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Interview Union Européenne et Union Africaine, une Histoire au Long Cours

Madame Rosario Bento Pais est titulaire d’un master en Droit avec distinction de l’Institut européen d’administration publique de Maastricht et d’un master en Relations internationales avec distinction à l’Université du Minho, au Portugal. Son Excellence est aussi polyglotte, puisqu’elle s’exprime couramment en portugais, en français, en anglais, en espagnol et en suédois. Diplomate expérimentée, elle a occupé pendant une vingtaine d’années différents postes au sein des institutions européennes tels que : cheffe de l’unité Société civile et fondations à la Commission européenne, au sein de la direction générale de la Coopération internationale et du développement ; cheffe d’unité à la direction générale Action Climat, membre du cabinet du commissaire à l’Agriculture; adjointe au directeur général à la direction générale de l’Environnement ; cheffe adjointe de l’unité internationale des négociations dans le cadre de la Convention sur le changement climatique, négociatrice juridique à la direction générale de l’Environnement sur les accords multilatéraux pour l’environnement. C’est en octobre 2019 que cette brillante diplomate a présenté ses lettres de créance à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Ali Bongo Ondimba. Seize mois après son entrée en lice en terre gabonaise, S.E. Madame l’Ambassadrice accepte de répondre à quelques questions et nous l’en remercions.

 

Les Échos de l’Eco : Excellence, Madame Bento Pais, en peu de temps l’Union européenne (UE) s’est positionnée sur de nombreux sujets et nos lecteurs sont intéressés par votre implication, notamment quant aux perspectives de l’accord post-Cotonou qui entrera en vigueur au plus tard le 1er décembre 2021. La mise en place de la zone de libre-échange commerciale (Zlecaf) constitue un enjeu important dans les discussions entre l’UE et les autorités gabonaises. Quelles sont vos perspectives ? 

Les négociations post-Cotonou lancées en septembre 2018 en marge de l’Assemblée générale des Nations unies avaient pour objectif de parvenir à un accord sur un nouveau traité succédant à l’accord de Cotonou. Le nouvel accord de partenariat se compose d’une «base commune» qui expose les valeurs et les principes unissant les pays concernés et précise les secteurs stratégiques prioritaires de collaboration entre les 2 parties : 1) les droits de l’homme, la démocratie et la gouvernance, 2) la paix et la sécurité, 3) le développement humain et social, 4) la viabilité environnementale et le changement climatique, 5) la croissance et le développement économiques durables et inclusifs, et 6) la migration et la mobilité. Le nouvel accord de partenariat associe cette base commune à trois protocoles régionaux clés axés sur l’action (Afrique, Caraïbes, Pacifique), avec un accent sur les besoins de chaque région. 

Cela permettra d’adopter une approche régionale inédite et mieux adaptée aux besoins de chaque région. Une gouvernance propre aux protocoles régionaux sera appliquée pour gérer et piloter les relations entre l’UE et les différentes régions concernées, notamment à travers des commissions parlementaires conjointes. Il y aura également un cadre global commun UE–Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP), avec une forte participation parlementaire. 

Le 3 décembre 2020, les négociateurs en chef de l’UE et de l’OEACP sont parvenus à un accord politique sur le texte d’un nouvel accord de partenariat succédant à l’accord de Cotonou. L’accord, qui devra être approuvé, signé et ratifié par les parties, couvrira un grand nombre de secteurs, du développement et de la croissance durable aux droits de l’homme, à la paix et à la sécurité, et sera axé sur une mise en œuvre fondée sur les priorités régionales. Une fois ratifié, l’accord servira de nouveau cadre juridique et règlementera les relations politiques, économiques et en matière de coopération entre l’UE et les 79 membres de l’OEACP pour les vingt prochaines années.

Pour pouvoir entrer en vigueur, l’accord doit être conclu ou ratifié par un nombre minimal de parties. Sa date d’effet a été annoncée pour le 1er décembre 2021 au plus tard.

Pour ce qui concerne la Zlecaf, lancée en 2012, elle a pour objectif de réunir 55 États africains comptant 1,2 milliard de personnes, dont le produit intérieur brut (PIB) combiné est estimé à plus de 2 300 trillions de dollars en 2018. À ce jour, 54 États africains ont signé cet accord et 30 pays l’ont ratifié. Ces chiffres démontrent, à mes yeux, une volonté politique forte de la part des dirigeants africains de renforcer l’intégration régionale. La Zlecaf débouchera in fine sur la création d’un marché de biens et de services continental unique et sur la libre circulation des personnes et des investissements.

