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Économie EN QUOI LA SOCIÉTÉ MANSTRICT N’EST-ELLE PAS UNE SOCIÉTÉ DE CONSULTING COMME LES AUTRES ?

Fondée par deux associés experts, l’un en technologies de l’information et des télécommunications et le second en ressources humaines, la société Manstrict étend son domaine de compétences dans le numérique, en passant par la stratégie de transformation à l’intégration. Elle accompagne ses clients et ses partenaires dans leurs projets en utilisant et en adaptant des outils innovants afin d’optimiser et de valoriser leurs actifs informationnels. Cela passe aussi par l’étude et la maîtrise des coûts, par la gestion de l’obsolescence, par l’accompagnement de la transformation technologique… Manstrict propose des solutions techniques à très forte valeur ajoutée alignées sur les enjeux et sur la stratégie développée en interne. David Mbouroukounda est aux commandes de Manstrict, et la confiance que lui témoignent des sociétés telles qu’Orange ou Aesys, ainsi que certains gouvernements, démontre une certaine particularité dotée d’un savoir-faire exceptionnel. Les Échos de l’Éco apprécient les entreprises qui osent sortir de leur zone de confort. C’est pour cette raison que nous nous sommes rapprochés du président de Manstrict, Monsieur David Mbouroukounda.

EE : Votre équipe est composée d’ingénieurs, d’architectes, vous collaborez avec des spécialistes dans différents domaines pluridisciplinaires : l’analyse fonctionnelle, l’urbanisation, les datacenters, etc. Ce partage de compétences crée une dynamique et garantit, a priori, une pertinence de choix. Selon vous, par quelles phases doit-on passer pour devenir quasiment incontournable dans l’étude d’un choix d’une société de consulting dans le domaine du numérique ?

Au même titre que d’autres métiers, le métier du conseil dans le numérique est compartimenté en fonction des spécialisations et des domaines d’activités. Ce qui mène à la prudence lorsqu’il s’agit de solliciter une démarche-conseil. Permettez-moi de revenir sur le contexte, élément déterminant à plus de 55 % dans la réussite d’une mission de conseil.

Dans le domaine du numérique, l’écosystème est suffisamment précis pour ne pas se perdre tant que l’expression des besoins est portée et motivée par des objectifs « corporate » bien affûtés. Par exemple, avoir une stratégie est un bon début.

Ainsi, l’écosystème du numérique, qui fait généralement appel à tout ce qui contribue à produire, à mettre à disposition et à utiliser le numérique, ne se définit pas et ne se traite pas de la même manière.

Ainsi est-il primordial de cerner l’écosystème qui se présente à nous et de se poser les bonnes questions : ai-je besoin de produire le numérique ou ai-je besoin de l’utiliser ?

L’écosystème maîtrisé, il faut traduire l’expression du besoin en cahier des charges. À ce stade, les clients ne prennent pas toujours la mesure, car généralement un cahier des charges impacte plusieurs directions métiers à des degrés différents. Il est important de constituer les parties prenantes avec des outils spécifiques et d’identifier quelles sont les activités métiers les plus concernées.

Lorsque la préparation interne est aboutie, l’écosystème compris, les besoins exprimés avec clarté, les deux tiers du cahier des charges rédigés et les parties prenantes identifiées, le choix d’une ou plusieurs sociétés peut être envisagé.

Parmi les sociétés de conseil en numérique, certaines sont spécialisées en stratégie de transformation numérique, d’autres en management ou en ingénierie. Ces sociétés de conseil se distinguent des sociétés de services appelées en France les ESN (entreprises de services numériques) par l’assistance à la maîtrise d’ouvrage (étude d’opportunités, stratégie, exigences fonctionnelles, conduite au changement, étude opportunité, etc.) et par la garantie du suivi de la performance, de la maîtrise des coûts et du respect des délais. À ce niveau, Manstrict consulting recommande, selon une pondération bien définie, de solliciter en premier lieu une société de conseil dans le numérique si l’expression des besoins est portée par une ou plusieurs direction(s) métier.

 En revanche, si l’expression des besoins est portée par la direction des systèmes d’information (DSI), Manstrict consulting recommande de solliciter une société de conseil en ingénierie couplée à une ESN.

