Après des années marquées par les interrogations sur sa gouvernance et son rôle économique, le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS) veut écrire une nouvelle page de son histoire. En misant sur le capital-investissement, le soutien aux PME et le financement de projets structurants, le fonds souverain ambitionne de devenir l’un des bras financiers de la transformation économique du Gabon.
Solder l'héritage pour rassurer les marchés
Pendant des années, le FGIS a souffert d'un déficit d'image, prisonnier d'une gouvernance où les priorités de l'État se confondaient parfois avec les intérêts du clan au pouvoir. Le changement de régime en août 2023 a marqué le début d'un grand nettoyage. Sous l'impulsion des nouvelles autorités dirigées par Brice Clotaire Oligui Nguema, le mot d'ordre est devenu l'assainissement comptable.
Cette quête de crédibilité porte ses fruits. Alors que Libreville a réussi à rassurer les investisseurs internationaux lors de sa récente levée obligataire de 920 millions de dollars, le FGIS confirme son redressement financier. D’après Jeune Afrique, sa valeur globale oscille désormais entre 355 et 385 milliards de F CFA, affichant une progression de 4 % à 5 % par rapport à 2024. Surtout, le résultat net est repassé au vert, enregistrant un excédent d'un milliard de F CFA après un exercice 2024 déficitaire.
Le virage du capital-risque pour la jeunesse
La véritable originalité de la trajectoire actuelle du FGIS réside dans la redéfinition de sa doctrine d'investissement. L’époque où le fonds gérait passivement des participations bancaires est révolue. Pour répondre aux urgences sociales du pays, le fonds souverain est en train de se muer en un pivot du capital-risque.
Le dernier Rapport National sur le Développement Humain a mis en lumière un blocage structurel : 55 % des jeunes Gabonais désireux d'entreprendre voient l’accès au crédit comme un obstacle insurmontable. Pour y répondre, le FGIS active ses filiales techniques. À travers Okoumé Capital, il injecte désormais des fonds propres directement dans les startups locales, tandis que la Société de Garantie du Gabon (SGG) assume le risque auprès des banques commerciales pour débloquer les prêts aux PME.
Six piliers pour l'après-pétrole
Pour garantir la diversification d'une économie encore trop dépendante des hydrocarbures, le FGIS orchestre le déploiement de six fonds thématiques prioritaires. Les secteurs ciblés touchent directement le quotidien des Gabonais : l'infrastructure, l'agriculture, le logement social et l'énergie. L'un des symboles de cette stratégie est le projet hydroélectrique de Kinguélé Aval, dont la mise en service progressive est attendue pour la fin de l'année 2026.
En plaçant l'impact social au même niveau que le rendement financier, le FGIS tente de démontrer qu'un fonds souverain africain ne doit plus seulement accumuler des réserves pour les générations futures, mais bâtir dès aujourd'hui les fondations de l'économie réelle.