Le mois dernier, nous décryptions les stratégies des banques gabonaises face au durcissement des directives de la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC), visant à rendre l’écosystème sous-régional plus robuste. Pour approfondir ce dossier, l’Association des professionnels des établissements de crédit (APEC) apporte ici un éclairage décisif sur la démarche des banques nationales.
I – Une conformité collective sous l’égide de la COBAC
Conformément aux orientations prudentielles de la Commission bancaire d’Afrique centrale (COBAC), issues de son rapport d’activités 2024, les banques gabonaises travaillent à renforcer leur conformité et leur résilience.
Cette démarche s’appuie sur une amélioration continue de la gouvernance, notamment par la séparation des fonctions clés, le renforcement des comités spécialisés et l’application du principe des « quatre yeux ».
Parallèlement, une gestion plus rigoureuse des risques de crédit est mise en œuvre via un suivi accru des portefeuilles, une meilleure anticipation des impayés et une diversification des expositions.
Les établissements intensifient également leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) et modernisent leurs systèmes d’information avec des exigences renforcées de cybersécurité.
Cette dynamique est soutenue par une concertation technique permanente au sein de l’APEC, favorisant une harmonisation des pratiques face aux évolutions réglementaires de la zone CEMAC.
II – Dette souveraine : le cap de la diversification
S’agissant de la dette souveraine, issue essentiellement de la détention des titres du Trésor public, les banques gabonaises prennent désormais en compte les alertes de la COBAC sur les risques de concentration.
Si les banques ont entretenu jusque-là une forte exposition au risque souverain — en raison de la rentabilité immédiate et de la sécurité relative de ces titres — cette concentration accroît leur vulnérabilité à la santé budgétaire des États.
En conséquence, le secteur engage une diversification progressive de ses portefeuilles vers le secteur privé, malgré une hausse constatée des créances en souffrance.
Cette dynamique correspond à un ajustement progressif plutôt qu’à une réduction brutale : les obligations du Trésor restent des instruments essentiels pour financer l’investissement public, moteur indispensable de la croissance du secteur privé.
III – Plan Owali : la trajectoire vers les 25 milliards
Le renforcement structurel des fonds propres, porté par le plan stratégique Owali de la COBAC, constitue le prochain défi majeur.
À compter du 1er janvier 2026, le capital social minimum suivra une trajectoire progressive :
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14 milliards de FCFA au plus tard le 31 décembre 2026 ;
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18 milliards de FCFA au plus tard le 31 décembre 2027 ;
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22 milliards de FCFA au plus tard le 31 décembre 2028 ;
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25 milliards de FCFA au plus tard le 31 décembre 2029.
Les banques membres de l’APEC ne satisfaisant pas encore au palier final bénéficient d’un délai de 12 mois pour se conformer aux premières exigences.
Celles ne pouvant disposer du capital requis devront soumettre, au plus tard le 30 juin 2026, un plan de relèvement précis au secrétaire général de la COBAC.
IV – Quel impact pour le financement de l’économie ?
Cette montée en puissance du capital social est pleinement anticipée par la majorité des banques de la place et intégrée dans leurs plans stratégiques, sans impact de rupture sur les conditions d’octroi de crédits.
Pour les PME et les particuliers, l’effet attendu est globalement neutre à moyen terme, voire positif, car des établissements mieux capitalisés disposent d’une capacité accrue d’absorption des risques.
À court terme, une sélectivité accrue dans l’octroi des crédits peut être observée selon le profil de risque, traduisant l’application d’une discipline prudentielle déjà en vigueur au Gabon.
Enfin, cette solidité renforcée sera valorisée auprès des clients par une communication transparente, mettant en avant la sécurité des dépôts, la robustesse des systèmes de paiement et la capacité renouvelée des banques à financer durablement l’économie réelle.