Ce mode couplé garantit la réussite des projets informatiques étant donné que, selon le dernier rapport des Standish Group Chaos Studies, 83 % des projets de transformation numérique n’aboutissent pas comme initialement prévu. Pour rappel, un projet informatique est réussi s’il réunit trois critères : il doit être terminé dans les temps, selon le budget initialement prévu, et le logiciel ou l’infrastructure comporte les fonctionnalités demandées.

 Je terminerai en disant que vous pouvez évaluer les offres de conseil reçues selon les critères suivants : la compréhension du problème posé et de la demande (1), la pertinence et la qualité de la méthodologie (2), la qualité des intervenants (3), les caractéristiques et la réputation de la société (4) et enfin le coût (5).

EE : Vous travaillez en pool entre la France et le Gabon. Le 15 novembre 2019, dans l’enceinte de l’ANPI, vous avez organisé à Libreville des assises sur le thème suivant : « Les enjeux du numérique, retours d’expérience ». Parrainée par le ministère de la Communication et de l’Économie numérique, cette manifestation a permis de développer huit thématiques. Quelles étaient-elles ? Peut-on observer une meilleure gouvernance du numérique et des projets associés au Gabon depuis votre passage ?

En effet, avec les sociétés françaises MNS Consulting et Alseo, nous avons coorganisé la 2e édition des Assises du numérique. Je tiens à souligner au passage que ces conférences qui ont été financées en totalité par les organisateurs ont permis de réunir un collectif combiné de 70 experts pluridisciplinaires issus des secteurs privé et public. Cette 2e édition a été l’occasion de présenter et partager l’expérience issue de huit thématiques : gouvernance des données ; gestion des données massives ; gouvernance de la mise en œuvre ; référentiels ; infrastructures infonuagiques (cloud) ; internet des objets (IoT) ; stratégie pour les infrastructures critiques ; et enfin études de cas spécifiques de transformation numérique au niveau étatique et dans le secteur privé.

Dans un format particulier – à huis clos –, le collectif d’experts technique a débattu, échangé, proposé des solutions qui impactent le triptyque gouvernance, économie et société. L’objectif et le rôle des organisateurs n’étaient pas de faire de l’autopromotion, mais plutôt de jauger, de cerner le contexte dans lequel se développe le numérique au Gabon. Hormis les professionnels exerçant au Gabon dans notre domaine tels que Deloitte Gabon, EY Gabon ou Intégral, pour ne citer qu’eux, étaient également présents des experts techniques issus du secteur bancaire comme Ecobank Gabon, de celui des transports (Air France, Setrag), des agences gouvernementales (Arcep, Aninf, ANPI), les opérateurs STR, Airtel Gabon, la Caisse des dépôts et consignation (CDC), l’IAI, l’UOB, la Cnamgs, Oprag, le ministère de la Santé et le ministère de l’Intérieur. Liste non exhaustive.

 Nous nous réjouissons que ces assises aient eu un impact sur la gouvernance et l’économie. En effet, la gouvernance a pris en compte certaines recommandations dans l’ordonnancement des projets numériques et aussi dans la manière de les gérer. Il était important de faire le distinguo entre les acteurs qui installent et ceux qui font des études en amont, pour sortir de la relation juge et partie et de la position de monopole occupée par certaines entreprises de services numériques.

EE : Ces assises ont mis en évidence que beaucoup d’administrations publiques travaillaient en vase clos. Ont-elles mutualisé leurs infrastructures depuis ?

Certaines administrations publiques ont commencé à la faire, je confirme. Par exemple, les régies financières ont mis en place des séries d’ateliers de réflexion afin de cerner et d’optimiser tous les processus métiers qui constituent une chaîne de valeur avérée pour une gouvernance plus performante, mais aussi pour améliorer la production de services collectifs non marchands. Cette chaîne de valeur, qui ne dépend pas seulement des régies financières, prend en compte les opérations macro-économiques des secteurs institutionnels telles que les opérations sur les biens et services qui décrivent l’origine des biens et services disponibles sur le marché national (PIB, production nationale et importations) et les utilisations qui en sont faites (consommation finale, investissements, dépenses publiques et exportations).

