Méthode et fermeté, la formule d'Hermann Immongault sonne comme un slogan de plus. Elle est en réalité un aveu. Car le Gabon n'a plus besoin d'un catalogue de réformes, il en a assez publié. Ce qu'il lui manque, c'est la preuve qu'une décision annoncée devient un résultat livré. Routes, budgets, délais administratifs : la crédibilité de l'État ne se jouera plus sur ce qu'il promet, mais sur ce qu'il exécute.
« Chaque génération a une mission : celle de nos aînés fut de conquérir la liberté, la nôtre est de refonder, moderniser, transformer et bâtir ce pays par le travail, la discipline, la justice et la prospérité. (…) L'État poursuivra son action avec méthode et fermeté. »
Cette phrase d'Hermann Immongault, publiée sur son compte LinkedIn, dit quelque chose du moment que traverse l'État gabonais : la question n'est plus de savoir ce qu'il veut faire, plans et annonces ne manquant pas, mais s'il sait exécuter durablement ce qu'il décide.
De l'État qui annonce à l'État qui exécute
L'exécution devient le principal indicateur de crédibilité de l'action publique. La Banque mondiale souligne depuis plusieurs années que les difficultés de gouvernance et de gestion des finances publiques ont pesé sur l'efficacité des investissements et sur la qualité des infrastructures.
Le problème n'est donc pas nécessairement l'absence de ressources ou d'ambition, mais la capacité à les transformer en résultats concrets. Une route construite à moitié reste une route inachevée. Un investissement sans service rendu reste une dépense.
La méthode, une discipline d'abord
Méthode signifie objectifs, calendrier, responsables, financement, indicateurs et évaluation. Cela paraît banal ; c'est pourtant l'une des transformations les plus importantes que doit réussir l'administration gabonaise, sous la coordination du Vice-Président du Gouvernement, qui insiste déjà sur la nécessité d'éviter le cloisonnement administratif.
Un ministère ne devrait plus être jugé sur le nombre de textes produits, mais sur ce qui change réellement : routes livrées, emplois créés, délai pour un document administratif, taux d'exécution budgétaire.
La fermeté, un mot plus politique
La fermeté suppose des décisions tenues, des délais respectés et des responsabilités établies quand les objectifs ne le sont pas. Elle ne se résume pas à sanctionner : elle consiste aussi à savoir dire non, à la dépense inutile, aux projets mal préparés, aux lenteurs administratives.
Dans un pays aux marges budgétaires contraintes, cette capacité d'arbitrage devient essentielle. Les analyses économiques disponibles, dont celles de Coface, continuent de signaler la fragilité des finances publiques gabonaises.
De plus, Gabon dispose d'une économie riche en ressources naturelles. Il doit la transformer en davantage de valeur locale, d'emplois et de services publics efficaces. La croissance seule ne suffira pas : encore faut-il des routes praticables, une énergie disponible, une administration efficace.
La Banque mondiale identifie précisément, parmi les défis du pays, la gestion des recettes issues des ressources naturelles, l'efficacité des investissements et la gouvernance. L'enjeu est donc moins de dépenser davantage que de transformer chaque franc dépensé en résultat.
La confiance se gagnera sur le terrain
Après une longue période de promesses publiques, la crédibilité de l'État se construira dans le quotidien. L'administration répond-elle plus vite ? Les chantiers avancent-ils ? C'est sur ces questions concrètes que les Gabonais jugeront la transformation de l'État.
La formule d'Hermann Immongault se lit comme une feuille de route implicite : moins de dispersion, davantage de coordination ; moins d'annonces, davantage d'exécution.
Mais une promesse de méthode appelle une méthode de mesure. Le prochain défi de l'État gabonais n'est plus de convaincre qu'il veut transformer le pays. Il est de démontrer, chiffres à l'appui, qu'il sait transformer une décision publique en résultat.