BUDGETS, TRANSITIONS SECTORIELLES ET CADRES INSTITUTIONNELS RENFORCÉS, LA CEMAC PRÉPARE DE GRANDS CHANGEMENTS DÈS 2026
À l’aube de 2026, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) traverse une phase de transformation structurelle majeure. Cameroun, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, Congo, Tchad, les pays de la région exposent un engagement budgétaire sans précédent, une accélération des secteurs productifs et une reconfiguration de leurs modèles de croissance. Les budgets nationaux pour 2026 reflètent une stratégie résolue de gestion macroéconomique prudente, tout en dédiant des enveloppes importantes à l’investissement public, aux réformes fiscales et à la diversification productive. Qu’il s’agisse de stabilisation des finances publiques, de soutien aux filières porteuses ou de repositionnement compétitif, les six économies de la Cemac affichent des priorités claires qui se conjuguent autour de la nécessité d’une croissance plus inclusive et moins dépendante des hydrocarbures. Dans cette trajectoire, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) assume un rôle stratégique en tant que coordinateur macroéconomique, stabilisateur monétaire et facilitateur de financement. Son positionnement pour 2026, entre soutien à la croissance, lutte contre l’inflation, accompagnement des États dans leurs investissements prioritaires et surveillance stricte du secteur financier, sera déterminant pour asseoir durablement une dynamique de développement plus résiliente et intégrée à l’économie mondiale.
Des budgets à la hauteur des ambitions
Le Cameroun, reconnu comme le moteur de la région, a arrêté son budget à 8 816 mds de F CFA pour 2026, ce qui représente une augmentation de 14 % par rapport à 2025. Cette hausse illustre son ambition d’accélérer les dépenses publiques dans des secteurs clés et de jouer pleinement son rôle de catalyseur.
Le budget général atteint 8 683,9 mds de F CFA (+13 % par rapport à 2025) ; les comptes d’affectation spéciale (CAS) sont dotés de 132,5 mds de F CFA (+98,1 %), incluant la création d’un fonds d’autonomisation des femmes et d’emploi des jeunes doté de 50 mds de F CFA.
Les recettes internes sont projetées à 5 887 mds de F CFA et sont principalement issues des recettes fiscales et douanières. Quant aux revenus pétroliers et gaziers, ils sont estimés à 523,7 mds de F CFA.
Les dépenses d’investissement s’élèvent à 2 026,3 mds de F CFA, avec un accent sur les infrastructures, les routes, l’énergie, l’agriculture et l’industrie.
Quant au déficit budgétaire, il devrait atteindre environ 631 mds de F CFA, entraînant un besoin total de financement de 3 104,2 mds de F CFA, à couvrir par des emprunts, des émissions de titres et des financements multilatéraux.
Cette répartition budgétaire témoigne des efforts du Cameroun pour renforcer ses fonds propres, structurer ses investissements et répondre aux défis sociaux et économiques tout en maintenant une approche de prudence fiscale.
La République du Congo, pilier pétrolier de la Cemac, se distingue par une gestion budgétaire résolument contrôlée. D’après les données disponibles, le budget 2026 prévoit des recettes de 2 501,4 mds de F CFA et un excédent budgétaire d’environ 280 mds de F CFA, signe d’une discipline fiscale relativement rigoureuse et d’une croissance des recettes hors pétrole. Autour de ces chiffres, Brazzaville réaffirme son engagement à diversifier les recettes publiques (réduction progressive de la dépendance aux hydrocarbonés). Autre point fort, le pays veut désormais améliorer la mobilisation fiscale via des réformes de recouvrement et, surtout, maintenir une politique d’investissement prudent dans les infrastructures clés et les services publics. Cette stratégie vise à soutenir la stabilité économique tout en consolidant les bases de la croissance hors pétrole.
Le Gabon, qui vise à renforcer son impact régional, a adopté un budget de 6 351 mds de F CFA pour 2026. Ce montant a été réduit par rapport à la proposition initiale de 7 233,3 mds de F CFA lors d’arbitrages parlementaires, afin de mieux aligner les dépenses sur les capacités de mobilisation des ressources dans un contexte macroéconomique plus contraint.
