RELEVER LE DÉFI DE NOURRIR 65 MILLIONS D’HABITANTS

Avec une population de 65 millions d’habitants, la Cemac est en quête de solutions pour sa sécurité alimentaire. Les dernières statistiques de la FAO et de la BEAC indiquent que la production agricole locale couvre environ 60 % des besoins alimentaires, laissant une dépendance notable aux importations, particulièrement pour le riz, le blé et certains produits transformés. Face à ce constat, les États membres ont mis en place des plans nationaux et régionaux de développement agricole qui allient intensification raisonnée, transformation locale, modernisation logistique et intégration régionale. L’objectif est d’atteindre une autonomie alimentaire partielle d’ici 2026 tout en développant des filières exportatrices.

 

Le Cameroun reste un leader agricole régional, avec 5 millions d’hectares cultivés en cultures vivrières et de rente. Les cultures majeures restent le cacao (plus de 300 000 tonnes par an), le café (plus de 140 000 tonnes par an), le coton (plus de 400000 tonnes par an) et l’huile de palme (jusqu’à 1,3 Mt par an). Le pays se tourne de plus vers la modernisation des périmètres irrigués de l’Extrême-Nord et de l’Ouest, avec financement du Fida et de la Banque mondiale (120 mds de F CFA) pour augmenter la productivité de 25 % sur 3 ans. La promotion de la transformation locale du cacao et de l’huile de palme, avec création de 6 nouvelles unités industrielles pour l’export et la consommation locale, sont également en train d’être opérationnalisées, réduisant ainsi la dépendance aux importations.

Le Gabon, historiquement concentré sur les hydrocarbures et le manganèse, s’engage dans une politique agricole offensive pour atteindre une sécurité alimentaire renforcée avec un objectif 2026de produire 70  % de ses besoins alimentaires grâce à l’extension des cultures vivrières (manioc, maïs, banane plantain) et maraîchères. Le développement des fermes agro-industrielles dans l’Est et le Haut-Ogooué pour l’export de bananes et d’ananas, avec un potentiel d’exportation de 50 000 tonnes par an, est également annoncé. Tout comme des projets de serres high-tech et de stockage frigorifique pour réduire les pertes post-récolte (estimées à 15 % des productions actuelles).

La République du Congo concentre ses efforts sur la diversification agricole et le développement de filières à haute valeur ajoutée. Les autorités évoquent des cultures principales de manioc (jusqu’à 1,1 Mt par an), de maïs (350 000 tonnes par an), de cacao (90 000 tonnes par an), et d’huile de palme (420 000 tonnes par an). Dès 2026, il est prévu la mise en place de zones agro-industrielles pour transformer manioc, maïs et cacao, avec des financements de la BAD et de l’AFD (autour de 250 mds de F CFA), l’objectif étant de réduire les importations alimentaires de 20 % d’ici 2026 tout en créant 15 000 emplois directs et indirects.

Le Tchad, confronté à des conditions climatiques arides, mise sur l’irrigation et les cultures résilientes. On évoque jusqu’à 2,2 Mt par an de sorgho, mil, manioc, riz soutenu par l’extension des périmètres irrigués autour du lac Tchad (environ 15000 ha) pour augmenter la production de riz de30000 tonnes/an, et promotion de l’agropastoralisme pour sécuriser les revenus. Le renforcement de la logistique agricole est également au cœur de cette stratégie pour réduire les pertes et connecter les zones rurales aux marchés urbains de N’Djamena et Moundou.

La Guinée équatoriale, traditionnellement dépendante des importations alimentaires, développe ses cultures vivrières et élevages pour sécuriser ses besoins. L’objectif est d’atteindre environ 50 % de couverture des besoins alimentaires, via maïs, manioc, banane plantain et poulet. Pour ce faire, le pays mise sur le développement de coopératives agricoles et fermes pilotes dans la région continentale et sur Bioko, avec appui technique et financement (45 mds de F CFA sont annoncés) pour augmenter la productivité et sécuriser les filières. Des projets de transformation agroalimentaire sont en cours pour exporter des produits comme les fruits séchés et les jus vers le marché régional.

La RCA, qui possède un potentiel agricole immense entre sols fertiles, climats variés et ressources hydriques abondantes, vise également des cultures principales de manioc, de maïs, d’arachide, de riz, de café et de cacao. Les autorités prévoient la création de fermes agro-industrielles dans l’Ouest et le Sud, construction de centres de stockage et de transformation avec le soutien de la FAO et du PAM (80 mds de F CFA d’investissements sont annoncés), tout ceci visant à réduire la dépendance aux importations alimentaires de 25 % et à créer des milliers d’emplois ruraux. Si ces dynamiques se concrétisent, la zone Cemac pourrait rapidement devenir un hub continental de production de café et de cacao, et ainsi amorcer un véritable virage de diversification économique. 

Toutefois, le développement agricole, et même minier, ne peut se faire sans infrastructures robustes, et la Cemac investit massivement pour améliorer routes, voies ferrées, ports et production d’énergie. L’extension de la route Yaoundé-Douala ; la modernisation du port de Douala (300 mds de F CFA) pour accélérer l’export des produits agricoles et miniers ; la rénovation du chemin de fer Transgabonais ; l’extension des ports d’Owendo et Libreville pour absorber l’exportation du manganèse et des produits agricoles ; la mise à niveau des routes et du chemin de fer Congo-Ocean pour connecter les zones minières et agricoles aux ports d’Owendo et Pointe-Noire ; la construction et la réhabilitation de routes d’acheminement agricole et énergétique, particulièrement vers N’Djamena et le corridor camerounais ; le développement des voies maritimes et terrestres pour relier Bioko et la partie continentale, permettant une circulation plus fluide des denrées alimentaires ; la priorité donnée aux corridors    Bangui-Bimbo-Berbérati et aux infrastructures de stockage pour réduire les pertes post-récolte : autant de projets financés à la fois par les budgets nationaux, la BAD, la Banque mondiale, la coopération bilatérale (France, Chine, UE) et des PPP locaux, pour un total cumulant plus de 1 200 mds de FCFA pour la période 20252026, capables de matérialiser ces ambitions. 

La modernisation des infrastructures s’accompagne de la création de plateformes logistiques régionales, hubs de stockage et unités de transformation. Réduire les pertes post-récolte (estimées à 15-20 % dans certains pays), valoriser les produits locaux via l’agro-industrie (cacao, manioc, maïs, huile de palme) et renforcer les filières d’exportation vers les marchés régionaux et internationaux sont autant de perspectives encourageantes pour une zone économique qui vise une souveraineté alimentaire partielle, avec une couverture de 70 % des besoins alimentaires par la production locale dès 2026.

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