En effet, la mutualisation d’infrastructures n’a pas de sens si son utilisation est en silo. L’État fait ainsi la chasse aux doublons et des regroupements sont en cours, avec pour objectif de produire de meilleurs services publics. Cela prend en compte les infrastructures numériques, car, in fine, l’État respecte des procédures administratives en « workflow » qui lui sont propres et sont nécessaires à son fonctionnement.

À titre d’exemple, une infrastructure numérique d’une entité gouvernementale dont le maintien est coûteux (Opex) doit démontrer un certain rendement sur l’économie ou/et la société. Dans le cas contraire, elle est identifiée comme centre de coûts, ce qui l’exclut de la chaîne de valeur.

 Je terminerai sur ce point en disant qu’aujourd’hui, certaines administrations ont pris le parti d’aller vers des solutions numériques à très forte valeur ajoutée et génératrices de profit, tant sur le plan de la performance opérationnelle que celui des coûts ou des délais de livraison. C’est le cas du ministère de l’Intérieur, de la DGI, pour ne citer qu’eux, qui ont décidé de sortir d’une zone de confort traditionnelle pour aller vers des technologies qui mutualisent les opérations. Les résultats sont là, ils sont tangibles.

Par exemple, nous avons constaté que les dépenses sur les technologies innovantes garantissent la mutualisation, permettent un retour sur investissement en moins de deux ans et facilitent l’adhésion de multiples projets transverses. Il s’agit d’une efficacité avérée de la mutualisation.

EE : Sur une échelle de 1 à 5, où se place le curseur de la dématérialisation du service public ?

Il est très difficile pour nous de positionner le curseur, car si la dématérialisation est souvent en place, des difficultés demeurent quant aux objectifs et périmètres fonctionnels entre le « front office » et le « back office ». Nous avons souvent constaté que le front office – qui fait face aux usagers – n’est impliqué que tardivement. Cela entraîne des conséquences négatives sur le service, mais aussi sur le changement. Décider de dématérialiser tout ou partie un processus métier nécessite d’en connaître les avantages que pourra en tirer l’organisme, les gains qu’il pourra réaliser, et d’avoir la certitude que ce changement répondra aux besoins. Ces avantages doivent être partagés largement auprès des utilisateurs. Pour répondre à votre question, je mettrais 3 en termes de réussite projet et 2 en termes d’effectivité.

EE : Quelles propositions êtes-vous en mesure de suggérer ? Celles-ci sont-elles réalisables ? Dans quels délais ? Par qui seront-elles financées ou finançables ?

Je pense que le numérique au Gabon dépend largement des efforts et des moyens mis en place par l’État. Il existe effectivement des opérateurs privés qui apportent leur contribution, mais ils en attendent davantage. Le privé doit être un contributeur actif sur les orientations consenties par l’État. Il est primordial de réviser la stratégie de développement numérique au moins tous les 2 ans et de l’adapter au fil de l’eau. Pour cela, l’urbanisation souhaitée des services numériques doit être faite en amont et présentée.

Ensuite, il faudrait extraire de cette urbanisation les secteurs ou administrations prioritaires qui jouent un rôle clé dans la chaîne de valeur du Gouvernement.

 La transformation numérique nécessite par définition des usagers formés : pas de ville connectée et intelligente (« smart city ») sans intelligence citoyenne (smart citizen). Dans ce contexte, une attention particulière doit être portée aux publics fragiles : si le numérique peut constituer pour eux un fort levier d’insertion, pour l’instant, son développement accéléré a surtout tendance à accentuer leurs difficultés. Au Gabon, des difficultés subsistent principalement sur la valorisation et l’inclusion du numérique.

Ensuite, je dirais qu’il faudrait cibler les processus métiers qui ont besoin d’être revus et améliorés grâce au numérique. Ces processus sont à modéliser et présenter aux gouvernants avec la garantie d’avoir un impact. Pour être pragmatique, des études peuvent être faites en six mois pour réviser le cap et optimiser les décisions des gouvernants. Ces études doivent prendre en compte l’intervention du secteur privé. Je pense que les entreprises locales ou multinationales opérant au Gabon pourraient participer à ces études dans une démarche RSE. Si les études sont menées à bien, l’acquisition de biens (logiciels et matériels) n’est qu’un point de détail au sein d’une suite logique. Il ne s’agit pas de s’enfermer dans un bureau et de décider avec une société qui ne cerne pas le contexte, mais plutôt de fédérer en local les talents et les réflexions qui ont une expérience pays. Pour finir, le financement est présent et renforcé par les partenaires historiques comme la BAD, le FMI, l’Union européenne, la France, l’Allemagne et le Japon.

