Cinquante-cinq camions-citernes arraisonnés, des quartiers en rupture d'eau, un numéro vert injoignable. En 48 heures, la crise hydrique a exposé les limites de la réponse initiale du gouvernement. Réunis au Palais des Sports, les opérateurs ont obtenu gain de cause : les tarifs de livraison ont été revus à la baisse.
Le 1er juillet 2026, face à une pénurie d'eau potable qui frappe plusieurs quartiers de Libreville, le gouvernement gabonais décrétait l'état d'urgence hydrique. Première mesure : l'arraisonnement par les Forces de Défense et de Sécurité de 55 véhicules de livraison privés, suspectés de pratiquer des tarifs abusifs ou d'opérer sans homologation.
Un numéro vert était communiqué pour permettre aux populations de signaler leurs besoins. Problème : le numéro s'avérait rapidement inaccessible, aggravant la désorganisation sur le terrain. Parlementaires, société civile et opérateurs économiques remontaient en urgence leurs constats au ministère de l'Accès Universel à l'Eau et à l'Énergie : les quartiers populaires se retrouvaient sans approvisionnement, sans canal fiable et sans tarifs encadrés.
Le lendemain, 2 juillet, sous les Hautes Instructions du Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, une réunion de crise réunissait les propriétaires des véhicules immobilisés au Palais des Sports. Les échanges, décrits comme « francs et transparents » par le ministère, aboutissaient à une révision des tarifs et à la remise en circulation des camions.
Les nouveaux tarifs
Dans le Grand Libreville, les populations peuvent désormais passer commande via le numéro vert 18. Les autorités ont fixé une nouvelle grille tarifaire unique pour l'approvisionnement en eau : le mètre cube livré par cubitainer est facturé 3 000 FCFA, le fût de 200 litres 600 FCFA et le volume de 100 litres 300 FCFA. Les règlements devront être effectués directement auprès des agents des forces de l'ordre mobilisés pour superviser et encadrer ce dispositif exceptionnel.
La distribution sera désormais assurée conjointement par les opérateurs privés homologués — tenus de se rapprocher de la Direction Générale de l'Eau, et les Forces de Défense et de Sécurité. Cinq numéros verts seront opérationnels dès ce vendredi 3 juillet à partir de 7h :
18 — Corps des Sapeurs-Pompiers
181 — Génie Militaire
182 — Garde Républicaine
183 — Gendarmerie Nationale
184 — Ministère (signalement d'abus tarifaires uniquement)
Dans les quartiers, le soulagement se mêle à l'amertume
Sur le terrain, la réaction des Librevillois oscille entre souffle de soulagement et scepticisme prudent. « On a souffert deux jours sans rien. Les enfants ne pouvaient même pas se laver. », raconte Valentine, une mère de famille, à Owendo. « Au moins le dialogue a eu lieu. On espère que les prix vont tenir. », se réjouit un chauffeur-livreur, à la sortie du Palais des Sports.
Le ministre Philippe Tonangoye a réaffirmé la détermination du gouvernement à « ne tolérer aucun abus en cette période de crise » et a remercié les populations pour leur civisme.