Diplômé d’un master en finance de KEDGE Business School, grande école de commerce implantée à Marseille et Bordeaux, Alexandre Alawoe suit un parcours académique classique, ancré dans la rigueur de la finance d’entreprise et du management. Mais à l’heure des choix, il tourne le dos aux trajectoires tracées des places financières européennes. Sa destination n’est pas Paris ni Londres, mais Libreville.
En dix ans, Alexandre Alawoe a fait émerger AltEmploi comme l’un des acteurs structurants du recrutement au Gabon, avant d’amorcer une expansion vers l’Afrique de l’Ouest. À rebours des trajectoires dopées aux levées de fonds, son entreprise s’est construite pas à pas, dans un environnement où tout restait à organiser. De simple jobboard à groupe intégré de services RH, AltEmploi incarne une transformation progressive de l’intermédiation entre talents et entreprises sur un continent où cette fonction reste encore largement sous-développée.
Un retour au pays comme point de départ d’une vision
Avant l’entreprise, il y a un choix décisif. Formé en France, Alexandre Alawoe aurait pu y poursuivre une carrière. Il choisit pourtant de revenir au Gabon, avec l’intuition qu’un marché entier reste à structurer. «Je me suis rendu compte qu’il existait très peu de plateformes d’emploi en Afrique francophone. Ce constat m’a poussé à imaginer un outil capable de connecter les jeunes diplômés aux entreprises », confie-t-il dans une interview à BFM Business.
Ce retour n’est pas un repli, mais une projection : celle d’un entrepreneur qui identifie un déficit structurel et décide d’y répondre.
2015–2016 : des débuts solitaires et un premier pivot
Lancé en avril 2015, AltEmploi est initialement une plateforme numérique d’offres de stage et d’emploi pour les étudiants et jeunes diplômés couvrant cinq pays : Gabon, Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire et Sénégal. Dès 2016, Alexandre Alawoe opère un recentrage stratégique sur le seul marché gabonais en créant son cabinet de recrutement et de conseil RH.
À Libreville, les débuts sont marqués par une progression lente : prospection individuelle, pédagogie auprès des entreprises, adaptation à un marché dominé par l’informel. «il nous a fallu aller à la rencontrer des entreprises, comprendre leurs besoins et proposer des services adaptées», résume-t-il.
Cette même année 2016, le cabinet AltEmploi prend racine avec un premier bureau à Libreville. Huit ans plus tard, l’ouverture d’un second bureau à Port-Gentil en janvier 2024 marque une nouvelle étape dans l’ancrage national.
Structuration progressive et montée en puissance
Au fil des années, l’entreprise affine son modèle et élargit son offre : recrutement, conseil RH, formation, reclassement. Une approche intégrée, pensée pour s’adapter aux réalités des marchés locaux. «Notre ambition est simple : connecter les meilleurs talents aux entreprises, dans les meilleurs délais. La technologie ne remplace pas l’humain, elle amplifie l’expertise de nos consultants. »
Les résultats traduisent cette progression : plus de 4 500 candidats recrutés, 463 entreprises clientes et près de 300 missions de recrutement conduites chaque année. L’entreprise s’impose également comme un acteur d’influence à travers le Salon de l’Emploi et des Métiers de Libreville, devenu un rendez-vous majeur pour l’écosystème RH local.
L’intérim, levier de flexibilité stratégique
En juillet 2022, AltEmploi franchit une nouvelle étape avec le lancement d’AltEmploi Intérim, une entité dédiée exclusivement au travail temporaire. Cette évolution répond à une demande croissante des entreprises pour plus de flexibilité dans la gestion des ressources humaines. L’intérim devient alors un pilier stratégique du groupe, à la croisée des enjeux de performance, de réactivité et d’employabilité.
2023 : changement d’échelle et expansion régionale
Le véritable changement d’échelle intervient en mars 2023 : AltEmploi devient AltEmploi Groupe et ouvre un premier bureau à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ce retour à l’ambition régionale initiale s’appuie sur des bases consolidées. D’autres marchés sont ciblés, notamment le Bénin et le Sénégal dans une logique d’expansion progressive.
Le pari technologique au service de l’humain
Parallèlement, l’entreprise engage une transformation numérique. Environ 75 millions de francs CFA sont investis dans le développement d’outils intégrant l’intelligence artificielle. Objectif : optimiser le matching entre candidats et entreprises, fluidifier l’expérience utilisateur et accélérer les processus de recrutement. «Nous voulons permettre aux candidats de postuler en un clic et de suivre leur candidature en temps réel. L’intelligence artificielle agit comme un accélérateur, mais la décision reste humaine», observe-t-il.
L’enjeu clé : l’employabilité des jeunes
Au-delà de l’entreprise, Alexandre Alawoe porte une lecture lucide du marché de l’emploi en Afrique. «De nombreux diplômés peinent à s’insérer, faute d’expérience. Il est essentiel d’intégrer davantage de stages obligatoires, d’alternance et de dispositifs professionnalisants dans les parcours académiques.»
Pour lui, la solution passe par une meilleure articulation entre formation et entreprise, mais aussi par l’évolution des cadres réglementaires, notamment pour favoriser l’insertion des jeunes diplômés.
Dix ans après sa création, AltEmploi Groupe s’impose comme une réponse concrète à un marché longtemps resté peu structuré. Sans accélération artificielle, sans expansion précipitée, l’entreprise s’est développée selon une logique progressive : consolider, structurer puis étendre.
Dans cette trajectoire, Alexandre Alawoe incarne une figure d’entrepreneur bâtisseur : celui qui a fait le choix du retour, qui a affronté un environnement incertain et qui, étape après étape, a contribué à structurer un marché. «Notre ambition est de créer des opportunités durables pour les talents et les entreprises qui nous font confiance», résume-t-il.