Le Gabon compte désormais 3 518 621 habitants. Le chiffre, homologué le 27 août 2026 par la Cour constitutionnelle à l'issue du Recensement général de la population et des logements, redessine la photographie démographique du pays. En 2013, le précédent recensement en dénombrait 1 811 079 : en treize ans, la population aurait presque doublé.Derrière le choc des chiffres, une question plus intéressante se pose : le Gabon vient-il de découvrir qu'il possède, enfin, un véritable marché intérieur ?
Une population n'est pas qu'un nombre : c'est une demande potentielle, des ménages à nourrir, à loger, à soigner. Encore faut-il que ces besoins se transforment en demande solvable. C'est là que commence le vrai sujet.
Plus d'habitants ne garantit pas plus de marché
Un marché intérieur se mesure à la rencontre entre population, revenus, emploi et production locale, pas au seul nombre d'habitants. Un pays peut rester un marché étroit malgré des millions d'habitants si les revenus sont faibles ou si l'essentiel de la consommation est importé.
3,5 millions d'habitants ne signifient donc pas 3,5 millions de consommateurs solvables. Mais ce chiffre donne une dimension nouvelle aux besoins du pays : plus de logements, de produits alimentaires, de transports et de services financiers à développer. Pour les entreprises gabonaises, c'est une opportunité, et une obligation : produire pour ce marché plutôt que le laisser aux importations.
Le risque : consommer pour les autres
Si la population augmente sans que la production locale suive, la demande croîtra sans transformer l'appareil productif : le consommateur achètera davantage, mais une part croissante de cette dépense financera des producteurs étrangers. Le marché existe, mais sa valeur ajoutée quitte le territoire.
À l'inverse, si les entreprises locales captent cette demande, un cercle vertueux s'enclenche : plus de consommateurs, plus de production, plus d'investissement, plus d'emplois, plus de revenus. C'est ce mécanisme que le Gabon doit désormais construire.
Un marché concentré
Autre donnée majeure : 2 184 908 habitants résident dans l'Estuaire, soit 62,1 % de la population nationale. Le Haut-Ogooué en compte 297 100 et l'Ogooué-Maritime 292 652.
Le marché gabonais n'est donc pas réparti uniformément. Pour les investisseurs, cela facilite la constitution de bassins de consommation. Pour l'État, cela pose un défi d'aménagement, avec un risque de creuser l'écart entre Libreville et les autres provinces.
La question n'est plus seulement « combien sommes-nous ? », mais « où sommes-nous, que produisons-nous, et combien pouvons-nous consommer ? ».
Revoir les indicateurs
Ce recensement intervient alors que le Gabon travaille au rebasage de son PIB. Les deux opérations sont distinctes, mais la nouvelle base démographique permettra de mieux mesurer le PIB par habitant. Une économie de 3,5 millions d'habitants ne se pilote pas avec les hypothèses d'une économie de 1,8 million.
De la population au marché
Le Gabon ne doit pas se réjouir seulement d'avoir « plus d'habitants ». Il doit transformer cette masse démographique en force économique : emplois, financement des PME, transformation locale, chaînes de valeur nationales.
La démographie peut devenir un dividende, mais seulement si l'économie sait l'absorber. Le Gabon a désormais un marché intérieur. Reste à savoir s'il laissera ce marché nourrir les entreprises des autres, ou s'il donnera enfin aux entreprises gabonaises les moyens de le conquérir.