UNE MACHINE BIEN HUILEE POURRAIT-ELLE FAIRE BASCULER LES SYSTEMES ECONOMIQUES TRADITIONNELS ?

L’Afrique reste un creuset d’innovation dans le domaine de la téléphonie mobile. Les opérateurs de télécommunications du continent s’efforcent de combler les lacunes résultant du faible niveau de développement dans des domaines clés, notamment les services bancaires et financiers. Un rapport de 2022 estimait qu’un peu plus de la moitié de la population africaine n’était pas bancarisée. Le même rapport a révélé que les banques du continent investissent dans des projets de transformation numérique, avec le développement de services de monnaie mobile comme priorité absolue parmi les banques sondées. Mais peut-on affirmer que les opérateurs de télécommunications sont mieux placés que leurs homologues du secteur bancaire pour développer des produits de services financiers sur mesure adaptés à un consommateur orienté vers le mobile ? Ces opportunités émergentes de services financiers au profit des opérateurs de télécommunications africains pourraient-elles avoir un impact sur les services financiers traditionnels ?

Prenons l’exemple de l’argent mobile. Il constitue une opportunité de croissance significative pour les opérateurs de télécommunications. En 2022, la valeur des transactions d’argent mobile en Afrique subsaharienne a atteint 832 mds de dollars et l’on estime à 390 millions le nombre de comptes d’argent mobile pour l’Afrique de l’Est à elle seule.

Par ailleurs, les banques trouvent beaucoup plus difficile de s’aventurer dans l’espace télécom tandis qu’à l’inverse, les télécommunications s’implantent plus aisément dans le secteur bancaire traditionnel, comme en témoigne la ruée actuelle des opérateurs de télécommunications vers les services financiers.

L’impulsion du secteur des télécommunications dans les services financiers par le biais de la monnaie mobile 

La popularité de la monnaie mobile s’est accrue en réaction aux lacunes du système bancaire kenyan de l’époque, dont les contraintes et les frais élevés représentaient un obstacle majeur pour la population désireuse d’accéder aux services bancaires et de réaliser des paiements ou virements.

À présent, à l’échelle continentale, les opérateurs de télécommunication capitalisent sur d’importants portefeuilles clients, sur leur notoriété de marque incontestée, sur les données analytiques relatives aux consommateurs et sur une visibilité approfondie des habitudes de leurs clients pour déployer un éventail de services financiers novateurs, englobant les solutions de paiement, les services de transfert d’argent, d’assurance et d’autres produits financiers tels que bientôt des solutions d’emprunts ! 

Des défis et des risques en abondance 

Cependant, cette frénésie à diversifier les revenus n’est pas sans risque. Le secteur des services financiers est hautement réglementé. Bien qu’il ait tardé à atteindre sa pleine maturité, les régulateurs rattrapent désormais les besoins d’un écosystème financier moderne.

Un opérateur de télécommunications offrant des prêts, par exemple, devra tenir compte de nombreuses exigences réglementaires allant de la notation de crédit à l’analyse des risques en passant par des lois limitant les flux de fonds à travers les frontières. Pour un continent qui dépend autant des transferts de fonds, cette supervision réglementaire supplémentaire peut freiner l’adoption de nouveaux services financiers et miner la rentabilité des télécommunications.

Tirer parti de l’expertise des fournisseurs technologiques 

Pour les opérateurs de télécommunications africains souhaitant dégager de nouvelles sources de revenus en introduisant des services financiers, la solution consiste à tirer parti de l’expertise et de l’infrastructure développées par des fournisseurs spécialisés. Ces derniers suivent le rythme des exigences réglementaires tout en affinant l’expérience utilisateur et en optimisant l’efficacité opérationnelle de l’arrière-guichet.

