La remise officielle des résultats provisoires du Recensement général de la population et du logement (RGPL), qui affiche un taux de couverture de 97 %, a conduit les autorités à engager une nouvelle étape dans la réforme de la protection sociale. Avec une population désormais estimée à près de 2,6 millions d'habitants, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a instruit le gouvernement de lancer une enquête nationale consacrée aux Gabonais économiquement faibles (GEF). Au-delà de son volet social, cette initiative répond à un enjeu de gouvernance : améliorer le ciblage des bénéficiaires des aides publiques et renforcer l'efficacité de la dépense publique.
Depuis plusieurs années, le fichier des Gabonais économiquement faibles est régulièrement présenté comme un outil nécessitant une actualisation. Selon les données communiquées par les autorités, plus de 60 % des bénéficiaires pris en charge par la CNAMGS relèvent du régime des GEF, soit environ 1,2 million de personnes, contre près de 600 000 cotisants actifs. Cet écart soulève des interrogations sur la soutenabilité financière du dispositif et sur la nécessité de disposer d'un registre plus fiable des bénéficiaires.
L'enquête annoncée vise notamment à identifier plus précisément les personnes remplissant effectivement les critères d'éligibilité et à détecter d'éventuels doublons ou situations irrégulières. Pour les pouvoirs publics, un meilleur ciblage pourrait permettre de concentrer les ressources publiques sur les ménages qui en ont réellement besoin, tout en améliorant la gestion des finances sociales.
Un enjeu budgétaire majeur
Cette opération intervient dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Entre le ralentissement de la croissance économique, la persistance de la pauvreté et le poids de la dette publique, les marges de manœuvre de l'État demeurent limitées. Dans ce contexte, toute amélioration de l'efficacité des dépenses sociales est susceptible de dégager des ressources qui pourraient être réaffectées à d'autres priorités publiques, qu'il s'agisse de renforcer la protection sociale, de financer des investissements ou de contribuer à l'assainissement des finances publiques.
L'objectif affiché est moins de réduire les dépenses sociales que d'en améliorer l'efficacité. Une meilleure identification des bénéficiaires pourrait renforcer la crédibilité du système de solidarité nationale tout en limitant les risques de fraudes, d'erreurs ou de versements indus.
Vers une nouvelle gouvernance sociale
Au-delà de l'audit lui-même, le principal défi sera désormais la constitution d'un registre social fiable, régulièrement mis à jour et partagé entre les différentes administrations concernées. Le croisement des données issues du RGPL et des enquêtes de terrain pourrait constituer une étape importante dans la modernisation des politiques sociales et dans l'amélioration du pilotage des dépenses publiques.
Si cette réforme atteint ses objectifs, elle pourrait contribuer à renforcer l'efficacité de la protection sociale tout en offrant à l'État des marges de manœuvre budgétaires supplémentaires. Son succès dépendra toutefois de la qualité des données collectées, de la transparence du processus et de la capacité des administrations à maintenir un registre social fiable dans la durée.