En exonérant de TVA les véhicules électriques dans sa loi de finances rectificative 2026, le Gabon ne se contente pas d'un geste écologique : il teste si l'impôt peut, à lui seul, faire naître une filière industrielle là où le marché reste embryonnaire.
Le nouvel article 210 du Code général des impôts exonère de TVA l'importation et la commercialisation des véhicules électriques. Techniquement, il s'agit d'une dépense fiscale : l'État renonce à une recette pour orienter un comportement économique, une fiscalité incitative plutôt qu'une fiscalité de rendement. Le Gabon rejoint ainsi une tendance continentale : au Maroc, la TVA sur les véhicules électriques tombe à 7 %, contre 20 % pour le thermique ; le Kenya vient d'annoncer de nouvelles exonérations de TVA et de droits d'accise.
Une équation de prix plus large que la TVA
La TVA n'est qu'une ligne du prix final. Fret, assurance, homologation et droits de douane — non traités par la réforme — continuent de peser. C'est dans ce contexte qu'intervient la marque chinoise BYD (Build Your Dreams), entrée au Gabon le 5 juin 2025 via Loxea (CFAO Mobility) : autonomie de 420 km, batterie garantie huit ans, recharge estimée à 8 500 FCFA. Un produit mature, mais un marché encore à bâtir.
Concessionnaires, loueurs, installateurs de bornes, électriciens et mainteneurs forment la chaîne de valeur visée. Loxea a déjà formé des techniciens locaux, signe qu'une partie de l'écosystème se construit en parallèle de la fiscalité, plutôt qu'après elle.
Les limites d'une politique par le seul impôt
Une exonération ne crée pas un marché si l'électricité, le financement ou le réseau de recharge font défaut. Le Kenya illustre le revers budgétaire : ses experts anticipent un manque à gagner sur les taxes carburant pouvant atteindre 693 millions de dollars (environ 388 milliards de FCFA) d'ici 2043. Le Rwanda, malgré des incitations similaires, ne compte encore qu'environ 1 200 véhicules électriques en circulation, preuve que la fiscalité seule ne suffit pas à changer d'échelle.
Ce que montrent les précurseurs africains
Le Maroc combine réduction de TVA, crédits d'impôt et exonération de vignette, visant 100 000 véhicules d'ici 2027. L'Égypte subventionne jusqu'à 35 % du coût de production locale pour le même objectif. Point commun : la fiscalité y accompagne une ambition industrielle explicite (assemblage, batteries, exportation) plutôt qu'un simple encouragement à l'achat.
Plusieurs inconnues conditionnent la portée réelle de cette réforme. La première touche au coût budgétaire véritable de l'exonération pour l'État, encore non chiffré publiquement. La seconde concerne sa transmission aux consommateurs : rien ne garantit que les concessionnaires répercuteront intégralement la baisse sur les prix de vente. D'autres mesures pourraient par ailleurs venir compléter la seule exonération de TVA — sur les droits de douane, les équipements de recharge ou le tarif électrique appliqué aux véhicules électriques — sans qu'aucun calendrier n'ait été annoncé à ce stade. Se pose aussi la question de la capacité du réseau électrique gabonais à absorber une flotte grandissante, à mesure que le parc s'étoffe. Le vrai test ne sera pas le nombre d'exonérations accordées, mais la capacité du Gabon à faire émerger une filière complète (infrastructures, emplois, services, investissements).