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Dimitri Kevin Ndjebi : « L’affaire PosteBank constitue un signal fort pour l’ensemble du secteur »

Dimitri Kevin Ndjebi : « L’affaire PosteBank constitue un signal fort pour l’ensemble du secteur »

Suite à l’entretien exclusif que nous a accordé le Président de l’Association des Usagers de Banques (AGUB), Gildas Ndzengue Mbomba en avril dernier — lequel portait la voix d’une clientèle de plus en plus exigeante et inquiète, qui pointait un certain nombre de préoccupations légitimes, de zones d’ombre et de frustrations vécues au quotidien — la rédaction des Échos de l’Éco a confronté ces préoccupations au sommet de la pyramide bancaire. M. Dimitri Kevin Ndjebi, Président de l’Association des Professionnels des Établissements de Crédit (APEC) et Directeur général de BGFIBank Gabon, a accepté de nous recevoir. Dans cette interview tout aussi exclusive, le numéro un de l’APEC ne se dérobe pas. Il s’emploie, point par point, à apporter un éclairage technique, factuel – et parfois brutal – aux griefs que les usagers nous ont remontés. Des agios incompris aux frais jugés injustifiés, en passant par les pannes de GAB récurrentes, la clôture de comptes vécue comme un parcours du combattant, ou encore la méfiance persistante face aux tontines et aux faillites bancaires : il répond. Sans détours.

Les Echos de l’Eco : Quels produits d’épargne et de placement les banques gabonaises proposent-elles spécifiquement aux petits épargnants ? Existe-t-il des solutions à faible ticket d’entrée, avec une tarification adaptée, permettant aux ménages à revenus modestes de faire fructifier leur épargne ?
Dimitri Kevin Ndjebi : Le paysage bancaire local dispose d’offres d’épargne diversifiées, principalement structurées autour du compte d’épargne classique. Ces produits de base, garantissant une liquidité permanente et l’absence de frais de gestion ou de clôture, proposent une rémunération stable se situant entre 3 % et 3,5 %. En complément, certaines banques déploient des solutions d’épargne spécial junior jusqu’à 21 ans pour la préparation de leur avenir. En contrepartie d’une période d’indisponibilité des fonds, ces placements bénéficient de rendements bonifiés pouvant atteindre 4,5 %.

Au-delà des comptes d’épargne classiques, les banques développent-elles des offres innovantes (épargne contractuelle, micro-épargne digitalisée, produits adossés au marché financier) accessibles sans frais disproportionnés ?
Dans le cadre du renforcement de l’inclusion financière, le secteur bancaire gabonais déploie des offres de compte parrainé permettant aux clients d’un compte courant ou d’épargne de bénéficier d’une couverture d’assurance en cas de décès ou d’invalidité. Cette assurance couvre également le client ayant un découvert bancaire en cas de décès. Ces solutions hybrides allient épargne sécurisée sur plusieurs années et prévoyance.
De nombreux usagers estiment qu’il y a des prélèvements pour des services non souscrits (packages imposés, comptes « parrainés » activés sans consentement). Comment les banques membres de l’APEC garantissent-elles que tout prélèvement repose sur un accord explicite du client, et quels sont les recours simples et rapides mis en place pour obtenir un remboursement en cas d’anomalie ?

Les banques réaffirment que la souscription à un produit ou à des services proposés par la banque et les opérations de prélèvement y afférentes reposent sur le consentement préalable, libre et éclairé du client, conformément au dispositif du règlement relatif à la protection des consommateurs et des produits et services bancaires. Si des anomalies ponctuelles peuvent survenir à la suite d’ajustements opérationnels ou d’un déficit d’information, celles-ci font l’objet d’un traitement prioritaire. La relation de confiance constituant le socle de l’activité bancaire, les établissements membres de l’APEC s’engagent à régulariser sans délai tout prélèvement non autorisé, à garantir l’accès à des voies de recours simplifiées et transparentes, et à poursuivre une démarche d’amélioration continue des standards de service. Les pannes de GAB et l’indisponibilité des réseaux, notamment à certaines périodes du mois comme lors des paies, sont vécues comme une privation de service. Les banques envisagent-elles d’instaurer des mécanismes d’indemnisation automatique (forfaitaire) pour les clients affectés, à l’instar des pratiques observées dans d’autres zones ? Si non, pourquoi ?

Les banques sont pleinement conscientes des désagréments occasionnés par les indisponibilités ponctuelles des GAB et des réseaux, en particulier lors des périodes de forte affluence comme les jours de paie. Ces pannes, considérées comme « techniques » et non comme une privation de service, sont souvent liées à la saturation des systèmes, aux incidents de télécommunication, aux opérations de maintenance, ou encore à la plateforme interopérable sous-régionale. À ce stade, la mise en place de mécanismes d’indemnisation automatique et forfaitaire n’est pas généralisée au Gabon du fait que ces incidents peuvent résulter d’intervenants multiples (opérateurs télécoms, interbancarité, systèmes monétiques), rendant ainsi l’imputation directe de responsabilité plus complexe. Pour autant, les banques ne restent pas inactives. Lorsqu’un préjudice avéré est constaté, des dispositifs de régularisation et de remboursement existent et sont activés dans des délais encadrés. L’incompréhension des agios et des dates de valeur est une source majeure de méfiance. Les banques s’engagent-elles à fournir, gratuitement et sur simple demande, le détail des calculs des agios ainsi que la liste des dates de valeur appliquées sur chaque opération, conformément à l’esprit du service bancaire minimum garanti ?