Comme vous le savez, de nombreux pays africains sont richement dotés en ressources naturelles. C’est le cas du Gabon. Pourtant, selon les données des Nations unies, en termes d’exportation, parmi ses 40 premiers partenaires commerciaux, il n’y a aucun pays africain. Le Gabon exporte plus vers le Kazakhstan que vers le Nigeria, son premier partenaire commercial africain. Coûts commerciaux liés aux droits de douane, lenteur d’application des engagements tarifaires à la base des accords de libre-échange, faible harmonisation des règles commerciales, mauvais état de l’infrastructure et faible connectivité sont autant de facteurs qui font qu’il est beaucoup moins onéreux pour les entreprises africaines d’exporter à l’extérieur du continent que de faire du commerce intra-africain.

La Zlecaf permettra aux pays africains comme le Gabon de diminuer leur dépendance aux exportations des ressources minières et garantira des sources de revenus et de devises plus durables et inclusives. De plus, la réalisation d’une zone de libre-échange africaine augmentera les opportunités d’emploi pour les jeunes quand, chaque année, 30 millions d’Africains arrivent sur le marché du travail. 

Forte de sa propre expérience du marché unique, l’Union européenne soutient la Zlecaf et reste déterminée à soutenir sa mise en œuvre. Le soutien à la Zlecaf fait partie des piliers de l’alliance Afrique−Europe pour un investissement et des emplois durables, qui vise à renforcer les relations économiques et commerciales entre les deux continents et s’inscrit directement dans le Plan d’investissement extérieur de l’UE. 

La mise en œuvre d’un marché commun n’est pas chose aisée, notamment quand il est question de 54 États. Dans le cadre européen, le marché commun a été instauré avec le traité de Rome en 1957. Il a pourtant fallu attendre 36 ans pour que le marché unique, reposant sur les quatre libertés – libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux–, soit réalisé. 

Je suis persuadée que la réalisation de la Zlecaf renforcera la cohésion de la politique commerciale de l’Afrique. Cela permettra notamment aux États africains de s’engager de manière plus cohérente et coordonnée dans les accords commerciaux avec le reste du monde. La zone de libre-échange ouvrira ainsi la voie à l’accélération de la création de l’Union douanière continentale et de la Communauté économique africaine, comme le prévoit le traité d’Abuja. Enfin, la Zlecaf contribuera à la mise en œuvre de l’Agenda 2068 qui vise à créer une communauté africaine en mesure de répondre aux défis actuels majeurs tels que le changement climatique et les inégalités.

L’UE et le Gabon ont des priorités communes. Le climat et la protection de la biodiversité sont quelques-unes d’entre elles. Vous adhérez à l’action ambitieuse que mène le Gabon sur le climat et au rôle de leader qu’il tient sur le plan panafricain. Quel rôle jouez-vous ? 

Vous avez raison, l’environnement et le climat sont des «priorités partagées» entre l’Union européenne et le gouvernement gabonais. Le Gabon possède une biodiversité et des caractéristiques environnementales uniques au monde. De plus, le territoire gabonais est couvert à 85% par la forêt, ce qui fait du Gabon le 2e poumon de la planète. Il y a un intérêt international à le protéger. 

L’UE est engagée auprès du Gabon depuis près de 30 ans (1992) en matière de protection de la biodiversité, à travers les différentes générations du programme régional Ecofac (appui pour la préservation de la biodiversité et les écosystèmes fragiles en Afrique centrale). Juste pour vous donner un chiffre, depuis 2017, l’UE a soutenu le fonctionnement de l’ANPN et les parcs de la Lope, Waka et Mayumba à hauteur de 4,59 mds de F CFA. 

Nous sommes heureux de voir que le président de la République gabonaise prend un leadership certain au niveau international en matière de protection de l’environnement et de lutte contre le réchauffement climatique. Ses dernières positions sont pleines d’engagement et démontrent une réelle volonté politique. L’UE ne peut que soutenir cette initiative louable au bénéfice des générations futures. 

