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Interview Assala Est le Nom d’une Espèce d’Éléphant de Forêt, Plus Agile… Est-ce Aussi la Définition que l’on Prête au 2e Exploitant Pétrolier du Gabon ?

Assala est un spécialiste du redéveloppement des champs matures. C’est le 2e producteur de pétrole du Gabon. Il a repris les actifs de Shell-Gabon en novembre 2017. C’est depuis Londres, en 2019, que nous avons appris le renouvellement des permis de production onshore accordés pour les 25 prochaines années ainsi que l’acquisition de trois nouveaux permis d’exploration aux alentours de Gamba au Sud (Mutamba Iroru II) et de Rabi au Nord (Ozigo II et Nziembou II). Objectif : redynamiser la production et prolonger le cycle de vie des ressources naturelles sur les permis qui lui ont été confiés. 

Monsieur Daniel Marini est aux commandes d’Assala Gabon depuis octobre 2020. Géologue de formation, docteur en géologie et métallogénie, Daniel Marini a occupé des postes de direction à l’international au sein de plusieurs opérateurs miniers de premier plan, notamment pour le groupe Eramet en tant que directeur des mines de la société Le Nickel (Nouvelle Calédonie) ou encore en tant qu’administrateur et DG de Grande Côte Opérations (Sénégal). Daniel Marini connaît bien le Gabon où il a travaillé près de 5 ans dans le Haut-Ogooué pour le compte de la Comilog, notamment en tant que directeur de la mine de Moanda.

Au cours de l’année 2020, les restrictions liées à la pandémie ont forcément eu un impact sur le programme d’investissements et les projets opérationnels d’Assala Gabon. Monsieur Marini a accepté de répondre à ces quelques questions.

 

Échos de l’Éco : Vos activités d’exploitation sont-elles freinées par la pandémie ? 

En introduction, je voudrais tout d’abord préciser qu’en ligne avec nos valeurs fondamentales, en 2020, nous nous sommes totalement focalisés sur la protection de l’ensemble de nos travailleurs, internes ou sous-traitants, sans oublier les communautés locales qui nous accueillent. Ainsi, nous sommes fiers d’avoir évité que quiconque travaillant sur nos sites d’exploitation soit touché par ce maudit virus. En effet, grâce à une gestion drastique, à des mesures très strictes et à notre politique d’hygiène et de sécurité, nous avons su nous maintenir et nous adapter. Nous ne comptons aucun cas de Covid, à date (fin février 2021), sur nos sites de production. C’est ainsi que, malgré les conséquences extérieures ressenties en lien avec la pandémie, tant sur le plan sanitaire qu’économique, nous avons gardé le cap et continué à protéger nos personnels en ne licenciant personne et en n’inscrivant personne au chômage technique durant toute cette année très difficile. J’en profite pour ajouter que de fin 2019 à ce jour, Assala Energy peut s’enorgueillir de compter 3,4 Mh de travail sans aucun accident de travail avec arrêt (LTI).

Revenons à votre question. De mars à décembre 2020, nous avons marqué une pause dans le redéveloppement de nos champs. Tous les «work-over» (travaux d’optimisation et de reprise de puits anciens), tous les nouveaux forages de puits, ont été stoppés. L’outil de production a été maintenu en activité, donc l’exploitation s’est poursuivie, mais l’arrêt des investissements productifs a laissé place au déclin naturel de la production. Alors que depuis le départ de Shell, Assala Gabon avait atteint un niveau de production record de 60000 barils/jour en mars 2020, cette production s’est naturellement repliée vers 45000 barils/jour actuellement.

Mais depuis quelques semaines, nous avons redémarré en toute sécurité nos travaux sur les puits et reprendrons le forage de nouveaux puits d’ici un mois. Je suis donc très confiant quant à une future remontée de notre production. Assala applique une philosophie «gagnant/gagnant», flexible et très réactive. Nous sommes animés par une volonté sans faille, nous travaillons avec courage et détermination à la prolongation de la vie de nos champs pétroliers et à l’augmentation de notre production.

Quelles sont vos priorités et quels investissements avez-vous consentis pour les réaliser ? 

Tout d’abord rappelons qu’Assala et ses actionnaires n’ont jamais cessé d’investir. En trois ans (fin 2017 à 2020 inclus), ce sont près de 625 millions de dollars (339mds de FCFA) qui ont été investis au Gabon. Les prévisions du programme d’investissements déjà en cours pour l’année 2021 sont de l’ordre de 160 millions de dollars.

Durant cette période difficile de 2020, si nous avons mis en pause les investissements productifs, nous n’en avons pas moins maintenu les investissements consacrés à l’intégrité et la sûreté de l’outil de production. Par exemple, la bouée d’amarrage et de chargement des pétroliers du terminal de Gamba, par laquelle transite 30% du pétrole exporté du Gabon, a été remplacée fin 2020. Dès son arrivée, Assala a constaté que cet élément important pour les «lifting» (chargement des pétroliers) était vétuste et, nos études l’ont montré, à risque. Aussi a-t-il été décidé de la remplacer et de réparer l’ancienne pour avoir un « back-up ». Un investissement important de près de 25 millions de dollars, une réussite technique, environnementale et sécuritaire. La bouée est opérationnelle et depuis, plusieurs amarrages et chargements de pétroliers se sont déroulés avec succès.

