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Tribune JOURNÉE « ZÉRO DISCRIMINATION » : IMPACT DE LA DISCRIMINATION ET DE LA STIGMATISATION DES PERSONNES VIVANT AVEC LE VIH SUR L’ÉCONOMIE D’UN PAYS

Quand parle-t-on de discrimination et de stigmatisation ?

La principale différence entre la stigmatisation et la discrimination est que la stigmatisation est le fait de désigner publiquement comme différente des autres, alors que la discrimination est le fait de traiter une personne différemment des autres à cause de ce qu’elle est. La discrimination sociale peut conduire à un rejet, une exclusion sociale fondée sur des critères tels que l’origine sociale ou ethnique, la religion, le genre, l’état de santé, etc. Selon Wikipédia : « La discrimination est une attitude de différenciation objectivement injustifiée consistant à refuser à certaines personnes les droits ou avantages qui sont reconnus aux autres », elle est contraire au principe d’égalité. La stigmatisation quant à elle, est une théorie sociologique selon laquelle un sujet reçoit de la société une « étiquette », où la victime de stigmatisation est pointée du doigt, parfois humiliée sournoisement ou en public à cause de sa différence avec les autres membres de sa communauté. Selon le sociologue et linguiste américain d’origine canadienne Erving Goffman, il existe plusieurs formes de stigmatisation reconnues, en particulier vis-à-vis du VIH/ Sida, de l’albinisme, de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre, de la couleur de peau ou de l’affiliation avec une nationalité spécifique, de la religion (ou son absence), etc. Les actes de discrimination et de stigmatisation peuvent provenir notamment de la famille, de la communauté environnante, des corps habillés, des hommes de loi, mais également des prestataires de soins.

Que représente la journée « zéro stigmatisation »

La journée « zéro discrimination » est une journée internationale instituée par l’Onusida et commémorée chaque année le 1er mars. Cette journée a été instaurée dans la perspective de mettre en avant les problèmes liés aux discriminations et de les combattre. La journée « zéro discrimination » ne vise pas exclusivement à promouvoir le refus de la discrimination à l’endroit des personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH). C’est beaucoup plus un appel à l’endroit de chaque personne partout dans le monde afin de promouvoir et de célébrer les droits de chaque individu à vivre dans la dignité, indépendamment de son apparence, de son origine, de son orientation sexuelle ou de son état de santé.

La discrimination/stigmatisation des personnes vivant avec le VIH et la prévalence du VIH

Dans une société ou un pays où la discrimination et la stigmatisation sont élevées, le risque que les personnes n’aillent pas se faire dépister de peur d’être stigmatisées est plus important, tandis que celles connaissant leur statut sérologique vont parfois choisir de ne pas se faire traiter par crainte d’être surprises par des amis ou connaissances lorsqu’elles se rendent au service de prise en charge. Cette situation est l’une des causes de l’augmentation du nombre de nouvelles infections. Le phénomène dit « perdu de vue », qui voit des personnes disparaître du circuit de prise en charge, est parfois dû à la peur de la stigmatisation/discrimination. Au Gabon, même en absence d’étude et de données, le phénomène de stigmatisation et de discrimination est très fréquent à plusieurs niveaux, y compris au niveau médical.

Impact de la stigmatisation et de la discrimination sur la santé

La stigmatisation en santé mentale a un fort impact sur le quotidien des personnes touchées. C’est un fardeau qui s’ajoute aux symptômes des pathologies. Le poids du diagnostic et les discriminations conséquentes représentent parfois même la difficulté majeure à laquelle la personne doit faire face. Quand la discrimination ou la stigmatisation deviennent une cause de non-accès aux services, à l’emploi, aux besoins de base tels que le logement et les soins, les conséquences se répercutent sur le bien-être et la qualité de vie de la personne victime.

Impact de la stigmatisation et la discrimination sur l’économie

D’une part, les discriminations peuvent être économiquement pénalisantes : refus de l’emploi, refus d’un crédit, refus d’un traitement de bonne qualité, refus d’un avancement au travail malgré la performance, refus d’une bourse d’études, etc. L’autostigmatisation peut également provoquer les mêmes effets économiques : manque de confiance en soi, manque d’estime de soi, isolement social, avec pour conséquence la perte d’opportunité de développement personnel et de développement économique. Il est donc clair que l’élimination de la stigmatisation et de la discrimination induirait, à terme, un gain substantiel en croissance et en revenu, sur le plan individuel et sur le plan global. D’autre part, quand une personne vivant avec le VIH abandonne son traitement à cause de la discrimination/stigmatisation, il est fort probable que la personne coûtera plus cher au gouvernement et à sa famille. Ensuite, lorsqu’elle décide de retourner dans le circuit de prise en charge, elle se heurte au coût élevé des examens pour la reprise du traitement, doit parfois passer à la 2e ligne de traitement, est exposée au risque de maladies opportunistes et de leurs conséquences, au risque d’hospitalisation avec tous les coûts relatifs, etc. Dans certaines situations, la stigmatisation et la discrimination peuvent conduire à la dépression des victimes et conduire à l’absentéisme au travail, voire à l’abandon. Tout ce qui précède induit un coût direct et indirect qui devrait attirer l’attention des acteurs de développement.

Au 21e siècle, des actions efficaces s’imposent pour lutter contre ces fléaux

Depuis des années, la peur de la contagion a souvent justifié la méfiance à l’égard des PVVIH, leur isolement et leur rejet. Les personnes porteuses du virus ont été considérées comme potentiellement dangereuses pour la société, car susceptibles de propager la maladie. Ces croyances semblent parfois encore vivaces à l’heure actuelle. Or aujourd’hui, nous savons qu’une personne séropositive sous traitement et avec une charge virale non détectable est considérée comme non infectieuse. De ce fait, les PVVIH bénéficiant d’un traitement ARV sont beaucoup moins « dangereuses » pour la société que celles qui ignorent leur statut sérologique. Dans ces conditions qui devrions-nous vraiment craindre, le séropositif ou le séro-ignorant ? En résumé, bien que peu d’études économiques aient pu être proposées pour démontrer l’impact économique de la discrimination et de la stigmatisation, il est indéniable que cette corrélation de cause à effet existe. La lutte contre la stigmatisation et la discrimination doit de ce fait être l’affaire de tous, à commencer par les victimes, les observateurs et enfin les responsables des actes de discrimination et de stigmatisation. L’Onusida a choisi le papillon comme symbole de cette journée parce que cet insecte est reconnu comme symbole de métamorphose, une métamorphose que nous sommes tous invités à faire afin de changer la donne. La lutte contre la discrimination et la stigmatisation doit faire partie des priorités pour le développement durable.

le 23 mars 2022

Françoise Ndayishimiye

Onusida, Discrimination, VIH


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