L’UE se propose, notamment à travers la programmation de la coopération pour les années 2021–2027, d’accompagner le gouvernement dans sa stratégie de transition vers une économie verte, vitale pour le Gabon. Nous souhaitons non seulement aider à protéger la biodiversité sur terre, mais aussi dans les territoires marins, y compris pour les mangroves, qui ont des fonctions écologiques essentielles et contribuent à protéger les côtes contre l’érosion. Le changement climatique et la pollution ont accéléré la destruction de la biodiversité (faune et flore) qui a besoin d’être davantage préservée pour les générations futures. Plus qu’un intérêt partagé, c’est un combat commun que nous souhaitons mener à travers notre coopération.

L’UE est bien entendu préoccupée par les actions de piraterie maritime dans le golfe de Guinée. Quels sont les fondements de la coopération au niveau régional ?

Comme vous devez le savoir, en juin 2013, les gouvernements des pays du golfe de Guinée et des pays voisins ont signé un code de conduite pour la répression de la piraterie maritime en Afrique occidentale et centrale, également connu sous le nom de « Code de conduite de Yaoundé ». Son objectif principal est de promouvoir la coopération maritime régionale ainsi qu’un environnement maritime stable qui puisse contribuer à la prospérité régionale.

En 2014, conformément aux objectifs du «processus de Yaoundé», l’UE a adopté une stratégie pour le golfe de Guinée visant à soutenir les efforts déployés au niveau régional pour relever les nombreux défis de l’insécurité maritime et de la criminalité organisée dans le cadre de l’approche globale de l’UE à l’égard de l’Afrique occidentale et centrale. 

L’UE est depuis lors déterminée à améliorer la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et contribue activement au développement des capacités locales des États côtiers de la région, notamment à travers le programme régional Passmar, programme d’appui à la sécurité et sûreté maritime en Afrique centrale, signé avec la CEEAC en 2018 pour un montant de 10 millions d’euros.

Ainsi, à travers ce programme régional, le Gabon a pu bénéficier en 2019 d’une formation pour les magistrats sur la lutte contre la piraterie et autres crimes maritimes ainsi que d’un appui qui a pris la forme d’un procès fictif avec des officiers de police judiciaire gabonais, en coopération avec la marine gabonaise et la marine française.

À l’image des États côtiers de la sous-région, le Gabon a également pu bénéficier de l’action du programme GoGIN (2016–2020), 8,5 millions d’euros, dont l’objectif premier a été de contribuer à améliorer la sûreté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée en apportant un soutien technique aux structures nationales et transnationales chargées de la lutte contre les activités maritimes illégales, de l’assistance aux navires et aux personnes et de la lutte contre la pollution afin de favoriser l’économie bleue. 

Plus particulièrement, dans le cadre du projet GoGIN, le Gabon a fait l’objet d’une évaluation complète de ses besoins nationaux en matière de sécurité maritime et d’action de l’État en mer. Par ailleurs, le Gabon a bénéficié, au travers de son personnel, de différentes actions de formation organisées à l’étranger.

Où en êtes-vous concernant la restriction de l’exportation des thons pêchés en eaux gabonaises et l’idée d’industrialiser la filière en développant des infrastructures portuaires pour transformer localement cette richesse en emplois et en plus-value nationale ?

L’UE et le Gabon ont paraphé le 10 février 2021 un nouveau protocole à l’Accord de partenariat de pêche durable (APPD) qui autorise l’accès des navires de l’UE dans les eaux gabonaises pour les cinq ans à venir dans le cadre du développement et de la transformation du secteur de la pêche au Gabon. D’une valeur globale d’environ 17mds de FCFA, ce protocole permettra de renforcer la gouvernance des pêches, la protection de l’environnement marin et le soutien à la création d’emplois et d’activités dans le secteur de la pêche.

Ce nouveau protocole ouvre un cadre de gouvernance stratégique avec le Gabon contribuant à la préservation des ressources maritimes et à la diversification de l’économie nationale, en cohérence avec le Plan stratégique Gabon émergent 2025 (PSGE 2025) et la politique de partenariat de l’UE. Ce partenariat s’inscrit ainsi dans la volonté du Gabon de renforcer l’industrialisation du secteur et la création d’emplois à travers des incitations au débarquement des captures dans les ports gabonais, ainsi qu’à l’embarquement de marins et d’observateurs gabonais sur les navires européens.

