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Économie Comment Blockchain et Cryptomonnaie Panafricaine Pourraient Contribuer à L’Essor du Continent ?

Par définition, une cryptomonnaie n’a pas de gouvernance. C’est en partie en cela qu’elle est considérée comme garante de confiance et peut s’ériger comme concurrente des autres monnaies, et ainsi avoir un effet déstabilisateur.

Or, de nombreux pays africains souffrent de taux d’inflation très élevés, ce qui s’explique souvent par une politique monétaire trop expansionniste et résulte en une perte de confiance dans la monnaie nationale. Se pose donc la question : en quoi une cryptomonnaie apporterait-elle ou non des bénéfices à la stabilité monétaire ?

Face à la prolifération du bitcoin dans les marchés financiers internationaux, beaucoup de gouvernements se sont montrés méfiants à l’égard de cette nouvelle monnaie virtuelle, fluctuante, indépendante et surtout très spéculative.

Face au risque spéculatif qu’affichaient les cryptomonnaies, le gouvernement algérien statue dans l’article 117 de la loi de finances de 2018 la définition précise des monnaies virtuelles et leur interdiction d’entrée sur le territoire algérien. Cette interdiction formelle de l’entrée de cryptomonnaies s’explique par le caractère spéculatif du bitcoin qui pourrait déstabiliser la monnaie nationale.

Or, l’Algérie étant une économie exportatrice de matières premières, elle doit garantir une certaine stabilité de sa monnaie. Pour garantir cela et ne pas perturber son fonctionnement économique, le gouvernement algérien doit avoir le contrôle sur sa politique monétaire et donc sur sa monnaie. Le bitcoin – la cryptomonnaie la plus célèbre et la plus répandue – est, par définition, non maîtrisable, car gouverné par aucun organe de contrôle. Il s’apprécie et se déprécie en fonction du marché.

La spéculation latente à toute cryptomonnaie pourrait porter préjudice au maintien de la monnaie nationale et même la dévaloriser jusqu’à causer sa disparition. Une monnaie, comme outil de stratégie économique nationale, s’émancipe ici dangereusement de tout contrôle par la cryptomonnaie.

L’idée de l’Afro est celle d'une cryptomonnaie panafricaine déclinée par groupes de pays convergents. À défaut de vouloir déstabiliser, la Fondation Afro défend l’idée d’une cryptomonnaie panafricaine détachée de toute banque centrale qui fonctionnerait sur une base de «Proof of stake» et non de «proof of work». Ceci permettant de limiter l’énergie consommée par un réseau blockchain «proof of work ». C’est en se réappropriant l’idée d’une émancipation monétaire et économique que la fondation Afro a créé l’Afro, une cryptomonnaie panafricaine libre de toute gouvernance centralisée.

En prenant la forme d’une organisation non gouvernementale, la fondation Afro affiche la claire volonté de rendre la gouvernance monétaire et économique aux mains des gouvernements africains. Pour cela, l’objectif de la fondation est d’établir un taux de change fixe indexé à 80% sur l’or et à 20% sur un panier de devises. Cela permettrait ainsi une stabilité monétaire et la réduction du risque inflationniste dont de nombreux pays, indépendants monétairement, sont victimes.

Cependant, quelle portée l’adoption de l’Afro aurait-elle sur la gestion de la politique monétaire, notamment avec l’entrée en vigueur de l’Eco ? En effet, si l’économie d’un État est fondée sur une monnaie qui lui est extérieure, alors il ne peut avoir d’autonomie monétaire et il est donc limité dans la gestion de ses finances publiques.

D’après la théorie des «zones monétaires optimales» de Mundell-Fleming, en reprenant l’image du triangle des incompatibilités, une fixité des taux de change et une libre circulation des capitaux ne peuvent cohabiter avec une autonomie de la politique monétaire. L’effet peut même devenir pervers en retirant toute influence potentielle sur sa politique monétaire par un pays en la soumettant à une indexation à 80% sur l’or. La quantité d’Afros serait donc limitée par des stocks d’or détenus en Afrique. Or les réserves d’or sont principalement détenues par les grandes puissances occidentales, la Russie et la Chine.

On pourrait potentiellement penser à une indexation sur un panier de biens «africains» représentatif de la consommation locale. Or, il ne s'agit pas d'un continent homogène et il est nécessaire de garder conscience des disparités et divergences entre les pays africains.

En ce sens, l’idée de la création de plusieurs Afros, pour chaque zone monétaire regroupant des pays convergents, pourrait être une alternative intéressante. La question clé reste l’indexation de la cryptomonnaie pour stabiliser son évaluation. Par exemple, elle pourrait être liée à un panier de biens représentatifs de la zone utilisatrice de la monnaie, qui ne serait pas trop vulnérable aux influences extérieures et peu volatil.

Si un État décide d’introduire une cryptomonnaie pour disposer de ses bénéfices (transferts rapides d’argent, visibilité sur les flux financiers, coûts de transaction réduits…) exclusivement à l’échelle nationale ou bien à l’intérieur d’une union monétaire, la cryptomonnaie pourrait simplement être indexée à la monnaie réelle utilisée (et émise par la Banque centrale).

Ceci est un concept en développement en Afrique de l’Ouest avec le «e-CFA» ou en Tunisie avec le e-Dinar. Cette nouvelle cryptomonnaie nationale permettra de garantir une autorité monétaire nationale indépendante tout en permettant une totale transparence des flux monétaires domestiques et par conséquent l’établissement d’une confiance par définition. Pourtant, une indexation à la monnaie nationale implique bien sûr qu’une stabilité monétaire dépend purement de la bonne politique monétaire de la Banque centrale

Source : Afrique et numérique, comprendre les catalyseurs du digital en Afrique, Jean-Michel Huet

le 1 mars 2021

Jean-Michel Huet

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