Le manganèse gabonais fait la une de l'actualité économique. Nouvelles usines, investissements massifs, promesses d'emplois. Pourtant, peu de Gabonais comprennent vraiment ce qu'est la « transformation locale ». Pourquoi transformer sur place plutôt que d'exporter le minerai brut ? Combien de valeur ajoutée gagne réellement le Gabon ?
Le manganèse : pourquoi tout le monde en veut
Le manganèse est un élément chimique crucial pour fabriquer de l'acier de qualité. On en ajoute seulement quelques pour cent à l'acier, mais sans lui, celui-ci perd ses propriétés. Le monde produit 1,9 milliard de tonnes d'acier par an. Presque tout cet acier contient du manganèse gabonais : voitures, bâtiments, ponts, armatures.
Le Gabon est l'un des trois plus grands producteurs, aux côtés de l'Afrique du Sud et de la Chine. Mais vendre le minerai brut limite les bénéfices économiques. Voilà le cœur du débat.
Les quatre étapes de la transformation
Étape 1 : L'extraction et le minerai brut
Le minerai brut contient 35 à 50 % de manganèse pur. Le Gabon l'exporte actuellement vers la Chine et l'Inde. Prix en 2025 : 140 à 180 dollars (85 000 à 110 000 FCFA) la tonne.
Étape 2 : La première transformation
Le minerai brut est traité : concassé, enrichi. On obtient un concentré avec 45 à 60 % de manganèse pur. Prix : 100 à 200 dollars (60 000 à 120 000 FCFA) la tonne. La valeur a déjà augmenté de 20 à 30 fois.
En ajoutant du silicium ou du fer, on fabrique le silicomanganèse, versé dans les fours à acier. Prix : 150 à 250 dollars (90 000 à 150 000 FCFA) la tonne.
Étape 3 : La deuxième transformation
On fabrique des composants : plaques, fils, baguettes de soudage, matériaux spécialisés. L'enjeu majeur : les batteries des véhicules électriques, téléphones et systèmes de stockage d'énergie. Le manganèse purifié pour batteries se vend entre 500 et 2 000 dollars (300 000 à 1 200 000 FCFA) la tonne.
Étape 4 : Les produits finis
Une batterie de véhicule électrique coûte 5 000 à 15 000 euros (3 275 000 à 9 825 000 FCFA). Elle incorpore 10 à 20 kg de matériaux contenant du manganèse transformé.
La vraie question : pourquoi la valeur augmente
Une tonne de minerai brut à 140 dollars devient concentré à 100-150 dollars, puis silicomanganèse à 200 dollars, puis matériaux de batterie à 500-2 000 dollars. Chaque étape ajoute de la valeur, génère des emplois, des revenus fiscaux et des opportunités de transfert technologique.
Actuellement, le Gabon ne capture que la valeur de la première étape. La majeure partie de la valeur créée revient aux pays qui effectuent les transformations suivantes.
Pourquoi transformer localement ?
Transformer ses ressources offre plusieurs avantages :
- Création d'emplois : opérateurs, techniciens, ingénieurs, mieux rémunérés que dans les mines
- Accumulation de compétences : métallurgie, contrôle de process, gestion industrielle
- Revenus fiscaux accrus : taxes sur production, salaires, réexportation, bénéfices
- Stabilité économique : les prix des produits transformés fluctuent moins que les matières premières
L'Afrique du Sud produit du silicomanganèse depuis longtemps. La Chine maximise la transformation de ses ressources. Ce n'est pas idéologique : c'est une stratégie classique de maximisation de la valeur ajoutée.
L'accord Gabon-Eramet : 700 000 tonnes
Depuis le 21 juillet 2026, un accord prévoit de transformer jusqu'à 700 000 tonnes de manganèse par an d'ici 2031. Le Gabon produit actuellement 9 à 10 millions de tonnes de minerai brut par an. Les 700 000 tonnes correspondent à environ 10 % de la production nationale.
Si cette usine voit le jour, le Gabon transformera 10 % de sa production et continuera à exporter le reste à l'état brut. Cette capacité créerait entre 500 et 2 000 emplois directs et multiplierait les recettes de cette fraction par 20 à 100.
Les défis majeurs
La transformation exige d'importants investissements : électricité (les fours consomment énormément), routes d'accès, installations portuaires, approvisionnement en eau, systèmes d'épuration. Il faut aussi développer les compétences techniques : ingénieurs, techniciens, responsables qualité.
Le contexte est favorable : la transition énergétique mondiale génère une augmentation de 15 à 20 % de la demande en batteries d'ici 2035. Parallèlement, les prix du minerai brut stagnent. Pour le Gabon, transformer ses ressources localement, c'est passer d'une économie basée uniquement sur l'extraction vers une économie qui capture davantage de valeur et renforce ses capacités productives.
Note à nos lecteurs :
Les prix mentionnés dans cet article (minerai brut, concentré, silicomanganèse et produits spécialisés) correspondent à des ordres de grandeur moyens observés en 2025. Ils peuvent varier en fonction de plusieurs facteurs, notamment la qualité et la teneur en manganèse du minerai, les conditions du marché, l’évolution de la demande mondiale, l’offre concurrente et le contexte géopolitique.
Ces données, compilées par la rédaction des Échos de l’Éco, s’appuient sur les tendances observées dans des publications minières spécialisées, des bases de données sectorielles et les rapports d’opérateurs. Compte tenu de la volatilité des marchés des matières premières, elles doivent être considérées comme des repères indicatifs susceptibles d’évoluer.