Ce nouveau protocole garantit le respect des principes fondamentaux de la politique commune de la pêche de l’UE, fondés sur la durabilité, les bénéfices, la cohérence et la transparence. En effet, en appuyant le secteur de la pêche au Gabon, l’UE contribue notamment à la bonne gouvernance des océans et à la promotion d’une pêche durable. Elle participe également à la promotion de la recherche scientifique et d’une pêche responsable au Gabon.

L’accès des navires thoniers européens aux eaux et aux ressources halieutiques de la zone de pêche du Gabon sera autorisé en contrepartie d’une contribution financière de l’UE d’un montant annuel de 1,05md de FCFA. En outre, l’UE contribuera à hauteur de 656millions de FCFA par an au renforcement des capacités scientifiques, à l’observation et la gestion de l’environnement marin, aux mesures de protection des aires marines protégées et à la gestion durable des stocks, à la surveillance de la pêche, ainsi qu’à la lutte contre la pêche illicite. À cela s’ajoutera, en fonction du niveau de captures, une contribution des armateurs européens à hauteur d’environ 1,7 md de FCFA par an.

Ce nouveau protocole entrera en vigueur dès que le processus de validation par les deux parties sera parvenu à son terme, ce qui est envisageable d’ici le mois de juillet 2021.

Vous avez accompagné le Gabon dans sa lutte contre la pandémie de Covid-19. À quelle hauteur ? Sous quelle forme ? 

Dès le début de la crise, l’UE s’est mobilisée rapidement pour faire face à cette crise sanitaire sans précédent. En tant que premier donateur au niveau mondial et puissance économique majeure, l’UE a fait tout ce qu’elle pouvait pour lutter contre la crise du coronavirus, pas uniquement en Europe, mais aussi en faisant preuve de solidarité avec le reste du monde. Tout en soutenant la coopération internationale et les solutions multilatérales dans le cadre de cette crise, l’approche suivie par l’UE a été celle du programme «Équipe d’Europe» lancé le 9 avril 2020.

Cette approche signifie que l’UE a fait appel aux contributions de toutes les institutions de l’Union en combinant les ressources mobilisées par les États membres de l’UE et les institutions financières, notamment par la Banque européenne d’investissement (BEI).

Au niveau mondial, l’action collective de l’UE a visé principalement à répondre à la crise sanitaire et aux besoins humanitaires qui en découlent, à renforcer les systèmes de santé, d’approvisionnement en eau et d’assainissement des pays partenaires, ainsi que les capacités de recherche et de préparation de ces pays face à la pandémie, et à atténuer les conséquences socio-économiques de la crise. 

Le soutien financier global initialement promis s’élevait à 20 mds d’euros environ et combinait des ressources provenant de l’UE, de ses États membres et d’institutions financières, en particulier la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Au 1er novembre 2020, l’Équipe d’Europe avait mobilisé 38,5 mds d’euros et versé 19,23 mds d’euros en paiements.

De plus, le pont aérien humanitaire de l’UE a assuré 68 vols à destination de 21 pays d’Afrique, d’Asie et des Amériques, permettant ainsi d’acheminer plus de 1 150 tonnes d’équipements médicaux et humanitaires vitaux et de transporter 1700 membres du personnel médical et humanitaire ainsi que d’autres passagers.

Au niveau du Gabon, l’Union européenne n’a pas manqué à son devoir de solidarité et s’est tenue aux côtés du Gabon durant cette période difficile, qui n’est pas encore achevée. Le soutien de l’UE s’est aligné sur le Plan national de préparation et de riposte du gouvernement en concertation avec nos États membres et les autres partenaires internationaux, en ciblant à la fois les besoins des autorités nationales et ceux des organisations non gouvernementales qui travaillent au plus près des populations, notamment les populations les plus démunies, les femmes et les enfants.

Parmi les interventions de l’Union européenne et de ses États membres menées depuis mars 2020, je citerais quelques exemples qui ont contribué au renforcement du système sanitaire en vue d’appuyer la riposte du Gabon contre la pandémie de Covid-19.

