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Interview TOTAL GABON, 95 ANS APRÈS…

Portrait de Stéphane Bassène

Âgé de 44 ans, Stéphane Bassène est originaire du Sénégal. Il a étudié, travaillé et voyagé dans de nombreux pays, de la France au Canada, en passant par l’Inde, le Cameroun, l’Australie, les États-Unis et le Nigéria. Son parcours est à souligner. En effet, il est diplômé de l’École polytechnique Palaiseau, de l’École des Ponts ParisTech et de l’Institut de Technologie du Massachusetts (MIT). Il est titulaire d’un Executive MBA du programme TRIUM (HEC, LSE, NYU). Ingénieur de formation, Stéphane Bassène a travaillé successivement pour Pechiney (Aluminium) et pour Rio Tinto, un groupe minier multinational anglo-australien, avant de rejoindre Total. Depuis le 29 août 2019, il officie en qualité de directeur général de Total Gabon.

 

Échos de l’Éco : Nous ne reviendrons pas sur les chiffres des belles années d’antan. Concentrons-nous sur l’actualité et l’année 2020, marquée par une baisse du chiffre d’affaires sans précédent (54 %) et une diminution de 19 % de la production. Comment traduisez-vous ces chiffres ? Combien de titres miniers exploitez-vous, et pour quelle production ?

L’année 2020 a été marquée par des évènements exceptionnels. Les prix du pétrole ont connu une baisse historique causée, dans un premier temps, par une guerre commerciale entre grands pays producteurs (Arabie saoudite et Russie). Cette chute a été aggravée et prolongée par un choc de la demande de produits pétroliers faisant suite aux premiers confinements et fermetures de frontières décidés pour limiter la propagation du Covid-19. En réponse et dans le but de soutenir les prix du pétrole, l’Opep a décidé de la mise en place d’un programme de quotas de production, auquel le Gabon participe en tant que membre. La crise sanitaire a, par ailleurs, nécessité la prise de mesures spécifiques sur nos sites, entraînant une limitation du nombre de personnes mobilisées et, par conséquent, une baisse du niveau d’activité. Ainsi, la conjoncture économique et les contraintes sanitaires nous ont conduits à ajuster notre activité et à limiter nos investissements, ce qui a causé une baisse de notre production. En 2020, Total Gabon compte 1461 km² de domaine minier pour une production d’environ 25,6 milliers de barils par jour. La société a su résister à cette crise. Elle a préservé sa trésorerie, elle est restée désendettée et a été en mesure de verser des dividendes à ses actionnaires. Aujourd’hui, avec le rebond des prix du pétrole, notre priorité est d’accompagner la sortie de la pandémie, de finaliser notre recentrage stratégique, pour entamer un nouveau cycle de développement de nos actifs.

Nos confrères évoquent des cessions d’actifs et les interprètent comme un désintérêt de la part du groupe, ce qui génère des rumeurs inquiétantes. Que répondez-vous ?

Les opérations de cession et d’acquisition d’actifs pétroliers sont courantes dans notre industrie. Cela dit, nous comprenons que, lorsqu’il s’agit d’un acteur historique comme Total Gabon, de telles transactions puissent susciter des questions. Nous ne nions pas ce sentiment et je vais tenter d’apporter quelques éclaircissements. En 2017, Total Gabon a cédé des actifs, essentiellement à terre, situés dans le sud du Gabon, relativement loin de nos bases et avec une production déclinante. Nous les avons cédés à des opérateurs dont la stratégie est de mettre en valeur ces champs matures. Nous avons aussi co-investi avec un partenaire pour le développement de champs situés dans l’offshore sud. Notre participation dans ces actifs fait aujourd’hui l’objet d’un projet de cession, une fois ces développements lancés, de manière à les monétiser du mieux possible. Au centre de la stratégie de ces autres acteurs, ces opérations permettent la poursuite des investissements sur ces actifs et la pérennisation des activités associées. Par ailleurs, nous avons construit et nous opérons le terminal pétrolier du cap Lopez depuis plus de soixante ans. La dimension de ce terminal permettrait d’accueillir une grande partie de la production pétrolière du Gabon. Aujourd’hui le pays compte trois principaux terminaux qui, compte tenu de la production nationale, sont sous-utilisés. Nous avons entrepris depuis quelques années des actions pour attirer davantage de volume vers le cap Lopez, afin d’améliorer la rentabilité de cette infrastructure. Le projet de cession du terminal répond à une solide logique industrielle et permettra de consolider les volumes actuels avec ceux d’un acteur important. Cela permettra en retour de mieux rentabiliser et de pérenniser l’infrastructure, au bénéfice du pays et des acteurs qui l’utilisent, dont nous, Total Gabon. Nous avons fait le choix de nous recentrer sur nos actifs opérés dans lesquels nous voyons un meilleur potentiel de développement, et donc de production, à moyen ou long terme. Total Gabon et le Gabon sont des partenaires historiques et nous comptons poursuivre cette collaboration.

Avec vos collaborateurs, quelle est l’ambiance sur vos sites, dans vos bureaux ?

