AU CŒUR DES PERSPECTIVES ET DES ENJEUX PÉTROLIERS
Dans un environnement en pleine mutation où le développement durable et les défis énergétiques sont au cœur des préoccupations mondiales, le Gabon s’affirme comme un acteur dynamique grâce à son potentiel offshore profond. En misant sur cette ressource stratégique, le pays aspire à revitaliser sa production pétrolière tout en consolidant ses recettes budgétaires essentielles. Cette ambition s’accompagne de réformes audacieuses favorisant une fiscalité adaptée, une transparence renforcée des contrats et un soutien accru à la Gabon Oil Company. Parallèlement, des projets novateurs de valorisation gazière prennent forme, intégrant des objectifs cruciaux tels que la sécurité énergétique et la promotion du contenu local. Dans ce contexte prometteur, M. Sosthène Nguema Nguema, ministre du Pétrole, est à la croisée des chemins entre attractivité pour les investisseurs et sauvegarde des intérêts nationaux. Il dévoile une feuille de route inspirante et répond aux questions fondamentales qui façonnent l’avenir du secteur pétrolier gabonais.
Le Gabon a lancé une offensive pour attirer des investissements en eaux profondes afin de compenser le déclin des champs matures. Concrètement, quel est le nombre de blocs ouverts aujourd’hui et quel volume de production additionnel visez-vous d’ici cinq à dix ans ?
Le Gabon a en effet lancé une campagne dynamique pour attirer de nouveaux investisseurs dans son domaine pétrolier offshore. Cinquante blocs en eau profonde et très profonde sont actuellement disponibles. Cette campagne commence déjà à porter ses fruits, avec la signature de trois contrats d’exploration et de partage de production (CEPP) en mer : deux CEPP signés avec la société BW Energy sur les blocs Guduma et Niossi Marin le 30 octobre 2024 ; et un CEPP signé avec la société Reconnaissance énergie Gabon SA sur le bloc Ngulu le 8 septembre 2025. Ces signatures illustrent la confiance des investisseurs dans la stabilité de notre cadre juridique et la richesse géologique de notre domaine offshore. Notre ambition est claire : stabiliser la production autour de 200 000 barils par jour à l’horizon 2030, tout en intégrant progressivement de nouveaux volumes issus du deepwater. Nous voulons ainsi compenser le déclin naturel des champs matures à terre tout en repositionnant le Gabon comme une destination compétitive et stable pour les majors internationales.
Plusieurs opérateurs, dont ExxonMobil, CNOOC ou encore Türkiye Petrolleri, manifestent un intérêt croissant pour le bassin sédimentaire gabonais. Que pouvons-nous espérer de ces attraits ?
En effet, plusieurs sociétés ont manifesté leur intérêt pour le bassin pétrolier et gazier gabonais. Nous sommes actuellement en discussion avancée avec plusieurs d’entre elles en vue de la signature de nouveaux CEPP. Pour certaines des compagnies que vous avez citées, notamment ExxonMobil, CNOOC et Turkish Petroleum, mais également d’autres majors internationales, les échanges progressent dans un climat de confiance. Ces partenariats permettront de valoriser davantage le potentiel pétrolier et gazier du Gabon tout en favorisant le transfert de compétences, la création d’emplois locaux et la consolidation de nos recettes nationales. Cet intérêt renouvelé est un signal fort de confiance envers la politique pétrolière du Gabon. Les discussions que nous menons avec ces opérateurs démontrent que le pays offre une géologie attractive, mais aussi un environnement contractuel et fiscal clarifié. Nous espérons que ces manifestations d’intérêt se traduiront par des signatures de CEPP dès 2026. Ces nouveaux partenariats permettront non seulement d’intensifier l’exploration, mais aussi de créer des opportunités pour la sous-traitance locale. C’est toute la chaîne de valeur pétrolière nationale qui en sortira renforcée.
