Le Gabon aborde la mise en œuvre de son nouveau cycle de développement avec un double handicap : une économie encore fortement dépendante des matières premières et des marges budgétaires sous pression. Dans son Rapport annuel 2025, le système des Nations Unies au Gabon identifie ces deux contraintes comme des obstacles majeurs à la transformation structurelle de l’économie. Le défi du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD 2026-2030) sera donc moins de produire davantage de croissance que de parvenir à la rendre plus diversifiée, plus créatrice d’emplois et financièrement soutenable.
Une économie encore prisonnière des matières premières
Le constat sur la structure productive est sans ambiguïté. Les hydrocarbures, le bois et les minerais concentrent plus de 90 % des exportations et l’essentiel des recettes en devises. Cette spécialisation entretient, selon l’ONU, un décalage entre les performances macroéconomiques et l’amélioration concrète des conditions de vie. La croissance peut ainsi progresser sans que la transformation de l’économie soit suffisamment perceptible dans les revenus, l’emploi ou le développement des activités non extractives.
Le problème se retrouve de l’autre côté de la balance commerciale. Les exportations restent concentrées sur un nombre limité de produits primaires alors que les importations demeurent dominées par les biens alimentaires et manufacturés. Le Gabon exporte donc principalement des ressources et continue d’importer une part importante des biens nécessaires à sa consommation. Pour l’ONU, cette configuration confirme la nécessité d’accélérer la transformation structurelle de l’économie.
Les orientations déjà annoncées vont dans ce sens. L’interdiction programmée des exportations de manganèse non transformé à l’horizon 2029 et la substitution progressive des importations de poulets de chair d’ici 2027 traduisent une volonté de créer davantage de valeur localement. Mais l’ONU souligne que l’efficacité de cette stratégie dépendra du calendrier des réformes, de la cohérence des cadres réglementaires et de la capacité réelle de mise en œuvre.
Transformer davantage sans alourdir davantage la dette
À cette faiblesse productive s’ajoute une contrainte financière. La dette publique, estimée à environ 72 % du PIB en 2024, dépasse le seuil de convergence de 70 % fixé dans le cadre de surveillance multilatérale de la CEMAC. Cette situation réduit mécaniquement l’espace disponible pour financer de nouveaux investissements publics et accroît la nécessité d’arbitrer entre dépenses courantes, investissements et engagements financiers.
Pour l’économiste gabonais Jess Farel Biyogho, le financement du PNCD devra justement reposer sur une diversification des mécanismes, plutôt que sur un recours accru à l'endettement. « Le PNCD 2026-2030 nécessite environ 10 000 milliards de francs CFA en termes de financement », estime-t-il. Dans cette équation, le partenariat public-privé apparaît selon lui comme l’un des principaux leviers. « Le premier mécanisme qui est effectivement évoqué, il s'agit du partenariat public privé qui devrait permettre de financer les deux tiers de ses financements », explique l’analyste.
C’est là que se situe l’un des principaux enjeux du PNCD. Comment financer une transformation économique qui nécessite précisément davantage d’investissements alors que les marges budgétaires sont limitées ? Pour les Nations Unies, une politique efficace d’assainissement des finances publiques doit permettre de restaurer les marges de manœuvre budgétaires, renforcer la discipline macro-fiscale et consolider la crédibilité économique du pays.
Mais le recours accru au secteur privé suppose, selon Biyogho, de réunir plusieurs conditions. « Il y a des conditions préalables, notamment le climat des affaires, un climat des affaires stable, la sécurisation juridique », souligne-t-il. L’objectif est de rendre les projets suffisamment attractifs et sécurisés pour que les investisseurs privés puissent prendre une part plus importante du financement du développement.
L’analyste met également en avant la question de l’apurement de la dette intérieure. « L'apurement de la dette intérieure est effectivement un point très important », estime-t-il, alors que le montant évoqué atteint désormais environ 51 milliards de francs CFA, après l’annonce de 21 milliards de francs CFA supplémentaires par le chef de l’État.
Le risque serait toutefois de considérer l’assainissement budgétaire comme une simple politique de réduction des dépenses. La question est plutôt celle de la qualité de la dépense. Dans une économie confrontée à un déficit de diversification, chaque investissement public doit contribuer davantage à la productivité, à la transformation locale, aux infrastructures et au capital humain.
Le PNCD face à l’équation du financement de la diversification
Le Gabon doit ainsi résoudre une équation complexe : réduire ses vulnérabilités financières tout en investissant dans les secteurs capables de réduire sa dépendance aux matières premières. La diversification ne pourra pas être financée durablement par une accumulation supplémentaire de dette. Mais l’assainissement budgétaire ne pourra pas non plus réussir s’il se traduit par une réduction de l’investissement productif.
Le PNCD 2026-2030 se retrouve donc au croisement de ces deux impératifs.
Transformer davantage de manganèse, produire davantage de biens alimentaires, développer l’industrie et renforcer les secteurs non extractifs supposent des capitaux, des infrastructures, des compétences et un environnement réglementaire stable.
La véritable question n’est plus seulement de savoir si le Gabon peut diversifier son économie, mais comment financer cette diversification sans compromettre l’équilibre de ses finances publiques.
C’est probablement l’un des principaux tests économiques du nouveau cycle de développement.