Total Gabon a changé de taille, mais pas d’identité, et encore moins de valeurs. Notre société est, et reste, une entreprise citoyenne qui continue d’œuvrer au Gabon, pour le Gabon, conformément à nos valeurs mutuelles. Nous sommes en particulier résolument convaincus de la nécessité d’un dialogue social de qualité. Il y a eu des hauts et des bas ces dernières années. Je veux surtout retenir qu’à chaque fois, nous en sortons grandis. Nos employés savent que nous agissons de manière responsable et ils tiennent, comme moi, à ce que cela continue de cette manière. Grâce à la qualité de ce dialogue, nous avons été en mesure de faire face à l’urgence de la pandémie. Nous avons mis en place des accords sur un changement de rythme de travail, avec période de confinement avant accès aux sites, le tout dans un intérêt mutuel. L’ensemble des conditions de rémunération des collaborateurs de Total Gabon ont été maintenues. Ainsi, nous n’avons pas eu recours à des mesures de chômage partiel, mais plutôt à des dispositifs fondés sur le télétravail, des prises de congés et des récupérations. Des dispositions spécifiques ont également été mises en œuvre pour limiter l’impact de la crise sur les stagiaires et les apprentis. Nous avons dernièrement eu à mener une négociation relative au projet de cession d’actifs et aux conditions de transfert des salariés du terminal du cap Lopez. Un accord a pu être signé et je tiens à remercier les parties prenantes ainsi que nos partenaires gouvernementaux d’avoir permis ce dénouement. Nous regardons à présent vers l’avenir, avec comme priorité de sortir de la pandémie et de démarrer un nouveau cycle.

Cette pandémie a-t-elle touché les acteurs de Total Gabon ?

En 2020, grâce aux dispositifs mis en place et à la discipline des collaborateurs et des partenaires, nous n’avons enregistré que très peu de cas de contamination parmi nos salariés et contracteurs. Début 2021, avec une seconde vague plus intense, nous avons subi une contamination qui a impacté certains de nos sites offshores. Il est important de préciser que la configuration des sites offshore ne permet pas de garantir une application stricte des mesures barrières. C’est la raison pour laquelle un protocole de confinement et de tests doit être suivi avant accès aux sites, de manière à nous assurer qu’il n’y ait pas de circulation du virus. À la suite de cette contamination, nous avons remplacé l’ensemble du personnel sur place et sommes revenus à une situation de plateformes sans cas de covid. Au niveau des bureaux, pendant la seconde vague, nous avons fonctionné avec une jauge de 50 % du personnel en présentiel, de manière à pouvoir respecter scrupuleusement les gestes barrières et éviter toute contamination sur le lieu de travail. Dans la durée, même avec la plus grande rigueur, ce virus est tellement contagieux qu’il est très difficile de totalement l’éviter. Nous avons donc été touchés, comme beaucoup d’autres acteurs. Je tiens à souligner le partenariat étroit développé avec les autorités sanitaires. Avec leur accompagnement, notre centre médical à Port-Gentil a été équipé d’un laboratoire dont la qualité est reconnue. Il permet de bénéficier d’une grande souplesse pour effectuer les contrôles d’accès à nos sites, ainsi que les dépistages. La prochaine étape consistera à vacciner le plus grand nombre. C’est une nécessité compte tenu de la configuration des sites de production offshore, qui nécessite un fort taux de personnes vaccinées pour pouvoir lever le protocole de confinement en place. Pour cela, nous devons encourager nos salariés et nos partenaires à se faire vacciner et travailler avec les autorités pour mettre en place le cadre adéquat. Nous sommes impatients de franchir ce pas indispensable au retour à la vie normale, tant sur le plan personnel que professionnel.

Monsieur Stéphane Bassène, votre PDG, Monsieur Patrick Pouyanné, déclare que la croissance de Total s’oriente vers l’exploitation du gaz et celles des énergies renouvelables. En termes d’investissements, cette stratégie n’est pas favorable à la production pétrolière au point que, et sous toutes réserves, au mois de mai, Total deviendra TotalEnergies. Qu’en est-il de la production pétrolière du Gabon ? Quelles sont les perspectives de développement pour le pays ?