Les recettes budgétaires totales s’élèvent à plus de 4 327,2 mds de F CFA, comprenant des recettes propres estimées à 4 153,9 mds de F CFA, qui incluent les recettes fiscales, douanières et non fiscales.
Les autorités prévoient des investissements publics de 2 119,2 mds de F CFA, marquant une forte progression par rapport aux exercices précédents. Pour mettre cela en perspective, la moyenne des trois dernières années était d’environ 500 mds de F CFA. Cela souligne une volonté de positionner l’investissement comme moteur de la croissance. Bien que ce cadrage budgétaire soit modéré par rapport au projet de loi de finances (PLF) initial, il met l’accent sur la stabilisation des finances publiques, l’augmentation des recettes domestiques et une allocation significative aux investissements productifs dans les domaines suivants : énergie, infrastructures, agriculture et services. L’objectif principal est d’appuyer la transformation structurelle du pays tout en réduisant la dépendance aux seules recettes pétrolières.
La Guinée équatoriale a adopté un budget 2026 de 1 294 mds de F CFA, en baisse d’environ 8 % par rapport à l’année précédente. Cette coupe traduit la réalité des recettes pétrolières contraintes par un environnement externe moins favorable et une production plus volatile. Malgré cette contraction, Malabo maintient des priorités stratégiques entre diversification économique, renforcement de la bonne gouvernance et de l’environnement des affaires, et soutien aux secteurs non pétroliers. Cette approche prudente vise à stabiliser les finances publiques tout en positionnant l’économie sur une trajectoire de croissance moins dépendante des rendements pétroliers à court terme.
La RCA, entre progression budgétaire et réforme fiscale, a élaboré un budget pour 2026 en légère progression par rapport à 2025, à près de 370 mds de F CFA, avec une volonté marquée de renforcer la collecte fiscale et la transparence budgétaire. Les autorités ont intégré dans leur cadre budgétaire des mesures telles que la digitalisation du recouvrement des recettes fiscales, l’amélioration de la gouvernance des finances publiques et des programmes de modernisation administrative. Ces efforts s’inscrivent dans la dynamique régionale de consolidation budgétaire pour réduire la dépendance aux appuis extérieurs et stabiliser les services publics. Bien que modeste en montants absolus comparés aux autres budgets de la région, cet exercice 2026 reflète une priorisation structurée des dépenses publiques.
Le Tchad, en 2026, prolonge pour sa part sa feuille de route budgétaire dans le cadre de son plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », qui combine consolidation budgétaire, renforcement des recettes et investissements infrastructurels. Bien qu’il n’existe pas de montant consolidé officiel publié en ligne pour l’exercice 2026, les lignes budgétaires tendent à maintenir les dépenses prioritaires dans les infrastructures, l’énergie et l’agriculture. L’objectif est également d’améliorer la collecte des recettes (notamment grâce à des mesures fiscales modernisées) et contenir les déficits structurels pour assurer la soutenabilité de la dette. Le pays continue d’exploiter ses ressources pétrolières (majoritairement via l’oléoduc Tchad‑Cameroun) tout en intensifiant la mobilisation de financements pour des projets qui peuvent réduire la pauvreté et accroître l’accès aux services publics essentiels.
Sur le plan régional, la Cemac a adopté un budget 2026 d’environ 85,9 mds de F CFA, en légère augmentation de 2,4 % par rapport à l’exercice précédent. Ce budget soutient les institutions communautaires, la discipline budgétaire, le renforcement de la surveillance multilatérale et les projets intégrateurs (par ex. infrastructures transfrontalières, coopération économique). 18,45 mds de F CFA sont notamment alloués au Fonds de développement communautaire (Fodec), destiné à financer des initiatives prioritaires convenues par les États membres.
De cet ensemble se dégage une volonté commune. Les six États équilibrent leurs budgets entre stabilité macroéconomique, investissements structurants et réformes fiscales. Tous attribuent une part importante du budget aux dépenses productives (routes, énergie, agriculture, infrastructures sociales) et dans plusieurs pays (Cameroun et Gabon en tête), les besoins de financement élevés impliquent un recours accru à l’endettement extérieur et à des titres régionaux, avec un accent sur la gestion prudente des risques.

