Dans le grand Libreville, la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) accélère son déploiement avec l’annonce d’un nouveau rendez-vous les 1er et 2 août 2026 au stade Augustin Monédan du PK9. Si ces méga-marchés soulagent le panier de la ménagère, son glissement vers la vente directe suscite une vive inquiétude chez les commerçants traditionnels.
La feuille de route initiale de la Centrale d’achat du Gabon s’inscrivait dans la volonté des autorités d’endiguer l’inflation et de sécuriser l’approvisionnement en produits de première nécessité. Une ambition sociale saluée par des ménages asphyxiés par la cherté de la vie. Cependant, les récentes orientations stratégiques ont fait basculer le modèle.
Au l’issue des travaux d’une commission tripartite, Douanes, services techniques du ministère de l’Économie et la Centrale d’Achat, le Directeur général de la CEAG, Théophile Boutamba a confirmé le rôle global désormais attribué à la structure : “ La Centrale d’Achat aura pour mission de passer les commandes, d’importer les produits et de les mettre directement sur le marché.” Une formule directe sur le marché qui cristallise les tensions.
Le grand décalage : du grossiste au détaillant d’État
En intégrant la distribution du détail via des marchés éphémères dans le Grand Libreville, puis à Makokou, dès le 30 août, la CEAG ne se contente plus de réguler le marché, elle s’y substitue. L’élimination de la cascade d’intermédiaires et le bénéfice de facilités logistiques et douanières directes, favorise la pratique des tarifs que le secteur privé est incapable d’aligner.
Une stratégie hybride qui crée une asymétrie concurrentielle problématique, selon des analystes. “ L’intention de faire baisser les prix est légitime, mais une centrale d’achats publique a pour vocation première d’être un grossiste régulateur B2B. En vendant au détail avec des coûts opérationnels absorbés par l’État, elle crée une forme de concurrence déloyale face aux PME locales”, analyse un enseignant chercheur en économie.
Une menace directe pour le tissu commercial de proximité
La cohabitation sur le terrain devient intenable pour les épiceries de quartier, les petites supérettes et les échoppes. Ces commerces de proximité soumis à la fiscalité locale, aux loyers et aux coûts d’approvisionnement classiques chez des grossistes privés perdent une clientèle désormais captée par les opérations éphémères de la centrale.
“Alors que la centrale d'achat s’installe à proximité de nos boutiques avec de l’huile, du riz, des boîtes de conserve et autres, nos ventes s’effondrent. Nous ne pouvons pas lutter contre les tarifs de l’État. Si nous ne sommes pas intégrés dans la chaîne de redistribution, beaucoup d’entre nous devront mettre la clé sous la porte “, alerte Aliou, un gérant de boutique de la Sni Owendo.
L’équation économique gagnante
L’enjeu majeur dépasse la simple baisse ponctuelle des prix au détail. Une fragilisation durable du commerce traditionnel menacerait des milliers d’emplois dépendants du réseau de distribution national.
La garantie d’une régulation pérenne sans détériorer le tissu économique local passerait par un repositionnement de la CEAG. Plutôt que de multiplier les points de vente directs au consommateur final, l’Institution gagnerait à devenir le fournisseur exclusif en gros des PME et détaillants de quartier. En leur rétrocédant des produits importés à bas coûts sous réserve d’un plafonnage des marges, l’État réussit le pari de la baisse des prix sur tout le territoire, tout en consolidant l’écosystème entrepreneurial gabonais.