Le système bancaire gabonais assure la transparence de son offre à travers la diffusion systématique des conditions tarifaires et des relevés de compte à la demande, permettant une visibilité globale sur les coûts appliqués. L’architecture de la tarification des agios demeure toutefois complexe, puisqu’elle intègre des variables multiples : soldes journaliers, fluctuations intra-mensuelles et application des dates de valeur, distinctes des dates comptables. Ces dernières sont, par ailleurs, conditionnées par les délais des circuits de compensation interbancaire. Dans ce cadre, une distinction est opérée entre l’information standard gratuite, pilier du service bancaire minimum garanti, et les demandes de reconstitutions techniques détaillées. Dans tous les cas, les banques rendent disponibles, à la demande, les arrêtés périodiques de comptes. Malgré la gratuité de la tenue de compte (règlement COBAC R-2020/04) adopté le 30 juillet 2020, certains clients s’interrogent sur l’existence de frais prélevés même sur des comptes d’épargne. Comment les banques appliquent-elles ce règlement pour que l’épargne ne soit pas érodée par des frais injustifiés ?
Conformément au règlement COBAC R-2020/04, la gestion de votre compte d’épargne classique est entièrement gratuite : l’ouverture, la tenue de compte, la délivrance du livret et la clôture ne donnent lieu à aucun frais bancaire. Toutefois, une confusion existe souvent entre frais de gestion et obligations fiscales. En application des articles 97 et 103 du Code général des impôts, les intérêts produits par votre épargne sont considérés comme des revenus de capitaux mobiliers et sont, à ce titre, soumis à l’impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM). Dans ce cadre, la banque n’est pas bénéficiaire de ce prélèvement mais agit comme simple collecteur pour le compte de l’État. Ainsi, tout débit apparaissant sur votre relevé suite au versement d’intérêts correspond exclusivement à la retenue à la source de l’impôt et non à une tarification de la banque. En résumé, si votre épargne est exonérée de frais de gestion, elle reste assujettie à la fiscalité en vigueur sur les gains générés.

La clôture d’un compte reste souvent perçue comme un parcours du combattant ; frais et délais y sont associés. Les banques adhèrent-elles au principe de gratuité et d’immédiateté de la clôture, et comment facilitent-elles concrètement le transfert des comptes et des services vers un autre établissement ?
En zone CEMAC, la clôture d’un compte obéit à un principe de gratuité encadrée : l’acte de clôture est généralement gratuit ou faiblement facturé selon les établissements, mais certains coûts peuvent subsister, liés non pas à la fermeture elle-même, mais au dénouement des opérations en cours. La clôture ne peut, par ailleurs, être immédiate, car elle suppose d’abord l’apurement des opérations, ce qui impose un délai incompressible de traitement. Elle est également soumise à des contraintes de conformité et de gestion du risque, ainsi qu’au fonctionnement du mécanisme de compensation interbancaire qui organise le règlement différé et la validation des soldes entre établissements, rendant impossible toute fermeture tant que les flux ne sont pas totalement apurés. Pour les clients ayant bénéficié de crédits de la banque, en cours de remboursement, la clôture du compte suppose que les deux parties s’accordent sur les modalités de la poursuite du remboursement. Il se trouve, malheureusement, qu’à ce niveau, les banques constatent des dysfonctionnements à l’origine de nombreux impayés imputables à des changements de domiciliation bancaire liés à l’utilisation de faux documents.

Le dossier PosteBank reste un symbole d’inquiétude pour les épargnants. Quelle leçon les banques membres de l’APEC tirent-elles de cette affaire, et quelles initiatives portent-elles pour renforcer la garantie des dépôts et éviter qu’une telle situation ne se reproduise ? L’affaire PosteBank constitue un signal fort pour l’ensemble du secteur en matière de gouvernance, de gestion des risques et surtout de protection des déposants. Elle met en lumière le rôle du Fonds de Garantie des Dépôts en Afrique Centrale (FOGADAC), mécanisme régional chargé d’indemniser les déposants en cas de défaillance d’un établissement de crédit agréé. À ce titre, les clients des banques commerciales privées, comme ceux de la BGD et de la BHG, bénéficient ou ont bénéficié de cette garantie, contrairement aux épargnants de PosteBank qui n’étaient pas soumis à ce dispositif dans les mêmes conditions, ce qui a renforcé le sentiment d’insécurité.
Aujourd’hui, quel enseignement est tiré pour l’avenir du secteur bancaire gabonais?

La principale leçon tirée est donc la nécessité de mieux informer les clients sur le périmètre réel de la garantie des dépôts afin d’éviter toute confusion. Par ailleurs, les banques membres de l’APEC ont engagé des actions visant à renforcer les dispositifs de gouvernance et de contrôle interne conformément aux exigences de la COBAC, à améliorer la communication sur la solidité financière et les mécanismes de protection, ainsi qu’à intensifier le suivi des risques. Enfin, au niveau collectif, elles soutiennent le renforcement du cadre régional de garantie des dépôts, notamment en matière de visibilité, de couverture et de délais d’indemnisation, afin de consolider durablement la confiance des épargnants.
Pour terminer notre entretien, quelles sont les modalités pour qu’une banque soit éligible au FOGADAC ?
Vous noterez, à ce sujet, que sont éligibles à la garantie du Fonds de Garantie des Dépôts de l’Afrique Centrale (FOGADAC) les dépôts des personnes physiques et morales constitués par les soldes créditeurs libellés en FCFA. Le Fonds indemnise les dépôts garantis dans la limite de huit (8) millions de FCFA pour les personnes physiques et de quinze (15) millions de FCFA pour les personnes morales.

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