FAIRE DE LA BANQUE UN LEVIER DE SOUVERAINETÉ ET DE DIVERSIFICATION ÉCONOMIQUE

La Cemac s’est engagée dans une transformation stratégique de son système bancaire. Longtemps cantonnée à un rôle prudentiel et concentrée sur le financement des grandes entreprises et des États, la banque régionale est désormais appelée à devenir un outil central de souveraineté économique. Selon la BEAC, les actifs bancaires cumulés de la zone atteignent environ 27 000 mds de F CFA fin 2024, tandis que le crédit au secteur privé représente près de 31% du PIB régional. L’enjeu est désormais d’orienter cette masse financière vers les secteurs productifs, énergie, agriculture, infrastructures, industrie et PME, tout en renforçant l’inclusion financière et la résilience du système.

Le Cameroun incarne cette dynamique par une approche axée sur la modernisation et la profondeur financière. La digitalisation des paiements publics, à travers le projet e-Tax, vise à sécuriser plus de 1 500 mds de F CFA de recettes fiscales et à réduire la circulation du cash. En parallèle, le pays s’appuie sur des lignes de refinancement d’environ 300 mds de F CFA, soutenues par la BEAC et la Banque mondiale, pour stimuler le crédit aux PME encore sous-financées malgré leur poids dans l’économie. Le déploiement du mobile banking, des QR codes et la modernisation des guichets automatiques étendent progressivement les services bancaires aux zones rurales, posant les bases d’une inclusion financière plus large et d’un tissu entrepreneurial mieux financé.

Au Gabon, la réforme bancaire s’inscrit dans une logique de soutien ciblé aux secteurs productifs et de sécurisation du système. Le crédit au secteur privé, estimé à environ 3000 mds de F CFA fin 2024, reste fortement concentré sur l’énergie, le pétrole et l’agro-industrie, mais les autorités cherchent à élargir la base de financement. Le renforcement de la supervision, l’amélioration de la gouvernance bancaire et la lutte contre le blanchiment accompagnent le lancement de la plateforme « Gabon e-Paiements », destinée à réduire l’usage du cash et à sécuriser jusqu’à 1 500 mds de F CFA de flux financiers à l’horizon 2026. L’ambition est de faire du système bancaire un outil de financement plus efficace de la diversification économique.

En République du Congo, la banque est mobilisée comme levier de réindustrialisation et d’inclusion financière. Les crédits bancaires, estimés à près de 5 400 mds de F CFA, soutiennent principalement les secteurs extractifs, mais une réorientation progressive vers les PME, l’agriculture et l’innovation est engagée. Des accords avec la BAD et la Banque mondiale ont permis la mise en place d’une ligne de crédit de 250 mds de F CFA dédiée aux jeunes entreprises et aux projets innovants. En parallèle, le développement des services financiers digitaux vise à intégrer d’ici 2026 près de 35 % des populations encore non bancarisées, condition indispensable pour élargir la base économique et fiscale.

Le Tchad adopte une approche plus prudente, centrée sur la sécurisation du système bancaire et le financement de l’agriculture. Environ 150 mds de F CFA ont été mobilisés pour soutenir l’irrigation, l’agro-industrie et les coopératives rurales, dans un contexte marqué par la vulnérabilité climatique et la faiblesse de l’intermédiation financière. Le renforcement du cadre national de supervision, aligné sur les recommandations de la BEAC, vise à restaurer la confiance, à sécuriser les dépôts et à améliorer la solvabilité des établissements bancaires, condition préalable à une expansion durable du crédit.

La Guinée équatoriale, historiquement dépendante des recettes pétrolières, mise sur la modernisation financière et l’intégration régionale. Le projet « e-Finance GQ » ambitionne de digitaliser près de 800 mds de F CFA de transactions annuelles, réduisant la dépendance au cash et améliorant la traçabilité des flux. En parallèle, le renforcement du cadre légal et la lutte contre le blanchiment cherchent à attirer davantage de partenariats avec les banques régionales, afin de soutenir l’investissement privé et amorcer une diversification économique encore fragile.

En RCA, la banque prend une dimension plus sociale et inclusive. Faiblement bancarisée, la RCA s’appuie sur la microfinance et le financement rural, avec plus de 120 mds de F CFA mobilisés pour les petites exploitations agricoles et les artisans. Le plan national d’inclusion financière combine digitalisation des services bancaires et création de coopératives de crédit dans les zones rurales, avec l’objectif de faire passer le taux de bancarisation de 15 à 35 % d’ici 2026, condition clé pour soutenir la relance économique et la stabilité sociale.

À l’échelle régionale, la Cemac et la BEAC orchestrent un ensemble de réformes structurantes visant à harmoniser les cadres bancaires, renforcer la supervision prudentielle et accélérer la digitalisation. L’adoption généralisée des paiements électroniques pour les taxes et redevances, le contrôle plus strict des ratios de liquidité et de solvabilité alignés sur Bâle II et III ainsi que le développement d’infrastructures financières communes avec des systèmes de règlement interbancaire et des hubs de compensation visent à construire un espace financier intégré et résilient. L’inclusion financière, via la microfinance, la banque mobile et le financement des PME, constitue le fil conducteur de cette stratégie.

À l’horizon 2026, les perspectives sont ambitieuses : une croissance du crédit au secteur privé estimée à 12 %, la digitalisation de près de 4 500 mds de F CFA de flux publics et privés, un taux de bancarisation moyen porté à 55 % et le maintien d’un ratio de solvabilité supérieur à 12  % pour l’ensemble des banques de la zone. Plus qu’un simple secteur d’intermédiation, la banque devient ainsi un pilier de la souveraineté économique de la Cemac et est appelée à financer la diversification productive, à soutenir l’emploi et consolider une croissance plus autonome et durable.

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