Établies le 20 avril 1974, les relations entre Libreville et Pékin ont traversé un demi-siècle et trois chefs d’État gabonais sans rupture. Retour sur une coopération devenue l’une des plus stables du continent.
Le 20 avril 1974, un communiqué commun signé à Libreville a scellé l’établissement des relations diplomatiques entre la République gabonaise et la République populaire de Chine. Le texte, sobre et juridique, est paraphé côté gabonais par Paul Okoumba d’Okwatsague, alors chargé des Affaires étrangères, et côté chinois par Wang Peng, ambassadeur en poste à Nouakchott. Par cet acte, Libreville reconnaissait Pékin comme « l’unique gouvernement légal représentant le peuple chinois » et adhérait aux principes de respect mutuel de la souveraineté, de non-ingérence et de coexistence pacifique.
La décision s’inscrivait dans un mouvement plus large. La Chine venait d’entrer à l’ONU (1971) et de recevoir le président américain Richard Nixon (1972) ; de nombreux États basculaient alors leur reconnaissance de Taipei vers Pékin. Le Gabon rejoignait cette vague dans le cadre d’une politique de diversification de ses partenaires. Selon l’ancien ambassadeur du Gabon en Chine Emmanuel Mba Allo, le président Omar Bongo Ondimba aurait rencontré Mao Zedong le 5 octobre 1974 à Wuhan, scène que documente une photographie d’archive.
La relation se consolide ensuite au fil des décennies, sous Mao puis sous l’ère réformatrice ouverte par Deng Xiaoping. Elle se traduit par des réalisations visibles en terre gabonaise : le Palais du Sénat, le stade de l’Amitié sino-gabonaise, des infrastructures sanitaires et routières à Libreville comme à Franceville.
La succession des dirigeants n’interrompt pas cette continuité. Après le décès d’Omar Bongo Ondimba en juin 2009, son fils Ali Bongo Ondimba accède au pouvoir en octobre. En avril 2010, à Shanghai, en marge de l’Exposition universelle, il rencontre le président chinois Hu Jintao. Réélu en 2016, il effectue en décembre une visite d’État à Pékin, où il s’entretient avec Xi Jinping;
les deux pays élèvent alors leur relation au rang de « partenariat de coopération global ». Le Gabon devient un acteur régulier du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), né en 2000.
Le coup d’État d’août 2023 ne modifie pas le cap. Dès septembre 2024, le président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema se rend à Pékin pour le FOCAC et s’entretient avec Xi Jinping au Palais du peuple.
La délégation gabonaise en revient avec des engagements financiers dépassant 4,9 milliards de dollars, ciblant les secteurs portuaire, minier, agricole, du bois et de l’hydroélectricité. En 2024, le cinquantenaire de la relation est célébré, et Xi Jinping se dit « prêt à travailler » avec le président gabonais après son élection de 2025.
En plus de cinquante ans, la coopération sino-gabonaise aura ainsi survécu à trois présidents gabonais, à une transition militaire et aux retournements de la conjoncture mondiale. Elle reste l’un des partenariats les plus durables noués par la Chine en Afrique. Un acquis que les autorités actuelles entendent prolonger, tout en plaidant désormais pour une transformation locale des ressources minières plutôt qu’une simple exportation de matières premières.
Libreville et Pékin redéfinissent leurs priorités communes
Le 4 septembre 2024, le président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema est reçu par Xi Jinping au Palais du peuple, à Pékin, en marge du 9e Forum sur la coopération sino-africaine. C’est la première rencontre au sommet entre les deux hommes depuis le changement de régime de 2023, et elle vaut signal : Pékin réaffirme le « partenariat stratégique global » et qualifie la relation de « modèle » de sa coopération en Afrique. La Chine s’engage à financer des projets prioritaires : ports,agriculture, mines, filière bois, hydroélectricité, et à soutenir le Plan national de développement de la Transition. La délégation gabonaise repart avec près de 4,9 milliards de dollars d’engagements. Depuis, le dialogue se poursuit : invitation au prochain sommet du FOCAC remise à Libreville en avril 2025, et message de félicitations de Xi après l’élection d’Oligui Nguema.