CEMAC : 263 milliards de FCFA d’arriérés, l’institution à l’arrêt
C’est un coup de frein brusque, un retour brutal à la réalité. La Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) tra verse une crise financière d’une ampleur inédite. Présentés le 16 février 2026 à Ma labo devant le Parlement communautaire, les comptes de la Commission révèlent une situation de trésorerie critique qui paralyse l’institution. La CEMAC broie du noir. L’organisation sous-régionale, censée porter l’intégration en Afrique centrale, est aujourd’hui frappée d’une paralysie inédite, incapable de faire respecter les critères de convergence qu’elle s’est elle-même fixés.
Le stock cumulé des arriérés de Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) atteint 263,5 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, symptôme d’un effritement progressif de la solidarité entre les six États membres. Principalement prélevée à hauteur de 1 % sur les importations extra-CEMAC, cette taxe constitue pourtant la ressource propre essentielle de la Commission. En 2025, sur les 51,9 milliards de FCFA attendus, seuls 31 milliards ont été recouvrés, soit un taux d’exécution de 59,9 %.
La répartition des arriérés est éloquente : la Centrafrique arrive en tête avec 61,8 milliards (23,4 %), suivie du Cameroun avec 59,9 milliards(22,7 %), puis du Congo (52,2 Mds), du Tchad (49,1 Mds) et de la Guinée Équatoriale (34,1 Mds). Ces quatre derniers pays n’ont effectué aucun versement durant l’exercice 2025. Le Gabon se distingue relativement avec 6,1 milliards d’arriérés, soit seulement 2,3 % du stock total. Mais cette contribution, bien que plus régulière, reste insuffisante pour enrayer la paralysie. Les conséquences sont immédiates : depuis le 5 février 2026, la Commission a suspendu ses activités. Réunions gelées, missions interrompues, trésorerie à zéro. Les projets intégrateurs structurants demeurent bloqués, faute de financement. Des critères de convergence mal respectés Au-delà de la crise de trésorerie, c’est l’ensemble des critères de convergence qui vacille.
Selon les conclusions de la 42e session du Collège de Surveillance Multilatérale d’octobre 2025, les dépenses budgétaires ont augmenté de 10,1 % dans l’ensemble des États. Le solde budgétaire 2024, base engagements dons compris, est ressorti déficitaire à 0,7 % du PIB, contras tant avec l’excédent de 1,0 % enregistré en 2023. Le déficit a été observé dans tous les pays, à l’exception du Congo. Concernant le respect des critères de convergence : le Cameroun, la Centrafrique et la Guinée Équatoriale en respectent deux. Il s’agit de ceux portant sur le solde budgétaire de référence et le taux d’endettement pour le Cameroun et la Guinée Équatoriale, et les critères relatifs à l’inflation et au taux d’endettement pour la RCA.
Le Congo, le Gabon et le Tchad ne respectent qu’un seul critère. À savoir le critère relatif au solde budgétaire de référence au Congo, celui afférant à l’inflation au Gabon et le critère portant sur l’endettement pour le Tchad. Autres maux, la pression fiscale et la masse salariale restent particulière ment préoccupantes, fragilisant la stabilité macroéconomique de la zone. Une lueur du côté monétaire Même si elle suffoque, la tête de la CE MAC n’est pas totalement sous l’eau : les narines captent encore quelques bouffées d’oxygène. En effet, malgré ce tableau alarmant, la situation monétaire offre quelques motifs d’apaisement. Le taux de couverture extérieure de la monnaie poursuit son re dressement enclenché depuis 2017, s’établissant à 74,9 % en 2024 contre 71,9 % en 2023. De leur côté, les réserves de change en termes de couverture des importations se sont accrues pour atteindre 4,86 mois, contre 4,60 mois fin 2023.
Le mécanisme autonome de recouvre ment prévu à l’article 46 du Traité révisé demeure pour l’heure lettre morte, jamais activé. Pourtant, le rapport du 16 février est sans équivoque : sa mise en œuvre stricte constitue désormais un impératif stratégique. Reste à savoir si les États membres, cette fois, entendront cet avertissement solennel.