Ces derniers jours, nombreux sont les Gabonais qui se plaignent d'une connexion Internet plus lente qu'à l'accoutumée. Pour beaucoup, il ne s'agit que d'un désagrément passager. Une page qui met du temps à s'ouvrir, une visioconférence qui se fige, un fichier qui refuse de se télécharger. Pourtant, derrière ces frustrations du quotidien se cache une question beaucoup plus profonde : peut-on réellement bâtir une économie numérique performante avec une connectivité instable ?
La question mérite d'être posée, surtout lorsque le Gabon affiche de grandes ambitions en matière de transformation numérique. Le pays multiplie les initiatives en faveur de l'innovation, de la digitalisation des services publics et du développement des startups. Plus de 70 % de la population utilise Internet selon les estimations récentes de l’Arcep, et la couverture 4G est très élevée.
Mais l'accès à Internet ne suffit plus. Ce qui compte désormais, c'est la qualité de la connexion. Pour un jeune entrepreneur, Internet n'est plus un simple outil de communication. C'est son bureau, sa vitrine commerciale, son moyen de paiement, son service client, son canal de prospection et parfois même son principal marché. Une créatrice de vêtements vend sur Instagram, un consultant organise ses réunions sur Zoom, un développeur livre ses applications en ligne, un graphiste envoie des fichiers volumineux à ses clients, un commerçant gère ses commandes via WhatsApp Business. Lorsque la connexion ralentit, c'est toute cette chaîne de valeur qui se grippe.
Le coût économique est souvent invisible. Une réunion reportée, un client qui abandonne un achat, un contrat perdu faute d'avoir envoyé un dossier à temps, une publicité numérique qui ne peut être lancée… Ces pertes ne figurent dans aucune statistique officielle, mais elles pèsent directement sur la compétitivité des petites entreprises.
Le paradoxe est là. Nous encourageons les jeunes à entreprendre dans le numérique, à créer des plateformes, à vendre en ligne, à utiliser l'intelligence artificielle ou le cloud. Dans le même temps, chaque perturbation du réseau rappelle que la qualité des infrastructures numériques reste un facteur déterminant de leur réussite.
L'expérience de ces derniers mois l'a déjà montré. Les restrictions et perturbations ayant affecté les services numériques ont eu des conséquences immédiates sur les médias, les créateurs de contenus, les commerçants en ligne et les jeunes entreprises, dont une partie importante de l'activité dépend désormais d'Internet.
Il ne s'agit pas de pointer du doigt un opérateur ou un autre. Les incidents techniques peuvent survenir dans tous les pays. En revanche, ils rappellent qu'une économie numérique ne repose pas uniquement sur des discours ou des incubateurs. Elle repose aussi sur des réseaux performants, des infrastructures résilientes, des investissements continus et une qualité de service à la hauteur des ambitions affichées.
Le Gabon possède de nombreux atouts pour devenir un hub numérique en Afrique centrale. Les autorités affichent cette ambition et le secteur des communications électroniques représente déjà une part importante de l'économie nationale.
Mais si elles veulent que les jeunes créent des entreprises capables de vendre au-delà des frontières gabonaises, une évidence s'impose : Internet doit être considéré comme une infrastructure économique stratégique, au même titre qu'une route, un port ou un réseau électrique.