Le Code des hydrocarbures de 2019 a été salué, mais certains opérateurs le jugent contraignant pour le deepwater. Quels amendements ou incitations spécifiques comptez-vous introduire ?
Il faut d’abord reconnaître que le Code des hydrocarbures de 2019 a été largement salué par l’industrie comme l’un des plus attractifs du continent africain. Cependant, au fil de son application, certains éléments ont été jugés contraignants, notamment le bonus de signature exigé lors de la conclusion des CEPP.
C’est pourquoi le gouvernement a décidé d’engager une révision ciblée de ce code, avec une mesure forte : la suppression du bonus de signature pour les zones en eau profonde et très profonde. De plus, nous avons estimé nécessaire de mieux distinguer les spécificités des deux filières, pétrolière et gazière. Ainsi, cette révision aboutira à la création de deux codes distincts, soit un Code pétrolier et un Code gazier, afin de valoriser davantage la ressource gazière qui est restée sous-exploitée jusqu’à présent. Cette modernisation de notre cadre juridique répond à une double exigence : renforcer l’attractivité du secteur et maximiser la valorisation nationale de nos ressources.
Après le rachat d’Assala et l’acquisition des actifs de Tullow, la Gabon Oil Company (GOC) devient un acteur central. Quelle est votre vision pour cette société ?
La Gabon Oil Company est appelée à jouer un rôle stratégique au cœur du système pétrolier national. Elle n’est pas un opérateur ordinaire, mais le bras économique de l’État dans le secteur pétrolier. Notre vision est de faire de la GOC un opérateur de référence, capable d’intervenir sur toute la chaîne de valeur : exploration, production, trading et valorisation du gaz. Ses récentes acquisitions visent à renforcer la souveraineté énergétique du pays tout en générant des revenus durables pour le Trésor public. La rentabilité de ces actifs repose sur une meilleure maîtrise opérationnelle, un pilotage rigoureux et des partenariats techniques de haut niveau.
Après l’explosion de la plate-forme Becuna opérée par Perenco, quelles mesures ont été prises pour renforcer la sécurité et rassurer l’opinion publique ?
Cet incident a été un signal d’alarme pour toute l’industrie. Nous avons immédiatement dépêché une mission d’enquête conjointe avec la Direction générale des hydrocarbures et les services de l’environnement. Depuis, le ministère a renforcé le dispositif de contrôle : audits techniques systématiques sur les installations offshore ; obligation pour les opérateurs d’adopter des plans de prévention certifiés ; création d’une cellule permanente de suivi de la sécurité industrielle. Parallèlement, des sanctions administratives ont été prononcées lorsque les manquements ont été avérés. Notre priorité est la prévention des risques sur les installations pétrolières, la préservation de l’environnement et avant tout la sécurité du personnel sur les sites.
Le Gabon a adopté un Gas Master Plan et évoque un projet LNG. Quelles obligations imposez-vous aux compagnies pour réduire le torchage et valoriser le gaz ?
Nous avons franchi un cap important : le gaz n’est plus un sous-produit, mais une ressource stratégique. Le Gas Master Plan définit un cadre clair pour la capture, le traitement et la valorisation du gaz associé. Désormais, chaque opérateur doit présenter un plan de réduction du torchage, assorti d’un calendrier vérifiable. Perenco, à travers sa filiale Dixstone, a engagé des investissements majeurs dans la chaîne du LNG au cap Lopez. Nous exigeons que ces initiatives intègrent des solutions locales de valorisation, notamment pour la production d’électricité, la pétrochimie légère et la distribution domestique de gaz. C’est une étape clé vers la sécurité énergétique et la décarbonation progressive du secteur.

Les projets deepwater nécessitent des compétences spécialisées. Quelles sont vos exigences en matière de contenu local et de transfert de technologie ?