Cette question est importante dans la mesure où elle met en avant une tendance qui va profondément changer le paysage énergétique mondial dans les décennies à venir. Le changement climatique est un phénomène réel et scientifiquement prouvé. La consommation d’énergie représente 80 % des émissions mondiales de CO2. Compte tenu de la croissance démographique (9 milliards de personnes en 2040) et économique, le monde aura besoin de plus d’énergie tout en produisant moins d’émissions. C’est un défi majeur qui entraînera une évolution significative du mix énergétique vers des énergies bas-carbone, dans une transition énergétique inédite par son ampleur, sa vitesse et les innovations technologiques mises en œuvre. Pour répondre à ce défi, Total se transforme et devient TotalEnergies. La compagnie, acteur majeur du secteur, s’engage résolument pour satisfaire les besoins croissants en énergie tout en réduisant les émissions. Son ambition est d’atteindre la neutralité carbone sur l’ensemble de ses activités d’ici à 2050, conjointement avec la société. Le mix énergétique mondial comportera davantage de gaz naturel, considéré comme une énergie de transition (en remplacement du charbon qui émet deux fois plus de CO2 que le gaz), et surtout plus d’électricité renouvelable. Dans ce domaine particulier, TotalEnergies ambitionne de poursuivre sa croissance rapide avec un objectif de 35 GW installés dès 2025 et de 100 GW en 2030. Cela dit, globalement, il y aura toujours une production de pétrole, dont nous pensons qu’elle restera stable sur la décennie en cours avant de décliner, en fonction de la demande. Ce maintien de la production nécessitera des investissements pour renouveler les réserves. Ce sera aussi le cas au Gabon. J’en profite également pour rappeler que le Gabon préside actuellement le groupe africain des négociateurs. Il portera donc la voix de l’Afrique lors de la Conférence des parties de l’Organisation des Nations unies (la COP 26) prévue en novembre 2021 à Glasgow, en Écosse. Le pays possède une vision et des atouts majeurs pour s’inscrire dans la lutte contre le changement climatique et jouer un rôle important sur la scène internationale. L’exemplarité du Gabon dans la préservation de sa forêt, qui lui permet d’absorber plus de carbone qu’il n’en émet, et son leadership sur les initiatives d’adaptation sont à saluer. Au Gabon, la demande en énergie continuera de croître et nous aurons, ensemble, à faire face au changement climatique et à l’adaptation nécessaire de son modèle économique et énergétique. Dans ce contexte, nous devons cultiver notre partenariat pour mieux nous transformer et répondre à ces défis.

Si vous permettez, nous terminerons cet entretien par quelques précisions relatives à vos différents engagements en matière de préservation de la nature et de vos actions de formation en faveur des jeunes apprenants.

Malgré la pandémie, nous avons maintenu et nous renforçons le niveau des formations de nos collaborateurs. L’an dernier, j’ai composé une équipe de haut niveau constituée de collaborateurs de Total Gabon ayant une forte légitimité technique et opérationnelle. Ils sont missionnés pour au moins 2 ans, pour renforcer significativement les compétences techniques de nos salariés. Nous développons des formations pour les accompagner, basées sur les référentiels de notre domaine industriel et sur ceux de Total en particulier. Nous sommes le premier partenaire de ONE Entreprendre en termes de financement et nous accueillons de nombreux stagiaires et apprentis de l’ONE chaque année. Nous considérons que c’est un devoir de leur offrir une première expérience professionnelle, leur mettre le pied à l’étrier et ainsi les aider à accéder au marché de l’emploi. Cette excellente relation entretenue avec l’ONE est le reflet de nos valeurs d’entreprise citoyenne, agissant et contribuant au développement du Gabon. Au-delà de ces actions, nous sommes partenaires du centre de spécialisation professionnelle (CSP) et de l’institut du pétrole et du gaz (IPG) installés à Port-Gentil. Permettez-moi de clore le sujet en évoquant l’association Total Professeurs Associés (www. totalprof.com) pilotée par Monsieur Jean-Pierre Cordier, ancien directeur général de Total Gabon. Les professeurs adhérents sont des salariés ou retraités de Total. Ils dispensent des cours et des conférences dans le monde entier aux salariés, stagiaires et étudiants, et le Gabon n’est pas en reste. Cette contribution est significative, unique et productive. Concernant la préservation de la nature et de la biodiversité, je m’inscris, comme mes prédécesseurs, dans cette logique qui va de pair avec la lutte contre le changement climatique. Notre partenariat avec l’ANPN est un partenariat de longue date qui a permis la mise en œuvre de nombreux projets. Prenons un exemple très visible des Librevillois : l’arborétum Raponda Walker qui est de plus en plus fréquenté. Les sentiers sont parcourus par des visiteurs, des touristes, mais aussi, et nous nous en réjouissons, par de plus en plus de Gabonais. Les guides sont des professionnels capables de répondre aux questions et d’expliquer ce qui fait la richesse de la forêt gabonaise. Le but est simple : éveiller la curiosité et la conscience des citoyens à l’importance de préserver la nature. De ce fait, nous avons bien l’intention, comme les autres partenaires, de poursuivre notre engagement. Nous misons sur le fait d’attirer l’attention d’un large public pour en extraire un impact collectif. En résumé, ma vision, partagée avec nos partenaires, de cette implication et de toutes les initiatives similaires est d’augmenter le niveau de sensibilisation des citoyens aux enjeux de la préservation des milieux naturels et de la biodiversité, qui sont une richesse nationale.

Merci Monsieur Bassène de me permettre cette conclusion : Total Gabon s’inscrit dans la poursuite de son partenariat avec le Gabon, les investissements consentis en faveur de l’évolution, de la production et de la recherche sont budgétés, vos différentes participations au développement et/ou à l’accompagnement de nobles causes restent inchangées, voire supérieures.

le 8 juin 2021

Anne Marie JOBIN

Total Gabon, Total Marketing, TotalEnergies,


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