Le premier mensuel économique au Gabon.

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Le Gabon peut-il transformer ses 950 kilomètres de côtes en nouveau moteur économique ?

Le Gabon peut-il transformer ses 950 kilomètres de côtes en nouveau moteur économique ?

Alors que BlueInvest Africa 2026 réunira, les 2 et 3 novembre au Cap, en Afrique du Sud, startups et investisseurs de l'économie bleue continentale, le Gabon dispose d'un atout rarement valorisé : la plus longue façade maritime d'Afrique centrale. Reste à savoir si le pays peut en faire un relais de croissance, au-delà du pétrole et des mines.

Le Gabon aborde l'économie bleue avec un paradoxe. Son littoral s'étend sur environ 950 kilomètres, ses eaux abritent un potentiel halieutique estimé à 720 000 tonnes par an, mais moins de 4 % de ce potentiel était effectivement exploité selon les dernières estimations disponibles, l'essentiel provenant de la pêche artisanale plutôt qu'industrielle. À l'échelle du continent, la valeur ajoutée du secteur pêche-aquaculture plafonne à 24 milliards de dollars, soit 1,6 % du PIB africain, alors que l'économie bleue pourrait générer jusqu'à 1 000 milliards de dollars (environ 600 000 milliards de FCFA) par an d'ici 2030, selon plusieurs projections de l'Union africaine.

Des ports tournés vers l'export de matières premières

L'ossature maritime du pays repose sur deux infrastructures historiques : le port d'Owendo, par lequel transitent 90 % des échanges commerciaux du Gabon et environ 6 millions de tonnes de marchandises par an, et le terminal pétrolier de Port-Gentil. Ces ports ont été conçus pour évacuer bois, manganèse et hydrocarbures vers l'extérieur, pas pour ancrer une filière de transformation locale des produits de la mer, de logistique maritime à valeur ajoutée ou de tourisme côtier structuré. C'est précisément ce chaînon manquant, entre ressource brute et valeur créée sur place, que l'économie bleue est censée combler.

Des jalons déjà posés

Le Gabon n'est pas parti de rien. Le pays s'est doté d'un ministère dédié à l'Économie bleue, qui mène des consultations publiques sur un plan de zonage de l'espace marin national, destiné à concilier zones de pêche artisanale et aires marines protégées. Le projet « Obligations bleues », présenté comme un modèle de financement innovant pour la conservation des écosystèmes marins, doit permettre de lever des capitaux dédiés à la préservation du littoral. Un programme de restauration des mangroves d'Angondjé-Ntom, au nord de Libreville, a été engagé sur vingt ans avec des partenaires privés et des ONG, et une stratégie de pêche en haute mer est en préparation. Enfin, l'État affiche l'ambition de porter le tourisme, dont le volet côtier, à 10 % du PIB national d'ici 2030.

Ce qu'il reste à construire

Ces initiatives restent toutefois embryonnaires face aux dix conditions généralement identifiées pour qu'un pays capte durablement des investissements bleus : une stratégie nationale pleinement articulée, un cadre réglementaire stable pour les investisseurs, des infrastructures portuaires modernisées au-delà du seul export, des partenariats public-privé structurés, des mécanismes de financement dédiés aux PME du secteur, une filière de formation aux métiers de la mer, une coopération régionale sur la surveillance des eaux, une recherche scientifique nationale sur les stocks halieutiques, et une protection durable des ressources qui ne pénalise pas la pêche artisanale.

Un test pour la diversification économique

Pour un pays encore largement dépendant du pétrole et des mines, BlueInvest Africa 2026 offre au Gabon une occasion concrète : présenter ses projets de zonage marin, ses obligations bleues et sa stratégie de pêche en haute mer devant des investisseurs internationaux déjà mobilisés sur le secteur. Le potentiel existe indéniablement ; sa transformation en filière économique structurée, elle, reste largement à construire.



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