocratie budgétaire qui a vu les chiffres se dégrader de l'intérieur, et un exécutif engagé dans une politique de dépenses volontariste, pensée comme preuve de rupture avec la gestion antérieure. Cette impulsion a un coût : creusement du déficit primaire, arriérés intérieurs envers les fournisseurs de l'État, et un taux de pression fiscale qui reste faible pour un pays à revenu intermédiaire.

Reste à savoir si l'alerte de Ntoutoume Ayi restera un accident de séance ou marque une rupture de ton durable. La période qui s'ouvre, entre vote des orientations et examen du budget 2027, sera scrutée par les milieux d'affaires, les agences de notation et les partenaires du pays. Question posée : quand la technocratie parle plus fort que l'exécutif, qui tient réellement le cap budgétaire ?

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