Avec la participation de l’ambassade d’Espagne, l’UE a appuyé le CHU Fondation mère-enfant Jeanne Ebori de Libreville en le soutenant, en coordination et collaboration avec le Comité de pilotage (Copil) chargé de la lutte contre la pandémie, par un financement à hauteur de 66 millions de F CFA, par la fourniture d’équipements sanitaires d’urgence, de matériel de protection du personnel, de mobilier et de matériel informatique.

Avec la participation de l’AFD, l’UE a appuyé l’ONG 3S (Port-Gentil) en la soutenant par un financement à hauteur de 235 millions F CFA pour contribuer à la santé des femmes et des jeunes dans le contexte de la pandémie de Covid-19 au Gabon. 

L’UE a également financé à hauteur de 216 millions de F CFA l’ONG Arc-en-Ciel pour contribuer à la garantie du système de protection des enfants en difficulté au Gabon dans le cadre de la crise de la Covid-19.

Lancé en novembre 2019, le projet «Cap sur l’autonomisation des jeunes au Gabon» financé par l’UE à hauteur de 3,28 mds de F CFA devrait contribuer à atténuer les impacts socio-économiques de la pandémie à moyen terme en donnant accès à une formation professionnelle de qualité à 16000 jeunes, complétée par des stages en entreprise et des opportunités accrues d’emploi. 

Sur la base des besoins exprimés par le ministère de la Santé en termes de consommables médicaux dans la riposte contre la Covid-19, l’Union européenne devrait pouvoir bientôt lancer un marché de fournitures d’un montant de 195 000 000 de F CFA pour fournir le personnel de santé au Gabon en équipements de protection individuelle.

Enfin, tout récemment, conjointement avec le ministère de la Santé, l’Équipe d'Europe a lancé la campagne de sensibilisation
«COVID19OUT ! » pour promouvoir la prévention de la pandémie auprès du grand public et dont la championne internationale de
basket-ball Géraldine Robert est l’égérie, en qualité d’ambassadrice de bonne volonté de l’Union européenne au Gabon. La DUE est également sur le point de lancer la campagne
«#ZéroViolencevsNosFemmesetFilles» pour sensibiliser le grand public à la problématique de la violence basée sur le genre et à la vulnérabilité des femmes et des filles durant la pandémie de Covid-19.

Concernant les programmes régionaux de l’UE dont le Gabon a pu bénéficier, je voudrais en citer trois.

La formation de 2 semaines aux sapeurs-pompiers a été financée par l’UE en collaboration avec la France et dispensée par Expertise France. Cette formation est intervenue dans le cadre de l’initiative européenne relative aux centres d’excellence dans les domaines chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN) dont le Gabon est bénéficiaire depuis 2013 avec un appui atteignant 2,7 millions d’euros. Elle avait pour objectifs de renforcer les capacités des premiers intervenants en cas d’incidents CBRN et dans la gestion des crises épidémiques telle que la pandémie de Covid-19 en cours.

Les régions frontalières, notamment en Afrique centrale, sont particulièrement touchées par la pandémie : la fermeture des frontières prive les populations frontalières de leurs moyens de subsistance du commerce transfrontalier. Pour soutenir cette lutte dans les régions frontalières, l’UE et l’Allemagne, sous la bannière «Équipe d'Europe», ont intensifié leur soutien au «Programme Frontières» de la CEEAC. Dans ce cadre stratégique, afin d’assurer le bon déroulement des processus de détection et dépistage des cas aux frontières, les capacités du personnel local seront renforcées en matière de lutte contre la propagation de la pandémie aux postes frontières. Cela contribuera à une réouverture davantage sécurisée des zones frontalières.

Face à la pandémie de Covid-19, le projet de l’UE pour un «Transport plus sûr des marchandises dangereuses par route et par voie ferrée dans la région de la façade atlantique africaine» (Sectrans AAF), mis en œuvre par Expertise France, met à disposition de tous les pays partenaires francophones un module d’apprentissage à distance visant à lutter contre la pandémie de Covid-19. L’objectif était de transmettre aux bénéficiaires les bonnes pratiques en matière de prévention, de gestion et de mitigation liées au risque biologique. 

Avez-vous finalisé vos études et analyses de la situation économique et sociale du Gabon ? L’Union européenne est-elle en mesure de présenter son programme d’actions pour la période 2021–2027 ?

