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Ondogo : quand l’imprécision foncière de l’État menace les investissements privés

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Ondogo : quand l’imprécision foncière de l’État menace les investissements privés

Dans le Grand Libreville, la conduite des travaux d'aménagement urbain et de sécurisation des emprises publiques met à nu une fracture béante entre la planification administrative et la réalité des investissements privés. À Ondogo, quartier pôle d'expansion de la capitale, la multiplication des avis de démolition imminents suscite une vive controverse. Ce contentieux révèle les failles d'une gestion domaniale marquée par des décennies d'incohérences réglementaires, faisant peser un risque financier direct sur les propriétaires riverains.

Le cas d'Ondogo, dans le 1er arrondissement de Libreville illustre avec acuité la fragilité du cadre juridique de la propriété foncière au Gabon. Initialement installés à partir des années 1980 sur la base d'autorisations administratives ou de lettres d'attribution accordées à proximité des réserves de l'ancienne Garde présidentielle (devenue Garde républicaine), les occupants y ont édifié un patrimoine immobilier conséquent. 

Cette précarité statutaire a été encouragée par l'abandon de plusieurs projets d'État structurants de la construction d'une caserne à l'université, en passant par le tracé d'une ligne ferroviaire et d'un port en eau profonde. Conformément à la législation en vigueur, le non-déploiement de ces équipements publics après 2011 ouvrait une voie légitime aux démarches de régularisation et de demande de titres fonciers pour les occupants.

Pourtant, le brusque durcissement des opérations de libération des voies publiques réactive l'instabilité juridique. Lors des récentes concertations publiques, les riverains ont déploré le manque d'outils cartographiques rigoureux et de tracés précis opposables sur le terrain. L'application unilatérale d'une bande de sécurité de 80 mètres à partir du mur d'enceinte militaire, en lieu et place des limites historiques, remet en cause des décennies d'investissements familiaux et professionnels.

Parmi les riverains touchés figure Joseph Mbou-Ossami, ingénieur des mines, géophysicien et ancien directeur général des Hydrocarbures, dont le témoignage met en exergue l'impact financier de cette incertitude cadastrale : « J'ai un impact de 1 000 m² sur le titre foncier de la Garde républicaine, mais j'ai encore 1 700 m² qui sont libres. Pourquoi est-ce que je ne peux pas avoir un titre foncier sur le reste de cette possession ? [...] Quand on indemnise les gens, on indemnise et les bâtiments, et les cultures. Il faudrait que l'État fasse les choses comme il faut », a-t-il exprimé. 

Établi à Ondogo depuis plus de quarante ans, Yembi Mwanga a également traduit l'incompréhension générale face à ce changement de doctrine administrative : « À l'époque, on parlait de 30 mètres après la barrière. Aujourd'hui, on entend 80 mètres [...] J'ai une lettre du ministre d'État Simon Essimengane, datée du 5 novembre 1980, qui nous attribuait ma parcelle et nous laissait 30 mètres. Pourquoi aujourd'hui parle-t-on de 80 mètres, Madame le Gouverneur ? », a-t-il interrogé. 

Impact économique et impératifs de régularisation 

Pour les acteurs du secteur économique, ce flou cadastral engendre des conséquences particulièrement préjudiciables. En premier lieu, l'impossibilité de convertir des occupations historiques en titres fonciers définitifs entraîne une dépréciation directe des actifs immobiliers, privant ainsi les propriétaires de garanties bancaires indispensables et bloquant le marché de la transmission patrimoniale. 

À cela s'ajoute le problème du recul successif des limites : de nombreux résidents ont déjà consenti à des abandons de superficie allant parfois jusqu'à 40 mètres pour l'élargissement de la voirie publique, sans aucune garantie que ces concessions ne soient pas suivies de nouvelles expropriations. De même, l'absence d'évaluations préventives intégrant la valeur réelle du bâti, des aménagements connexes et des cultures pérennes fait peser un risque majeur d'asphyxie financière sur les ménages, qui se retrouvent à supporter seuls l'intégralité du coût économique du réaménagement.

Face à la menace de pertes économiques directes pour les ménages et les investisseurs, la conduite de ces réaménagements exige une approche rigoureuse. L'envoi d'équipes techniques dotées d'outils cartographiques précis, la délimitation claire des zones cessibles et l'établissement de barèmes d'indemnisation conformes aux réalités du marché constituent des préalables indispensables. 

Pour maintenir l'équilibre socio-économique des quartiers impactés, la clarification rapide des droits fonciers demeure la seule voie garantissant la protection des investissements privés face aux impératifs d'aménagement collectif.

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