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Gabon : quand la pénurie d’eau fait le lit du marché noir de l’or bleu

Gabon : quand la pénurie d’eau  fait le lit du marché noir de l’or bleu

Au Gabon, l'eau n'est plus uniquement une denrée publique rationnée, la ressource précieuse est devenue le moteur d'une économie souterraine florissante. Face à la pénurie quasi-permanente dans plusieurs quartiers du Grand Libreville, un véritable marché noir de l'eau s'organise à ciel ouvert. Un système bien ancré que les autorités peinent à contrôler. 

Au Gabon, l'eau n'est plus uniquement une denrée publique rationnée, la ressource précieuse est devenue le moteur d'une économie souterraine florissante. Face à la pénurie quasi-permanente dans plusieurs quartiers du Grand Libreville, un véritable marché noir de l'eau s'organise à ciel ouvert. Un système bien ancré que les autorités peinent à contrôler. 

Dans de nombreux secteurs hautement stratégiques, l’informel s’établit en norme. C’est le cas de la filière de distribution d’eau potable, au sein de laquelle de véritables réseaux parallèles et illicites se sont créés. Certains opérateurs illégaux détournent le réseau officiel pour remplir des cuves massives de plusieurs milliers de litres. 

Il ne s’agit pas d’un simple système de débrouille artisanale, le circuit informel s'est structuré en une véritable chaîne de valeur logistique : les propriétaires de forages clandestins et les « siphonneurs » de canalisations publiques - les camionneurs-citernes privés souvent non agréés- les « pousse-pousse » de l'eau.  

Les méthodes, tout comme les tarifs, s’adaptent à la tête du client. Des livraisons se font parfois en urgence sur des chantiers, commerces et ménages aisés. Dans des quartiers sous-intégrés, ce sont de jeunes livreurs informels qui sillonnent les voies d'accès difficiles, chargeant des dizaines de bidons de 20 litres pour ravitailler les familles au quotidien. La tarification purement spéculative peut être multipliée par 5 ou 10, lors des pics de pénurie, devenant un poste de dépense majeur pour les ménages modestes.

« Business model » de l'urgence et fragilité de l'économie

Un business de la soif, désormais une condition de survie économique pour les petites entreprises librevilloises telles que des salons de coiffure, blanchisseries, petits restaurants, ou chantiers de BTP.  « Quand l'eau coupe pendant trois jours, soit on ferme boutique, soit on achète l'eau du pousse-pousse au prix fort. On sacrifie nos marges pour ne pas perdre nos clients », témoigne un gérant de blanchisserie à Ondogo.

Une économie informelle qui génère des flux financiers totalement opaques échappant aux caisses de l'État et de la SEEG, privant ainsi, les pouvoirs publics de ressources cruciales pour moderniser un réseau vieillissant. Le cercle vicieux est enclenché : le manque d'investissements publics nourrit le business des revendeurs clandestins. De plus, la qualité de cette eau vendue à la sauvette n'est soumise à aucun contrôle sanitaire, exposant les populations à une recrudescence des maladies hydriques.

Le défi de la réappropriation publique

En dépit des nombreuses stratégies, les autorités peinent à neutraliser ces réseaux informels. La mise en œuvre récente du Plan d’Urgence Hydrique fait foi. Les acteurs de la filière informelle de l’eau ont été intégrés après avoir été interdits, 24h plus tôt. Les points d’approvisionnement en eau des sapeurs-pompiers ont d’ailleurs été mis officiellement à leur disposition. 

Ce capitalisme de la soif redéfinit la précarité urbaine. La pénurie récurrente a transformé un droit fondamental en une marchandise de contrebande, et créé un secteur informel très lucratif et difficile à démanteler. Face à cette économie de rente, la réponse des autorités ne pourra pas être uniquement répressive contre les petits revendeurs. Elle exigera une accélération massive des investissements dans les stations de traitement et les réseaux de distribution pour assainir la rentabilité de ce marché noir en rendant l'eau potable accessible à tous.



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