EE : Quel pourrait être le poids du numérique dans le PIB gabonais ?

Déjà, on s’accorde à dire que c’est un levier transversal essentiel à la transformation structurelle de la gouvernance, de l’économie et de la société gabonaise. Nous savons que depuis 2010, le Gabon a divisé par 10 le coût d’accès à internet et multiplié par plus de sept le nombre d’abonnés internet.

Dans le classement des Nations unies, établi par l’Union internationale des télécommunications (UIT), le Gabon a un taux de pénétration internet de 61,7 % et se classe comme le pays plus connecté d’Afrique, derrière la Tunisie. Selon le classement de la Banque mondiale, dans lequel le Maroc occupe la première place avec un taux de pénétration de 62 %, le Gabon est 10e avec un taux de 50 % pour une population de 2,172 millions.

Selon le cabinet McKinsey, sur le continent africain, les revenus issus de la téléphonie mobile représentent 3,7 % du PIB, soit le triple de ceux des économies développées. La contribution d’internet au PIB africain est de 1,1 %. En prévision, l’accès à internet pourrait contribuer à hauteur de 300 mds de dollars au PIB africain d’ici à 2025, soit 5 à 6 % du PIB africain.

Indéniablement, le numérique est le secteur le plus dynamique au Gabon. En effet, l’impact de la stratégie du Gouvernement depuis 2010 a permis de créer plus de 2 500 emplois directs et plus de 25 000 emplois indirects. Tout confondu (internet, téléphonie mobile, infrastructures), le digital génère plus de 290 mds de F CFA, ce qui représente 5 % du PIB national. Le Gabon est leader, premier pays francophone connecté en Afrique centrale et de l’Ouest. À titre de comparaison, il s’agit de la même contribution que dans des pays comme la Suède, Taiwan ou le Royaume uni.

EE : Le Gabon est l’un des pays les mieux équipés et dispose d’un puissant réseau numérique. Comment pourrait-il progresser ?

Je pense que les jalons essentiels sont en place. Cependant, la régulation, la souveraineté numérique, les cursus de formation et les débouchés doivent être développés.

Les données sont le carburant de l’économie numérique, le pétrole de l’internet, l’or noir des big data des données numériques. Se pose alors la question de savoir à qui appartiennent vraiment ces données et quel est leur statut juridique. Le sujet de la souveraineté est un levier important, source de projets impactant le PIB et l’écosystème. Il faut savoir qu’une infrastructure totalement exploitée à l’étranger ne génère aucun profit. Le Gabon doit être capable de développer une industrie de consommation et de services numériques.

 Il faut rassurer les investisseurs et les acteurs du numérique en réorganisant profondément l’écosystème numérique, compartimenter les activités et les métiers afin de les annexer sur des agréments spécifiques. Un intégrateur est un intégrateur, s’il veut être formateur, vendeur d’équipement ou conseil, il doit le déclarer et se faire référencer auprès des organismes compétents. En France par exemple, cela s’adosse à une nomenclature d’activités et un code (NAF, APE). Un cercle vertueux est à portée de l’État puisqu’un référencement d’activités est générateur de revenus et qu’un écosystème normalisé est également générateur de développement et de profit.

EE : Vous prévoyez l’organisation de prochaines assises en cette fin d’année. Quels en seront les sujets phares ?

Nous allons débattre sur l’e-inclusion ou inclusion numérique. Nous considérons que la notion de « fracture numérique » a permis de mettre en évidence « le fossé entre ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l’information et de la communication (TIC) pour leurs besoins personnels ou professionnels et ceux qui ne sont pas en état de les exploiter faute de pouvoir accéder aux équipements ou faute de compétences ».

L’inclusion numérique ou « e-inclusion » est le processus qui vise à rendre le numérique accessible aux personnes en améliorant leurs conditions d’accès aux outils et en permettant l’acquisition des compétences qui leur sont nécessaires. L’e-inclusion permet de lutter contre la précarité numérique.

 

le 12 mai 2022

Anne-Marie Jobin

Numérique, Télécommunications, Informatique


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