À Nairobi, en marge des sessions plénières, Oligui Nguema s'est entretenu avec Macron dans un tête-à-tête qualifié de partenariat repensé, fondé sur la réciprocité et la performance. Finis les relations asymétriques héritées de la Françafrique : Libreville revendique le statut d'acteur souverain qui traite d'égal à égal avec Paris.
Eramet et le manganèse : la rupture avec l'exportation brute
Le résultat le plus concret pour le Gabon n'est pas venu d'un discours en plénière, mais d'une audience restreinte. En recevant Christel Bories, PDG d'Eramet, Oligui Nguema a formalisé un engagement qui vaut révolution : d'ici janvier 2029, le manganèse gabonais sera transformé sur place avant d'être exporté. La fin du modèle de la matière brute exportée est inscrite dans un calendrier.
Eramet a confirmé que le projet est entré dans sa phase opérationnelle et annoncé un nouveau cycle de financements pour la modernisation du Transgabonais. L'enjeu est triple : capter la valeur ajoutée sur le territoire, muscler le PIB et créer des emplois qualifiés. C'est la doctrine défendue quelques jours plus tard à l'Africa CEO Forum de Kigali : « Nous demandons à tous de venir investir au Gabon, mais dans des coentreprises, avec création de valeur locale ».
Le sommet a confirmé la singularité du Gabon sur un dossier où Libreville dispose d'un avantage comparatif réel : la forêt. Le partenariat franco-gabonais sur les forêts du Bassin du Congo a abouti à l'Appel de Belém lors de la COP30 — 2,5 milliards de dollars pour les forêts d'Afrique centrale, un acquis dont Libreville peut revendiquer la paternité. Trois jeunes Gabonais ont participé au forum d'affaires de l'Université de Nairobi, signal de l'intégration progressive de l'entrepreneuriat gabonais dans ces espaces. Sur le plan multilatéral, les discussions ont posé des jalons pour la voix africaine au G7 d'Évian (juin 2026), notamment sur la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU.
La NAFAD et le coût du capital : une opportunité structurelle
Nairobi a produit un livrable potentiellement décisif : le soutien massif à la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), portée par la Banque Africaine de Développement. Le continent fait face à un déficit de financement de 400 milliards de dollars par an, aggravé par des taux d'emprunt souverains deux à quatre fois supérieurs à ceux des économies développées. Le Gabon, sous pression budgétaire depuis la chute des recettes pétrolières, est directement concerné.
Si le mécanisme ATIDI — assureur panafricain basé à Nairobi, premier résultat concret de la NAFAD — parvient à réduire la prime de risque perçue par les inves- tisseurs, les États à fort potentiel de ressources comme le Gabon pourraient en être les premiers bénéficiaires. La France a annoncé son soutien à l'ATIDI dans une logique de garantie sur les premières pertes : exactement le mécanisme que Libreville cherche pour attirer des capitaux vers ses chantiers d'infrastructures, d'énergie et d'eau.
Le vrai défi : passer des annonces aux résultats
La presse gabonaise à l'exemple de Gabon Actu a posé la question qui fâche : « Reste à savoir si Africa Forward parviendra à dépasser le stade des déclarations d'intention. » Le précédent de nombreux sommets africains invite à la prudence. La transformation du manganèse dépendra de la fiabilité logistique et de la stabilité réglementaire. Les mécanismes NAFAD et ATIDI devront prouver leur efficacité pour réduire les spreads souverains. Et les investissements annoncés à grand bruit ont trop souvent souffert, par le passé, de lenteurs administratives et d'incertitudes juridiques.