Notre analyse rejoint les constatations faites quant aux défis auxquels le Gabon est confronté aujourd’hui tels que la réduction de sa dépendance à l’égard des exportations de pétrole, la diversification de son économie, la réduction de sa dépendance vis-à-vis des importations, l’amélioration de l’environnement des entreprises, le renforcement de l’intégration commerciale régionale, la réduction de la pauvreté et l’exploitation durable de ses ressources naturelles. Tout cela dans un contexte pandémique qui a impacté fortement les conditions socio-économiques des Gabonais, notamment les couches de la population les plus défavorisées. En partenariat avec la Banque mondiale, une étude sur l’impact de la Covid-19 sur le secteur privé a récemment été menée, par exemple. 

La programmation dans le cadre du partenariat 2021–2027 avec le Gabon est toujours en cours. Afin de mieux identifier les défis auxquels le pays est confronté pour pouvoir diversifier son économie, la Délégation a demandé de réaliser les études approfondies sur le secteur forestier, l’éco-tourisme, le secteur agricole ainsi que le secteur de la pêche, également en collaboration avec la Banque mondiale. Tous ces aspects nous aideront à finaliser le projet du futur programme indicatif multi-annuel de l’Union européenne pour la période 2021–2027. Les consultations avec les différents partenaires et bénéficiaires ont été faites pour mieux comprendre les enjeux des représentants gabonais, politiques et de la société civile. Nous avons déjà mené des discussions avec le gouvernement sur nos réflexions préliminaires par rapport aux domaines prioritaires de coopération lors de notre dialogue politique, mais également lors de sessions dédiées, notamment avec le ministère de l’Économie et de la Relance. Nos échanges indiquent une convergence sur ces priorités et nous attendons des retours concrets de la part des administrations en lien avec nos propositions. Comme déjà indiqué précédemment, l’UE propose d’accompagner le gouvernement dans la réalisation de sa transition économique et sociale vers une « économie verte » qui soit à la fois génératrice de croissance, créatrice d’emplois et protectrice de l’environnement. Tout ceci nécessite un cadre global, y compris de bonne gouvernance, que l’UE se propose d’aider à mettre en œuvre. Ceci est encore en discussion avec le gouvernement et au niveau de notre siège, et nous devrions finaliser cette programmation dans les mois à venir. 

Y a-t-il un autre point que vous souhaiteriez aborder ?

Pour conclure, je voudrais mentionner la nouvelle stratégie entre l’Union européenne et l’Afrique qui inclut des partenariats dans cinq domaines différents: la transition verte; la digitalisation; la croissance durable et les emplois; la paix et la gouvernance; la migration et la mobilité. L’UE voudrait marquer un tournant vers une approche fondée sur les partenariats. Parallèlement, dans le cadre du prochain cycle budgétaire 2021–2027 de l’UE, le nouvel Instrument de voisinage, de coopération au développement et de coopération internationale (NDICI) allouera la plus grande partie des fonds pour favoriser les investissements durables, en particulier en Afrique. 

Afin d’augmenter de manière considérable les investissements durables d’un point de vue environnemental, social et financier, et résilients face aux effets du changement climatique, de promouvoir les possibilités d’investissement en renforçant la capacité du secteur privé et l’utilisation de mécanismes de financement innovants et de stimuler l’intégration économique régionale et continentale, notamment par l’intermédiaire de l’accord sur la zone de libre-échange continentale africaine, l’UE a mis en place un Plan d’investissement extérieur (PIE) en mobilisant des financements par l’intermédiaire du Fonds européen pour le développement durable visant à développer le secteur privé et améliorer le climat des affaires afin de soutenir les investissements pour le développement dans les pays partenaires. Le PIE mobilise aussi des prêts (souverains ainsi qu’au secteur privé) et des subventions combinées (mixage de fonds) avec la coopération de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui est actuellement en train d’étudier deux projets pour le Gabon, dans la gestion de déchets et la protection littorale. Les projets de la BEI sont liés à la protection de l’environnement et du climat, mettant l’accent sur l’énergie propre, les technologies innovantes et la transformation numérique, autant d’éléments qui joueront un rôle majeur dans la modernisation et la décarbonation de tous les secteurs. Le PIE apporte aussi une assistance technique afin de créer un dialogue stratégique et politique (sectoriel) sur les réformes prioritaires.

le 1 mars 2021

Anne-Marie Jobin


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