Le contenu local est au cœur de notre stratégie. Nous exigeons que chaque nouveau contrat pétrolier intègre des engagements fermes en matière de formation, d’emploi des nationaux et de transfert de compétences. À travers le Centre de formation pétrolière de Port-Gentil et plusieurs partenariats universitaires, nous préparons une nouvelle génération d’ingénieurs et de techniciens gabonais capables d’opérer dans le deepwater. L’objectif est clair : faire du capital humain gabonais un acteur incontournable du développement pétrolier.
Comment conciliez-vous la relance pétrolière, indispensable pour le budget de l’État, avec les engagements du Gabon en matière de transition énergétique ?
Le Gabon a toujours défendu une approche équilibrée. Nous croyons en une transition énergétique juste et progressive, adaptée à nos réalités économiques.
La relance pétrolière ne s’oppose pas à la transition : elle la finance. Les recettes issues du pétrole permettent d’investir dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la diversification industrielle. C’est tout le sens de notre démarche : extraire mieux, polluer moins et investir plus dans l’avenir.
Il est important de souligner que le renforcement de l’attractivité de notre bassin sédimentaire fait partie des objectifs qui m’ont été assignés par le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema. Sur ce plan, j’aimerais d’abord dire qu’à mon arrivée à la tête du ministère du Pétrole et du Gaz, j’ai demandé à mes équipes de me fournir un bilan complet sur la cartographie de l’activité pétrolière dans notre pays. Le constat qui se dégage de ce compte rendu est pour le moins paradoxal. En effet, alors que tout le monde vante le caractère attractif de la loi n°002/2019 du 16 juillet 2019 portant réglementation du secteur des hydrocarbures en République gabonaise, il apparaît que plus de 70 % de notre bassin sédimentaire reste inexploré, notamment tout le territoire marin situé en offshore profond et très profond. Ce qui signifie que, malgré les innovations qu’elle a portées, la loi actuelle n’est pas suffisamment attractive pour permettre des investissements étrangers dans ces zones, dont le potentiel en ressources pétrolières et gazières est loin d’être une vue de l’esprit au regard de ce qui est observé dans les pays de l’Amérique du Sud, comme le Brésil, avec lesquels nous partageons des caractéristiques géologiques similaires. Fort de ce constat, j’ai donc missionné mes services pour qu’ils réfléchissent à une réforme de notre cadre juridique en vue de favoriser les investissements en offshore profond et très profond pour les majors du secteur pétrolier qui sont bien connus de tous. C’est le sens des travaux qui se tiennent actuellement dans un hôtel de la place. Ces travaux réunissent l’administration et les principaux acteurs privés du secteur pétrolier. Ils portent notamment sur trois consignes fermes. Premièrement, il s’agit d’élaborer deux codes distincts : un Code pétrolier et un Code gazier. Le Code gazier donnera un cadre juridique spécifique à l’exploration et à l’exploitation du gaz dans notre pays. Deuxièmement, comme je l’ai annoncé le mois dernier à Cape Town lors de la conférence de l’Africa Energy Week, de supprimer les bonus de signature pour l’exploration pétrolière et gazière en offshore profond et très profond. Troisièmement, de mettre en place une fiscalité adaptée aux lourds investissements que nécessite l’exploration des hydrocarbures dans les zones sus-évoquées tout en veillant au maintien de l’équilibre indispensable entre le besoin d’attractivité fiscale pour les affaires et les impératifs budgétaires de l’État.
Je ne doute pas un seul instant que cette réforme juridique importante permettra de redynamiser les activités pétrolières et gazières dans notre pays, afin d’accroître nos réserves dans un contexte marqué par le déclin progressif de la production.
Monsieur le Ministre, un dernier mot pour conclure ?
Je veux réaffirmer que le Gabon est un partenaire fiable, ouvert et visionnaire. Notre ambition n’est pas seulement d’augmenter la production, mais de moderniser durablement le secteur au bénéfice de tous les Gabonais. L’énergie reste un moteur de souveraineté, de croissance et de cohésion nationale. Ensemble, avec nos partenaires publics et privés, nous construisons un futur pétrolier et gazier responsable, inclusif et tourné vers la transition.

