LOI DE FINANCES : DIX CHANGEMENTS FISCAUX QUI VONT REDÉFINIR L’ÉCONOMIE NATIONALE EN 2026
Depuis plusieurs années, le Gabon s’efforce d’adapter son système fiscal aux mutations de son économie et aux exigences de transparence. La loi de finances 2026 marque une étape décisive de ce processus. Avec un budget global porté à 7 233,3 milliards de F CFA, dont 3 300 milliards d’investissements, l’État affiche son ambition de moderniser la collecte, d’élargir la base contributive et d’intégrer des dimensions environnementales et sociales dans la fiscalité. Après des années de réformes graduelles, l’année 2026 s’impose comme celle de la refondation fiscale, avec dix changements majeurs destinés à renforcer la souveraineté financière et la compétitivité économique du pays.
La première rupture concerne la généralisation de la facture électronique. Désormais obligatoire pour toutes les entreprises soumises à la TVA, à l’impôt sur les bénéfices professionnels ou à l’impôt sur les sociétés, elle permettra à l’administration de suivre les transactions commerciales en temps réel et de limiter les pertes estimées à plusieurs dizaines de milliards de F CFA. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 100 % de la valeur de la transaction, voire à une fermeture temporaire de l’activité. En parallèle, la dématérialisation du paiement des impôts devient une norme. Les grandes et moyennes entreprises doivent désormais passer par la plateforme e-Tax pour toute opération supérieure à 500 000 F CFA, renforçant la traçabilité et la sécurité des recettes publiques.
Autre innovation majeure, la contribution foncière unique (CFU) s’impose comme le nouvel impôt local par excellence. Appliquée aux propriétés bâties et non bâties, elle établit un barème progressif selon la valeur du bien et sa localisation. Les logements sociaux d’une valeur inférieure à 30 millions de F CFA bénéficieront d’abattements allant jusqu’à 80 %, une mesure à la fois incitative et redistributive. La CFU, dont les recettes sont destinées aux communes, permet de consolider la décentralisation financière et de doter les collectivités de ressources stables pour les services de proximité.
La réforme de la TVA constitue une autre inflexion majeure. Trois taux coexistent désormais : 18 % (taux normal), 10 % et 5 % (réduits), contre deux précédemment. Le taux réduit de 5 % s’applique aux produits de première nécessité tels que le riz, le pain, le lait ou la farine tandis que le taux de 10 % concerne le ciment, l’eau, l’électricité et certains biens produits localement. En parallèle, de nouvelles exonérations sont accordées aux secteurs agricole, éducatif, sanitaire et aux énergies renouvelables afin d’alléger le coût de la vie et d’encourager la production nationale. Ces ajustements traduisent une volonté d’équilibrer rendement fiscal et justice sociale.
L’État introduit également une taxe sur la protection de l’environnement applicable aux exploitants miniers, pétroliers et industriels ainsi qu’aux importateurs de plastiques et de produits chimiques. Son tarif, variable selon la nature de la ressource ou du déchet, alimentera un fonds destiné à la dépollution et à la transition écologique. Cette approche reflète la montée en puissance des politiques fiscales à visée environnementale sur le continent. À cette mesure s’ajoute une contribution pour l’amélioration du cadre de vie fixée à 9 % sur les factures d’électricité hors compteurs sociaux. Les recettes seront affectées à l’entretien des voiries, à l’éclairage public et à la gestion des déchets urbains, trois défis récurrents dans les agglomérations principales du pays.
Les droits d’accises sont par ailleurs revus à la hausse sur les produits de luxe ou à externalités négatives : bières, vins, tabacs, parfums et véhicules haut de gamme. Ces hausses ciblées devraient générer près de 70 mds de recettes additionnelles tout en promouvant une fiscalité plus comportementale. À l’inverse, les droits de douane sont abaissés pour certains produits de première nécessité et pour les biens provenant des zones économiques spéciales, désormais taxés à des taux compris entre 5 et 10 %. L’or, quant à lui, fait l’objet d’un droit de sortie de 1 %, marquant la volonté de capter une part de la valeur ajoutée minière sans freiner la compétitivité des opérateurs.
L’encadrement du numérique s’invite également dans la réforme. Pour la première fois, les logiciels importés ou téléchargés sont soumis à déclaration et taxation afin de combler un vide juridique dans un secteur en pleine expansion. Les droits de licence et de maintenance intègrent désormais la valeur douanière des produits numériques. En parallèle, la loi de finances accorde des exonérations ciblées pour stimuler les investissements productifs : les promoteurs immobiliers agréés pour le logement social sont dispensés de TVA et de droits de douane sur les matériaux tandis que les entreprises investissant dans les énergies renouvelables bénéficient d’avantages similaires sur les équipements solaires et hydroélectriques.
Ces dix mesures s’inscrivent dans une architecture budgétaire globalement équilibrée. Les dépenses totales atteignent 7 233,3 mds de F CFA, dont 3 819,5 mds de fonctionnement, 3 300 mds d’investissements et 113,8 mds de charges financières. L’équilibre global est assuré par une combinaison de recettes fiscales accrues et de financements ciblés permettant de maintenir un solde budgétaire nul. Dans un contexte de croissance projetée à 7,9 % hors pétrole et d’inflation contenue à 2,6 %, ces réformes traduisent la volonté du gouvernement de concilier discipline financière et soutien à l’économie réelle.
Comparé à la loi de finances 2025 qui privilégiait la stabilité et la réduction du déficit, le texte 2026 assume une logique de transformation. L’extension de la facturation électronique, l’élargissement de la TVA différenciée, la taxation environnementale et la création de la CFU constituent autant d’instruments pour accroître la transparence et la résilience des finances publiques. Conjuguées à la modernisation de la collecte et à la digitalisation des paiements, ces mesures placent le Gabon parmi les pays africains les plus avancés dans la refonte de leur modèle fiscal.
L’évolution est significative. En moins de deux ans, l’État passe d’un budget d’investissement de 592 mds de F CFA en 2025 à 3 300 mds en 2026, soutenu par une fiscalité mieux structurée et plus performante. Cette montée en puissance vise à financer la transformation économique prévue dans le Plan national de développement économique 2026-2030, où la fiscalité devient un levier stratégique au service de la diversification. L’objectif est désormais de faire de l’impôt un outil de croissance capable de soutenir l’investissement, la production locale et la transition écologique. En intégrant les exigences de transparence, de digitalisation et d’équité, le Gabon pose les fondations d’un système fiscal moderne et durable, adapté aux défis économiques et sociaux de la prochaine décennie.