Pour encourager l’adoption des innovations en matière de services financiers, les opérateurs de télécommunications peuvent inciter les distributeurs à promouvoir des produits spécifiques – un produit d’assurance ou une offre de prêt, par exemple –, les consommateurs étant en mesure de s’inscrire et de commencer à utiliser le produit immédiatement, le point de vente agissant comme plateforme de mise en marche. À mesure que de nouvelles réglementations émergent, le fournisseur peut instaurer les modifications nécessaires qui sont déployées à travers les réseaux de distributeurs orientés client de l’opérateur de télécommunications, s’assurant ainsi que les clients peuvent profiter de la commodité des services financiers mobiles tout en aidant les opérateurs de télécommunications à se conformer aux réglementations.

Par ailleurs, selon Robert van Breukelen, directeur des opérations chez Itemate Solutions

Les services de monnaie mobile se développent dans le monde entier et ils le font rapidement. S’il a fallu 17 ans au secteur pour atteindre 800 millions de clients, il ne lui en a fallu que 5 de plus pour en atteindre le double, dont la moitié s’est ajoutée pendant la pandémie. On compte aujourd’hui près de 1,6 md de comptes enregistrés, ce qui est absolument remarquable.

L’année 2022 a permis de faire ressortir clairement l’importance des services de monnaie mobile lors de la pandémie de covid-19, pendant laquelle ils ont permis à des millions d’habitants des pays à revenu faible ou intermédiaire d’accéder à des services financiers numériques. Dans bien des cas, il s’agissait de nouveaux utilisateurs qui se servent désormais de ces services pour leurs besoins quotidiens. Nos données montrent que l’usage des paiements numériques imposé par la pandémie est resté une habitude qui se traduit dans de nombreux pays par une croissance des opérations de monnaie mobile supérieure à celle des nouveaux comptes. Cette tendance est très encourageante alors que nous poursuivons nos efforts pour faire progresser l’inclusion financière dans le monde entier.

Les changements réglementaires intervenus sur plusieurs grands marchés ont été l’un des principaux facteurs de croissance de la monnaie mobile au cours des dernières années. Au Nigéria, par exemple, les nouvelles licences ont permis l’émergence de nombreux nouveaux acteurs sur ce marché, qui s’est accompagnée d’une augmentation de 41 % du nombre d’agents enregistrés. En plus de créer des emplois pour des millions de nouveaux agents, les services de monnaie mobile sont désormais plus largement accessibles à la population de la plus grande économie d’Afrique. Il est également encourageant de constater que la monnaie mobile continue de favoriser une plus grande égalité entre hommes et femmes en matière d’inclusion financière. D’après les statistiques de la Banque mondiale, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à posséder un compte de monnaie mobile dans au moins 7 pays d’Afrique subsaharienne. Bien qu’il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine, il s’agit d’une avancée extrêmement positive : l’accès à la téléphonie mobile et aux services de monnaie mobile permet aux femmes d’accroître leur indépendance économique et leur pouvoir de décision sur le plan financier.

La monnaie mobile contribue clairement à faire progresser l’inclusion financière dans le monde. À mesure que le secteur poursuit son développement, il offre à près de 1,4 md de personnes non bancarisées la possibilité d’accéder enfin à des services financiers formels. Dans un environnement mondial de plus en plus complexe marqué par des chocs naturels, humanitaires et financiers sans précédent, il est plus important que jamais de renforcer la résilience. Nos données montrent que les personnes équipées d’un compte de monnaie mobile ont un taux d’épargne comparable à celui des titulaires de comptes bancaires, ce qui leur permet de mieux résister aux chocs lorsque ceux-ci surviennent. En un peu plus de 17 ans, le secteur de la monnaie mobile est passé d’une offre de niche à un service financier largement répandu qui a transformé le quotidien de plus d’un milliard de personnes. L’ampleur et la profondeur de cet impact ne sauraient être sous-estimées. Alors que nous nous efforçons de bâtir un avenir durable et résilient dans lequel chacun est connecté, il est absolument vital que nous continuions à concevoir des services financiers sûrs et sécurisés qui s’adressent à tous.

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