Nous portons également une attention particulière aux populations voisines de nos sites d’exploitation : l’acquisition d’un bac de transport fluvial pour désenclaver la commune de Gamba et ses communautés vers le réseau routier national, le soutien à la SEEG pour fournir du gaz destiné à la génération électrique, la réfection des routes et des écoles, le financement du prix d’Excellence des meilleurs élèves et le soutien au lycée de Gamba, des donations dédiées à la lutte contre la pandémie de Covid, etc. Bien sûr, il y a aussi nos activités environnementales pour protéger la faune et la flore avec le Smithsonian Institut et plusieurs ONG. Ces projets permettront par exemple, dans le cadre de la gestion du conflit homme-faune, de protéger à la fois les éléphants et les plantations des agriculteurs. Des études sur l’enrichissement des sols sont également en cours et financées par Assala Gabon afin de favoriser une agriculture plus productive en savane plutôt que sur brulis en forêt. Les projets ne manquent pas, y compris à Port-Gentil. Ils sont tous étudiés avec attention et dans le respect de nos règles de gouvernance.

Combien de nouveaux puits avez-vous forés ?

De début 2018 à fin 2020, je devrais dire mars 2020 avec l’arrêt dû à la pandémie, nous avons foré 18 nouveaux puits. Nous avons aussi réalisé 68 travaux d’optimisation et de reprise de puits (« work-over »), permettant ainsi de dynamiser et augmenter la production de nos champs. Je tiens à remercier nos équipes pour le travail exceptionnel réalisé à de très bonnes fins. 

Vous êtes le propre opérateur de vos infrastructures, notamment d’un réseau de pipelines à terre et d’un terminal à Gamba. Est-ce une volonté de ne pas sous-traiter, de ne pas mutualiser ? Si oui, pourquoi ? 

Opérer ses propres infrastructures ne signifie en rien refuser la sous-traitance. Les infrastructures telles que les pipelines d’évacuations et le terminal export sont parties intégrantes de notre chaîne de valeur, puisque nos champs sont situés très loin des zones de consommation ou de commercialisation. Par ailleurs, l’accès à des infrastructures telles que les nôtres diminue le risque commercial pris lors de nos investissements en exploration du fait des possibilités de raccordement aisé et rapide de toute nouvelle découverte. C’est l’une des raisons pour lesquelles Assala a acquis trois nouveaux permis d’exploration en 2019, dans la zone autour de nos infrastructures existantes.

En revanche, nous préférons effectivement, chaque fois que cela est possible, travailler avec des entreprises locales, toujours dans le but d’apporter de la valeur ajoutée au pays. À ce titre, en 2020, nous avons collaboré avec plus de 300 entreprises gabonaises, ce qui représente environ 320 millions de dollars, dont 3,5 millions rien que sur la ville de Gamba.

Par où transite la production pétrolière du Gabon ? Quelle est la principale destination finale ? 

La majeure partie de la production d’Assala Gabon et de celle de plusieurs autres pétroliers passe par le Sud, c’est-à-dire le terminal de Gamba et la fameuse bouée dont je parlais précédemment. Cela représente environ 30% de la valorisation des ressources pétrolières gabonaises. La qualité exportée depuis Gamba est appelée Rabi Blend ; elle est très prisée sur le marché international et est exportée vers l’Europe, l’Asie du Sud-Est et l’Australie.

Malgré une gestion drastique en faveur d’une maîtrise des coûts, vous avez embauché des collaborateurs supplémentaires, (combien de personnes travaillent pour Assala ?) vous avez déménagé à Port Gentil, vous avez été confronté à des contestations… Cette période un peu conflictuelle est-elle derrière vous ? 

Assala a continué et continuera à respecter ses engagements envers le gouvernement, les communautés et ses salariés. Chez nous, le turn-over est faible avec peu de départs, si ce n’est quelques départs volontaires ou à la retraite. 

Les opérations d’Assala au Gabon représentent environ 2000 emplois directs et indirects (dont 500 employés d’Assala Gabon). Plus de 90% de ces emplois sont gabonais.

La reprise des actifs de Shell Gabon a été marquée par un redémarrage intense de l’activité lié à nos investissements, par une rigueur nouvelle dans la gestion de nos opérations afin que notre base de coûts opératoires nous prépare à des périodes de crise, et par un recentrage de nos bureaux et bases logistiques à Port-Gentil qui est la cité pétrolière au Gabon. Tout cela a constitué un bouleversement qu’il a fallu expliquer. Mais il est aujourd’hui clair que non seulement Assala était préparée à affronter des périodes de crise, mais qu’Assala a redonné aux actifs dont elle a la charge une production ascendante, des réserves renouvelées, des ambitions exploratoires et un horizon à long terme dont tout le monde avait besoin. C’est là l’essentiel et nous sommes tous très fiers d’être Assala.

le 1 mars 2021

E2E

Assala, Pétrole,


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